Le British Museum ne prête plus

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 16 janvier 1998

Le British Museum a décidé de suspendre ses prêts à l’étranger, portant ainsi un coup aux expositions internationales. Seules les institutions britanniques pourront jusqu’à nouvel ordre emprunter des œuvres. Les perturbations du chantier de la Great Court, ajoutées aux promesses de financement non tenues par le gouvernement, ont rendu nécessaire cette mesure drastique.

LONDRES (de notre correspondant) - Toutes les demandes de prêt adressées par des institutions étrangères au British Museum sont désormais refusées. Deux événements sont à l’origine de cette décision. D’une part, le début des travaux d’aménagement de la Great Court, qui doivent durer jusqu’en l’an 2000, risque de perturber le fonctionnement des différents départements. D’autre part, le musée subit une forte pression financière. En décembre dernier, le ministère de la Culture a annoncé que les subventions annuelles allouées au musée seraient fixées à 32,9 millions de livres (326 millions de francs). Seules des restrictions budgétaires peuvent donc éviter l’instauration d’un droit d’entrée. Jusqu’à présent, les coûts directs comme les frais de transport et d’assurance étaient à la charge des demandeurs étrangers, et le British Museum assurait les frais de conservation et de gestion. Doré­na­vant, dans le cas exceptionnel où un prêt serait accordé à l’étranger, le musée facturerait le coût engendré par la mobilisation de son personnel.

Même si cette décision n’a pas encore été rendue publique, deux grandes expositions en ont déjà pâti. Les organisateurs de “Bruegel-Bruegel”, à Vienne jusqu’au 14 avril, n’ont pu obtenir les dessins souhaités, et si “La peinture victorienne de contes de fées”, à la Royal Academy, présente bien Under the Dock Leaves, une aquarelle de Richard Doyle, les étapes suivantes à l’University of Iowa Museum of Art et à l’Art Gallery of Ontario de Toronto en seront privées. En 1996, le British Museum a prêté quelque 3 000 œuvres à 137 demandeurs étrangers (et à peu près autant aux institutions britanniques). Elles provenaient des dix départements, Arts graphiques en tête (716), suivis des Monnaies et Médailles (165).

En règle générale, le musée prête plus qu’il n’emprunte, mais il lui arrive tout de même de solliciter des prêts pour certaines expositions temporaires, comme “Cartier” (présentée jusqu’au 1er février). Les musées étrangers risquent à leur tour de se montrer réticents pour accéder aux demandes du British Museum, ou user de représailles en facturant des frais similaires, compromettant ainsi l’organisation de grandes expositions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°52 du 16 janvier 1998, avec le titre suivant : Le British Museum ne prête plus

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