Le mois vu par Jean-François Depelsenaire, directeur de Videomuseum

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1996

Mathématicien de formation, Jean-François Depelsenaire travaille depuis 1976 dans le domaine de la conception et de la réalisation de banques de données informatiques sur le patrimoine (au CNRS, au Musée des arts et traditions populaires, au ministère de la Culture…). Professeur aux Arts Déco depuis 1987, il dirige parallèlement Videomuseum qui fête aujourd’hui ses dix ans. Cette association à but non lucratif a été créée en vue de constituer une banque de données commune, textes et images, du patrimoine des collections publiques françaises d’art du XXe siècle. Elle rassemble aujourd’hui une quarantaine d’institutions, 110 000 œuvres et 70 000 images. Il commente l’actualité du mois.

Que vous inspire la polémique autour de la création d’un Musée des civilisations et des arts premiers au palais de Chaillot ?
Je ne la comprends pas. Ces questions autour de l’ethnographie et de l’esthétique sont à mes yeux des polémiques internes, un peu corporatistes. Ce qui importe, c’est qu’il y ait un lieu qui soit plus clairement identifiable et plus lisible. Le problème est fondamentalement budgétaire. C’est à ce niveau que les personnes concernées devront veiller à ce que les diminutions de crédits par rapport aux chiffrages actuels ne fassent pas dériver le contenu réel du projet. Avec moitié moins de moyens, vous ne faites pas la même chose !

Que pensez-vous de la volonté de Jacques Chirac de céder Thomson à Matra et, par voie de conséquence, d’abandonner Thomson Multimédia au groupe coréen Daewoo ?
Je suis atterré par ce choix. Cela équivaut à faire une croix sur l’avenir de la France et de l’Europe dans le domaine stratégique du multimédia. D’autant que toutes les analyses montrent que les investissements de Thomson allaient porter leurs fruits d’ici trois ans. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi certains ont voulu opposer un pôle "défense" et un pôle "multimédia" : cette exclusive est aberrante. On a même inversé les enjeux dans le sens où le numérique sera, dans les années à venir, le "nerf de la guerre".

Le Dictionnaire multimédia de l’art moderne et contemporain vient de sortir. Préparez-vous d‘autres CD-Rom ?
La constitution de banques de données nous occupe à 80 %, mais nous avons aussi en tête la question de la diffusion. Le Dictionnaire en est un exemple. Notre motivation était d’en faire un produit de référence. Sa préparation a demandé trois ans de travail, et son budget peut être évalué entre 6 et 7 millions de francs, valorisations comprises. Nous élaborons actuellement une matrice, un progiciel, qui permettra à chacun de nos partenaires d’éditer un CD-Rom de ses collections et de créer automatiquement son site Web.

Quel est, selon vous, l’avenir du marché des CD-Rom ?
Les CD-Rom sont trop chers. Des produits du type petites monographies, découvertes de musées, devraient être vendus entre 100 et     150 francs. Il ne faut pas adapter le prix du marché aux coûts de production, mais l’inverse.

Quels sont les projets de Videomuseum ?
Notre cheval de bataille est un projet de mise en réseau de l’ensemble des musées européens d’art moderne et contemporain. Nous allons également, grâce à un accord avec la Direction des Musées de France, reverser la base Videomuseum dans la base Joconde.

À quand l’ouverture d’un serveur sur l’Internet ?
Au tout début de 1997. Nous y fournirons notamment un répertoire en ligne de l’ensemble des musées d’art moderne et contemporain en Europe, plus un accès à un échantillon de notre banque de données, soit cinq cents œuvres avec les images. L’accès sera gratuit, mais il y aura un mécanisme d’identification des utilisateurs.

Quel commentaire vous inspire la démission de Jean-François Chougnet, directeur des services éditoriaux et commerciaux de la Réunion des musées nationaux (RMN), après l’annonce d’un déficit de 40 millions de francs en 1995 ?
Jean-François Chougnet est un grand bonhomme. Sa connaissance particulièrement aiguë du monde des musées et de ses enjeux lui a permis de faire un travail fabuleux à la RMN. Les problèmes structurels et conjoncturels de cet établissement public ont été masqués par une période extrêmement faste. Il ne faudrait pas que certaines orientations éditoriales ou commerciales portent le chapeau d’une situation beaucoup plus complexe.

Quels sont vos derniers coups de cœur en matière d’expositions ?
Il y a quelque chose d’extraordinaire en ce moment à Paris, c’est l’œuvre de Bill Viola exposée à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Je l’ai déjà vue à deux reprises, et j’ai sommé tous mes étudiants d’y aller absolument sous peine de mauvaise notation ! Généralement, les artistes qui utilisent les nouvelles technologies font appel à la compréhension du fonctionnement des dispositifs. Bill Viola gomme au contraire tous ces aspects technologiques : la question de savoir comment c’est fait ne se pose pas, on est immédiatement dedans. Je voudrais aussi signaler "Artifices 4" à Saint-Denis, biennale consacrée aux nouveaux médias. C’est une des trop rares occasions de voir à Paris ce que font les jeunes artistes dans ces domaines. Enfin, comme tous les ans, j’irai flâner dans Paris à l’occasion du Mois de la photo, dont j’apprécie l’aspect éclaté, tous azimuts.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°30 du 1 novembre 1996, avec le titre suivant : Le mois vu par Jean-François Depelsenaire, directeur de Videomuseum

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