Mercredi 27 janvier 2021

L’automne prend les couleurs de l’Asie et de l’art primitif

Archéologie égyptienne, Extrême-Orient, arts d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 11 septembre 1998 - 1408 mots

Deux nouvelles manifestations verront le jour en septembre-octobre : l’Automne asiatique qui se veut le pendant de l’Asian Week organisée à New York et Londres, constitué d’un ensemble d’expositions dans des musées et chez des marchands, et le premier Salon international d’art tribal, consacré aux arts premiers, qui accueillera une vingtaine de galeries spécialisées dans les arts africains, océaniens, indonésiens et amérindiens. Les arts d’Extrême-Orient et l’archéologie seront présents sur plusieurs stands de la Biennale.

Néfertiti, en retrait par rapport à Akhenaton, est représentée beaucoup plus petite que le roi. Ils sont tournés vers le soleil et lèvent chacun un vase dans sa direction en guise d’offrande au dieu Aton. Le roi est vêtu d’un simple pagne court et porte la haute couronne blanche de Haute-Égypte surmontée de l’uræus, tout comme la reine, revêtue d’une longue  robe et la coiffure ornée d’un ruban. Les corps étirés semblent avoir perdu toute musculature, le torse est court, les épaules étroites et les bras longs et fluets, tandis que l’accent est mis sur le bassin et les cuisses volumineuses. “On retrouve sur cette stèle amarnienne toutes les caractéristiques du style nouveau et révolutionnaire instauré par Akhenaton [Aménophis IV] au début de son règne, indiquent Bernard Blondeel et Armand Deroyan. Son intérêt provient de la représentation, dans le style si caractéristique de l’époque, du roi et de son épouse faisant offrande de leur nouvelle doctrine au dieu Aton”. Datant des années 1359-1355 av. J.-C., la stèle proviendrait d’une maison égyptienne de Tell al-Amarna, où elle servait probablement d’autel pour vénérer la famille royale.

Une autre stèle funéraire cintrée, haute de 1,32 m et large de 57 cm, représente Osiris devant une table d’offrandes. À sa droite se tiennent une femme et trois hommes, Pa-sn-n-Khonsou, scribe des chevaux de Haute et Basse-Égypte du roi Psammétique Ier (664-610 av. J.-C.), son grand-père, vizir et maire de la capitale, son père et sa femme. Pour les deux marchands, “la finesse de la gravure de cette pièce laisse penser qu’elle est issue d’un atelier royal”.

Une place de choix sera faite à l’Extrême-Orient avec l’Automne asiatique à Paris. Cette manifestation, qui propose un ensemble d’expositions dans deux musées et huit galeries de la capitale – que l’on pourra compléter par la visite de plusieurs stands de la Biennale des antiquaires –, se veut le pendant de l’Asian Week organisée à New York et à Londres. Le Musée Cernuschi ouvrira les festivités le 23 septembre avec “Rites et festins de la Chine antique, bronzes du Musée de Shanghai”, où l’on découvrira des objets rituels appartenant aux deux dynasties majeures de l’antiquité chinoise, les Shang et les Zhou (du XIVe au IIIe siècle). La vaisselle d’apparat, liée au culte des ancêtres, était utilisée pour des repas rituels. On y remarquera un vase you cylindrique en forme de seau, particulièrement rare car sa production se limite à une courte période vers la fin de la phase initiale des Zhou de l’Ouest (début du Xe siècle av. J.-C.). À cette époque se manifeste une profonde mutation religieuse qui se traduit dans les coutumes funéraires des princes feudataires. Les formes des bronzes deviennent plus amples et plus majestueuses. Les motifs au dessin simplifié de ce vase représentent des masques de buffle pourvus de grands yeux, de cornes et d’oreilles en saillie. Plus récent, un vase fu datant de la période finale des Zhou de l’Ouest (IXe siècle av. J.-C.) était utilisé pour recevoir ou présenter des offrandes de grains. À la symétrie parfaite du récipient et de son couvercle répond celle du décor.

Wenzhong, amant de l’impératrice douairière
Dans sa galerie de la rue du Bac, Christian Deydier expose également des bronzes, dont un vase rituel à vin you de la dynastie des Shang, période d’Anyang (XIVe-XIe siècle). “Ce vase très rare, en forme de bouteille, présente un décor qui recouvre toute sa surface. Il constitue un témoignage des plus anciennes traditions chinoises attribuant aux rois des pouvoirs célestes”. L’antiquaire présente aussi des œuvres en or et en argent doré, notamment ce bol de la dynastie Liao (907-1125). “Celui-ci fait partie d’un groupe de pièces destinées à Wenzhong, gouverneur et conseiller auprès des empereurs, mais surtout amant de l’impératrice douairière, qui ne cessa de le protéger en réparant ses quelques maladresses. Ce bol fut utilisé comme offrande lors d’une cérémonie dédiée à Wenzhong dans un temple mobile”.

