Mercredi 19 février 2020

L’apatride - Latifa Echakhch

Par Céline Piettre · L'ŒIL

Le 23 septembre 2014 - 349 mots

PLASTICIENNE - C’est à Martigny, en Suisse, entre vignoble et montagnes, que Latifa Echakhch a élu domicile. Cinq ans qu’elle a quitté Paris, partageant son quotidien avec l’artiste Valentin Carron et leur petite fille, « au calme ».

Les Alpes, Latifa y a grandi dans une modeste HLM. Née au Maroc, elle arrive en France à trois ans. Du bled elle ne garde aucune nostalgie. On ne parle pas marocain à la maison. On veut s’intégrer. Alors, elle s’étonne, s’agace même les mauvais jours, d’être encore étiquetée « artiste arabe ». Combattre pour un drapeau n’est pas son truc – ça tombe bien, la Suisse est un pays neutre. Concourir non plus. « Je n’aime pas la compétition », confie cette ancienne athlète junior qui remporte pourtant le prix Duchamp 2013. Podium qui propulse sa carrière française.

Être artiste, ce « luxe » qu’elle hésite d’abord à se permettre, devient vite un « espace d’engagement nécessaire », politique mais sans frontière. Son œuvre n’impose, ne juge rien. L’actualité, le monde, s’y imprègne par capillarité, telle l’encre sur le papier. Les jasmins fanent, les murs coulent, les verres à thé gisent sur le sol sans circonscrire un territoire. On navigue entre le monumental, le dérisoire et la fragilité. Pas question de choisir entre le critique et le sensible. Invitée cet automne au Centre Pompidou, elle scénographie ses souvenirs à travers des objets chinés. Dans ce paysage mémoriel trempé d’une bile noire, des nuages – décors de théâtre – flottent au ras du sol. Portrait démaquillé de cette « étrange France qu’on lui a donnée à voir » ?

1974
Naissance à El Khnansa au Maroc

1977
Sa famille immigre en France

1999
DNSEP à l’école nationale supérieure d’arts de Cergy-Paris, après un DNAP à l’école supérieure d’art de Grenoble

2001-2002
Post-diplôme de l’école nationale des beaux-arts de Lyon

2009
Premier solo show chez son galeriste parisien Kamel Mennour. Également représentée à Zurich par Eva Presenhuber et à Tel-Aviv par la Dvir Gallery

2011
Participation à la 54e Biennale de Venise avec l’œuvre Fantasia

2013
Prix Duchamp

2014
Exposition cet automne à l’Espace 315 au Centre Pompidou, Paris

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°672 du 1 octobre 2014, avec le titre suivant : L’apatride - Latifa Echakhch

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