Vendredi 23 février 2018

Le marché parisien s’intensifie

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 3 août 2007

La place de Paris est toujours plus dynamique n Drouot publie le chiffre historique de 500 millions d’euros. Christie’s dépasse les 200 millions d’euros tandis qu’Artcurial passe la barre des 100 millions.

Près d’un milliard d’euros d’objets d’art ont été vendus aux enchères à Paris en 2006. Si ce chiffre demeure inférieur au 1,3 milliard d’euros atteint par les ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain en novembre à New York chez Christie’s et Sotheby’s, il signale une forte progression pour les ventes aux enchères en France. D’après François Curiel, président de Christie’s Europe, le contexte international, très favorable, se caractérise par « une vigueur de la croissance mondiale qui génère d’importantes liquidités, l’émergence de nouveaux marchés : Russie, Asie, Moyen-Orient et Inde [lire p. 21] ». Cette croissance profite aux principaux acteurs du marché de l’art en France, tous en progression (voir tableau), ainsi qu’à l’hôtel Drouot dont les ventes dépassent pour la première fois les 500 millions d’euros. Si Christie’s reste en tête du classement des maisons de ventes avec 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, Artcurial est devenu un concurrent très puissant avec 100 millions d’euros pour 2006.
Situés juste derrière la maison Tajan, qui affiche une certaine stabilité, Sotheby’s et Pierre Bergé & associés (PBA) se sont engagés dans une politique de développement qui commence à porter ses fruits, à Paris pour la première, à Bruxelles pour la seconde, avec un taux de croissance annuel de 43 % chacune. Quatre spécialités font l’objet de toutes les convoitises : l’Art déco, les arts premiers, la bibliophilie et l’art moderne et contemporain. Les maisons de ventes qui ne possédaient pas en 2006 de départements développés dans ces catégories, telles Piasa et Beaussant-Lefèvre, ont ainsi un indice de progression peu élevé.

Quatre spécialités
L’Art déco a été l’un des grands gagnants de l’année, du moins pour Christie’s avec la vente Dray (59,7 millions d’euros, lire p. 19), un record historique. Ce secteur est l’un des grands chevaux de bataille du marché parisien. La maison Tajan en a fait un département fort avec 17,1 millions de résultats de ventes (cumulés avec le design), le double de 2005. Chez Artcurial, l’Art déco progresse sensiblement, et totalise 5,5 millions d’euros. Avec 13,4 millions d’euros de résultats annuels (contre 20,6 en 2005), la très spécialisée maison Camard & associés est en recul relatif : elle avait réalisé une vente exceptionnelle de 8,9 millions d’euros grâce aux six fauteuils d’Eileen Gray en 2005. « Sans compter ces six lots, je suis en progression, lance son dirigeant Jean-Marcel Camard. Paris est la place importante pour les arts décoratifs du XXe siècle, avant New York. Je rapporte de la marchandise des États-Unis pour la vendre à Drouot. Et Londres est en chute libre, complètement absorbé par le marché parisien. » Bien que plus réputé que la plupart des spécialistes de Christie’s et Sotheby’s dans ce domaine, Jean-Marcel Camard ne peut pas suivre lorsque ses concurrents sortent la carte des avantages financiers…
Les arts premiers font aussi des émules, et d’abord à Drouot avec la collection Vérité (44 millions d’euros). « Les vendeurs tenaient à ce qu’elle soit dispersée à Paris et particulièrement à Drouot », témoigne Muriel Berlinghi, l’un des marteaux de la vente. C’est ainsi que seize masques eskimos de la collection Robert Lebel ont totalisé à eux seuls 3,6 millions d’euros chez Calmels-Cohen. Sotheby’s a, pour sa part, fait des arts primitifs un domaine phare à Paris, avec 13,7 millions de produit vendu en 2006 dont une vacation à 9 millions, record international historique pour la maison de ventes.
Le domaine des livres est également âprement défendu à Paris. Les sociétés PBA, leader avec 27,4 millions d’euros, grâce cette année encore à la collection Berès, mais aussi Christie’s (14,3 millions dont 5,5 millions pour la bibliothèque érotique Gérard Nordmann) et Sotheby’s (11,9 millions d’euros incluant la collection Fred Feinsilber à 7,8 millions) se partagent le gâteau.

Chasse aux collections
Encore plus spectaculaire est la bataille engagée pour vendre de l’art moderne et contemporain à Paris. Une vitalité qui se traduit par une mise en valeur des collections dans la capitale française, alors que les lots étaient auparavant perdus dans les ventes internationales de New York et Londres. Chez Artcurial, l’art moderne réalise un chiffre de 21,5 millions d’euros, en augmentation de 16 % par rapport à 2005, mais c’est l’art contemporain qui l’emporte, avec 26,5 millions d’euros, soit une progression de 82 % en 2006. Avec 9,3 millions d’euros, la vacation du 28 octobre à l’hôtel Dassault constitue la vente d’art contemporain la plus importante jamais réalisée en France. Christie’s enregistre à Paris 31 millions d’euros pour l’art impressionniste et moderne, et 21,3 millions d’euros pour les tableaux contemporains, soit 88 % de plus qu’en 2005. Sotheby’s, lancée dans l’art moderne et contemporain en France depuis 2006, termine l’année avec 9,8 millions d’euros. Cette même spécialité a permis au commissaire-priseur de Neuilly, Claude Aguttes, de tirer son épingle du jeu avec plusieurs enchères remarquables pour des œuvres signées Picasso, Sisley, Klee, Kandinsky ou Robert Indiana. La chasse aux collections et aux œuvres majeures se poursuit en 2007, dans un climat d’intense compétition entre les principaux protagonistes stimulée par le dynamisme de la place parisienne qui attire vendeurs et acheteurs internationaux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°251 du 19 janvier 2007, avec le titre suivant : Le marché parisien s’intensifie

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