1998 est l’année du Tigre dans le zodiaque chinois. Il symbolise le courage, le dynamisme, la passion et l’action. Chez Christian Deydier, il est représenté sur une importante boucle de ceinture en bronze provenant du royaume de Dian (province du Yun-nan, VIe-IIe siècle av. J.-C.). “Aucune boucle de ceinture similaire, comportant une tête de tigre ornée de félins en ronde-bosse, n’est connue ni répertoriée. Cette civilisation mi-guerrière, mi-agricole, concentrée autour du lac Dian, a été décimée par les Chinois sous les Han, obligeant les survivants à se réfugier dans les régions du Viêt-nam. Quelques rares pièces sont conservées dans une ou deux collections privées, mais aucun musée européen n’en possède, d’où l’importance de cet objet”.

De son côté, Jacques Barrère a réuni une collection d’objets d’art chinois en bois, dont certains remontent au IVe siècle av. J.-C., comme ces statuettes du royaume de Chu (époque des Royaumes combattants, IVe-IIIe siècle av. J.-C.) encore revêtues de leur robe en soie brodée. “Ces pièces, vieilles de 2300 ans, se sont conservées car elles étaient enfermées dans des tombes remplies d’eau”, explique-t-il. Elles côtoient un ensemble de ming-k’i en bois d’hinoki de la région de Wuwei, rassemblés autour d’un arbre de vie en bois (époque Han), sorte de grand poteau aux branches stylisées auxquelles étaient accrochées des offrandes pour calmer les esprits maléfiques.
Un autre ming-k’i trône sur le stand de la Ming-K’i Gallery, au Carrousel du Louvre. Cette figurine en bois, datant de la dynastie des Zhou orientaux (770-221 av. J.-C.), provient des environs de Jiangling, en Chine méridionale, où se trouvait une des capitales du royaume des Chu. Les ming-k’i, en bois ou en terre cuite, étaient placés dans la tombe du défunt lors de l’enterrement d’un membre de l’aristocratie. Cette pratique a remplacé les sacrifices humains pratiqués sous les dynasties des Shang et des Zhou occidentaux. L’élégance de cette statuette, constituée d’une seule pièce de bois, provient du balancement contenu du corps vers l’arrière, de la finesse de la taille et de l’aspect filiforme général. “Cette pièce en bois, miraculeusement conservée, témoigne de l’habileté des sculpteurs du bassin moyen du fleuve Bleu, commente l’antiquaire. Elle est aussi le reflet de la croyance en un au-delà qu’entretenaient les habitants de cette région”. Michael Goedhuis a, lui, jeté son dévolu sur cinq récipients à vin en bronze de la dynastie Han (206 av. J.-C.- 220 ap. J.-C.). L’un d’entre eux contient encore le vin de riz d’origine, son couvercle, fixé il y a 2000 ans, ayant empêché l’air de pénétrer. Une des pièces les plus intéressantes exposées par Gisèle Croës est une plaque ornementale en bronze de patine vert clair et vert foncé (15,5 cm) de l’époque des Han occidentaux (206 av.J.-C.- 9 ap. J.-C.). “Cette plaque a été exécutée dans le royaume de Dian avant la colonisation chinoise. Situé dans le sud de la Chine, abrité par de hautes montagnes, ce royaume possédait sa propre culture, très marquée par l’art animalier”, explique Gisèle Croës qui fut l’une des premières à s’intéresser, il y a quatre ans, à ces objets d’art.

Premier Salon international d’art tribal
Le Salon international d’art tribal, entièrement consacré aux arts premiers, ouvre ses portes le 19 septembre dans l’hôtel Marcel Dassault, au rond-point des Champs-Élysées. Il accueille une vingtaine de galeries, européennes et américaines principalement, spécialisées dans les arts africain, océaniens, indonésiens ou amérindiens. On y découvrira des objets de guerre, des masques d’initiation ou de circoncision, des poupées matérialisant les esprits, mais aussi des figures de reliquaire gabonaises, des statues d’ancêtre Baoulé... L’African Muse Gallery y présentera une statue en bois à patine brune de chasseur Sénoufo (XIXe siècle). “Cette sculpture travaillée à l’herminette allie la sensibilité du toucher et du motif à un hiératisme classique et intemporel”, déclare Luc Berthier. La galerie l’Accrosonge s’est intéressée à un masque Agba du Nigeria, portant un heaume noir : “Ces masques sont utilisés dans la plupart de grandes fêtes ainsi que pendant l’Akwu, le rituel final des funérailles”. Un masque Agbogho mmwo du Nigeria représente lui aussi des amis défunts, mais il protégeait également les vivants et leur assurait fécondité et prospérité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°66 du 11 septembre 1998, avec le titre suivant : L’automne prend les couleurs de l’Asie et de l’art primitif

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