Samedi 16 février 2019

L’Axe Berne-Berlin

Sur la piste des œuvres transférées par les nazis en Suisse

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996 - 538 mots

Une nouvelle série d’archives concernant le transfert d’œuvres d’art, de pierres et de métaux précieux entre l’Allemagne et la Suisse pendant le régime nazi vient d’être rendue publique. Les documents en question ne sortent pas des coffres bancaires suisses, mais des Archives nationales américaines à Washington, où elles étaient maintenues au secret depuis la guerre.

NEW YORK (de notre correspondant). Les documents déclassifiés des Archives nationales américaines suivent la trace des avoirs nazis déposés dans les banques suisses. Ils datent de l’effort accompli au lendemain de la guerre par les États-Unis pour établir le montant des "biens ennemis" déposés en Suisse. Les recherches entreprises à l’heure actuelle correspondent à un complément d’information et au passage en revue d’archives qui n’avaient pas été examinées jusqu’ici. Les enquêteurs espèrent préciser la provenance des biens, volés ou non, qui ont été déposés dans les coffres suisses avec, au premier chef, ceux qui appartenaient aux familles juives victimes de l’Holocauste.

Pour les spécialistes en matière de restitution, le rôle joué par la Suisse a toujours mérité toute leur attention. Durant les années trente et quarante, c’était en effet le pays d’Europe par excellence où en­voyer des œuvres d’art pour les mettre en vente. Ce qui entrait dans la catégorie officiellement qualifiée par les nazis d’"art dégénéré" a ainsi transité par la Suisse. Selon un collaborateur d’Alphonse D’Amato, qui préside la commission bancaire du Sénat : "Les Suisses blanchissaient une grande quantité d’objets, y compris des diamants en provenance d’Anvers et de l’or à la tonne." On sait depuis l’armistice, qu’une bonne part de l’or dentaire récupéré dans les camps de la mort a abouti en Suisse.

Batailles juridiques en perspective
C’est sous la pression des héritiers des déportés que la commission du Sénat américain a autorisé l’accès aux archives les concernant. Selon un porte-parole de cette institution, dès 1935, il est question d’œuvres d’art dans les échanges de courrier entre les Suisses et le Reich : "Les documents mentionnent le transfert de certaines toiles par la Suisse. Quels en ont été les acquéreurs, nous l’ignorons. Toutefois, si les renseignements sont confirmés, nous serons en mesure de localiser certaines œuvres." Les peintures qui ont transité par la Suisse ont été, pour la plupart, expédiées via l’Espagne et le Portugal vers l’Amérique latine, d’où elles sont reparties après la guerre. En outre, les enquêteurs ont bon espoir de remonter la filière qui conduisait de la Suisse au marché new-yorkais, à la fin des années quarante et au début des années cinquante. Ils examineront également les transactions effectuées entre les marchands suisses et la France de Vichy.

Ce que les enquêteurs redécouvrent n’est pas surprenant. Depuis cinquante ans, les familles spoliées ont souvent protesté devant les difficultés que leur faisaient les banques suisses pour les empêcher de récupérer des objets réquisitionnés. Tout récemment encore, il fallait payer cher pour consulter un nombre limité de leurs dossiers.

Comme les statuts suisses interdisent la récupération de presque tous les biens de la période pendant laquelle les nazis étaient au pouvoir, on peut s’attendre à ce que les demandes de restitution d’œuvres d’art fasse surtout l’objet de batailles juridiques aux États-Unis, en s’appuyant sur les archives qui permettront d’établir leur passage du pays neutre en Amérique du Nord.

 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : L’Axe Berne-Berlin

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