Le « BAC » crée une synergie sans précédent

Il aspire à accueillir trois autres institutions ; au Mamco, la rétrospective Jim Shaw est un événement incontournable

Le Journal des Arts

Le 17 mars 2000 - 857 mots

Dès la création du Musée d’art moderne et contemporain (Mamco), en 1994, une synergie sans précédent s’est créée à Genève autour d’un bâtiment regroupant à la fois le Centre d’art contemporain et le Mamco. Baptisé BAC (Bâtiment d’art contemporain), ce lieu confirme sa volonté fédératrice et aspire à accueillir trois autres institutions genevoises : le Centre pour l’image contemporaine, le Centre de la photographie et le Centre genevois de gravure contemporaine. Les négociations avec les propriétaires de l’immeuble sont en cours et des espaces doivent être libérés (notamment ceux qu’occupe actuellement le Musée de l’automobile). Les animateurs du BAC espèrent concrétiser leur projet en 2002 ou 2003.

Fort de cet optimisme, le Mamco a débuté l’année avec un cycle d’expositions intitulé “Vivement 2002 !”. Une façon d’échapper aux commémorations millénaristes, tout en exprimant son impatience de voir aboutir un projet fédérateur, à même de dynamiser l’ensemble de la création contemporaine à Genève. Parmi les huit nouvelles manifestations, la rétrospective consacrée à l’artiste californien Jim Shaw est l’événement incontournable. Les quelque 600 pièces réalisées entre 1974 et 1999 ne constituent que le septième de sa production globale ; elles témoignent d’une activité hors normes et d’un travail de sape visant la perte de l’aura de l’œuvre et la critique du statut de l’auteur. Shaw élabore des dispositifs narratifs à partir de séries. My Mirage (1986-1991) évoque par exemple les errances de Billy, Américain moyen perdu dans les utopies psychédéliques des années soixante et soixante-dix. Dream, une série amorcée dès 1992, retrace les rêves de l’artiste, une activité onirique qui ferait pâlir les surréalistes. Tout en multipliant les dispositifs narratifs, Jim Shaw puise ses images dans un champ iconographique allant de l’illustration pour enfants au graphisme de la contre-culture californienne, en passant par la bande dessinée, les séries télévisées et l’art contemporain. Peinture, dessin, vidéo, photographie, sculpture, tous les médiums sont convoqués dans un mouvement de valse frénétique. Grand moment de l’exposition, la collection de tableaux d’amateurs (Thrift Store Paintings), une brocante délirante où s’accumulent portraits de famille, danseuses de flamenco, soucoupes volantes, princesses au bois dormants, combats de tyrannosaures : dans une usine de robots, la femme du patron se fait violenter par trois androïdes mal programmés ; des espions mexicains se transforment en bolets ; un chien frétille à la vue d’un bébé…

Le bon Noir héroïque
La rétrospective avait été présentée l’année dernière au Casino Luxembourg, où la configuration des lieux et l’accrochage soulignaient parfaitement la multiplicité d’une production sans limite. Les salles du Mamco, aux cimaises peintes en couleurs pastels, ressemblent davantage à des salons bourgeois. Insidieusement, elles distillent une atmosphère paradoxale, perverse, insaisissable… en harmonie totale avec l’univers de Jim Shaw.

Pour sa part, le Centre d’art contemporain de Genève expose les fameuses silhouettes de Kara Walker, des papiers noirs découpés et collés sur des murs blancs. Née dans le sud des États-Unis, l’artiste s’inspire des stéréotypes du bon Noir héroïque, de l’artiste afro-américain, de l’esclavage, de la guerre civile, de la tradition du papier découpé au XIXe siècle, de la nostalgie d’un monde paradisiaque. Armée de telles références, Kara Walker simule un monde manichéen sans nuances, noir ou blanc. Mais sous la surface, derrière les ombres des silhouettes, se dessine une satire féroce. Il n’y a plus de héros, plus de victimes. Le noir et blanc se désagrège en un miroir à facettes. Chaque acteur semble avoir choisi sa partition et la joue avec un plaisir où s’entremêlent, dans un joyeux désordre, innocence, cruauté, libido, cynisme et humour.

Les collaborations entre centres d’art, musées et galeries genevoises se portent bien. Ainsi, l’exposition Antoni Muntadas se tient simultanément au Centre pour l’image contemporaine, au Musée d’art et d’histoire et chez Attitudes, une galerie associative. Centré sur la critique des médias, le travail de l’artiste se prêtait parfaitement à une dispersion dans plusieurs lieux. La pièce Warning : Perception requires Involvement est à cet égard emblématique. Elle consiste en une intervention de Muntadas dans les pages du quotidien Le Temps, l’édition d’un autocollant et une installation dans la vitrine du Centre pour l’image contemporaine. Ce dernier multiplie les collaborations. Associé pour l’occasion au Mamco, il présente la rétrospective Michael Snow, coproduite avec le Centre national de la photographie (Paris) et le Palais des beaux-arts (Bruxelles).

- Mamco, 10 rue des Vieux-Grenadiers, 1205 Genève, tél. 41 22 320 61 22, tlj sauf lundi 11h-18h : JIM SHAW, "Everything must go !", jusqu’au 30 avril. FRANCIS BAUDEVIN, jusqu’au 3 septembre ; JEAN-LUC BLANC, jusqu’au 9 avril ; STÉPHANE BRUNNER, jusqu’au 16 avril ; JULIJE KNIFER, jusqu’au 17 juin ; MARK LEWIS, jusqu’au 17 juin ; INGRID LUCHE, jusqu’au 3 septembre ; ELENA MONTESINOS, jusqu’au 9 mai.
- Centre d’art contemporain, 10 rue des Vieux-Grenadiers, 1205 Genève, tél. 41 22 329 18 42, tlj sauf lundi 11h-18h : KARA WALKER, "Why I like White Men", jusqu’au 28 mai ; WILLIAM KENTRIDGE, "Ulysses : Echo Scan Slide Bottle", jusqu’au 28 mai.
- Centre pour l’image contemporaine, 5 rue du Temple, 1201 Genève, tél. 41 22 908 20 60, tlj sauf lundi 12h-18h : ANTONI MUNTADAS, jusqu’au 19 mars ; HERVÉ GRAUMANN, jusqu’au 19 mars ; MICHAEL SNOW, 12 avril-18 juin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°101 du 17 mars 2000, avec le titre suivant : Le « BAC » crée une synergie sans précédent

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