Mercredi 21 février 2018

L’actualité vue par Pierre Raiman

Président de Montparnasse Multimédia

Le Journal des Arts

Le 9 septembre 2008

Fondateur de la radio rock Ouï FM en 1984, Pierre Raiman a créé en 1993 Montparnasse Multimédia, producteur, éditeur et distributeur de cédéroms, culturels notamment. Il commente l’actualité.

La concentration des sorties de cédéroms culturels avant Noël n’est-elle pas le signe qu’ils peinent à devenir un produit de grande consommation ?
Le marché des cédéroms en général est un marché très saisonnier. Les mois d’octobre à janvier sont les plus importants de l’année, ils peuvent représenter 60 à 65 % du chiffre d’affaires. Les programmes culturels ont une saisonnalité de plus en plus forte. C’est le signe d’une maturation accrue, c’est-à-dire que beaucoup de cédéroms culturels trouvent leur place dans une période de l’année où l’on a envie d’en acheter. La part du cédérom culturel dans ce marché d’1,2 million d’unités augmente en volume et tourne autour de 16-17 %, ce qui n’est pas négligeable. Vers 2000-2001, le marché du DVD va prendre de l’ampleur, et il y aura logiquement une évolution de l’écriture multimédia, en raison notamment de la place plus importante de la vidéo.

Comment jugez-vous la semi-interdiction dont a été victime le livre de Bettina Rheims, INRI ?
Un abbé représentant une tendance extrême du catholicisme a tenté non pas de faire interdire le livre mais d’empêcher son exposition, ce qui revient un peu au même. L’abbé est dans son rôle quand il demande l’interdiction, mais comment des juges du référé ont-ils pu se déclarer compétents ? Ils auraient dû renvoyer au fond. La position de l’épiscopat, qui dit “Nous, nous n’avons pas demandé l’interdiction”, me frappe également. Dans ce cas, l’Église aurait dû s’opposer à la demande d’interdiction car, que font Bettina Rheims et Serge Bramly, sinon donner une lecture de la Passion et de la vie du Christ dans le monde d’aujourd’hui ? Cette tentative est très intéressante du point de vue artistique et religieux. Il y a quelque temps, l’Église a introduit des recours contre des publicités, pour des voitures notamment. Je n’aime pas qu’on interdise, mais je peux comprendre que cela choque des gens. Il n’est pas besoin de faire référence à l’histoire du Christ pour vendre des voitures. La publicité se nourrit de provocations, mais elle doit faire attention à ce qu’elle provoque. INRI n’est pas plus une provocation que les tableaux religieux de la Renaissance, sans comparer Bettina Rheims à Titien. Pourquoi l’Église ne soutient-elle pas cette vision moderne de l’Évangile ?

Voyez-vous dans le PACS une mutation culturelle majeure ou un simple aménagement technique ?
C’est un mélange des deux. Je suis opposé à ceux qui ne veulent pas du PACS, parce que c’est un pas en avant important, d’abord – disons-le franchement – pour beaucoup de couples homosexuels ; c’est donc une bonne chose. En ce qui concerne son extension aux couples hétérosexuels, aux fratries, pourquoi pas ? À la base, je suis favorable au mariage des homosexuels. Il faut avoir le courage de l’autoriser comme au Danemark, où cela ne pose pas de problèmes majeurs. Cela choque sûrement des gens, mais des tas de choses choquent les gens dans notre société. Ce qui compte, c’est que le choc reste acceptable pour que le bloc qui constitue une société continue d’exister. Le droit au mariage des homosexuels est inscrit dans l’évolution de la société, et il doit être reconnu à un moment ou à un autre. Dans le PACS, il y a un ou deux aspects techniques qui m’ont gêné : par exemple, l’idée qu’un PACS puisse être rompu par lettre recommandée me paraît un peu choquante. Ce genre de clause discrédite en partie le projet, car beaucoup n’y voient qu’un aménagement fiscal. Or, pour un couple homosexuel, il y a plus que les droits de mutation et de succession.

Que vous inspire le mouvement des lycéens ?
Si un instituteur du temps de Jules Ferry arrivait dans une classe aujourd’hui, il ne serait pas perdu. Il connaît tous les outils de base, le livre, le cahier, le tableau... Ce n’est pas le cas dans un hôpital. L’école ne s’est pas mise à la hauteur des mutations technologiques très profondes des dix dernières années. Cela se traduit entre autres par un mal-être des lycéens et le sentiment que l’école ne les prépare pas à leur vie future. Les lieux d’apprentissage sont en train de se diversifier. Les technologies sont là, mais elles ne sont pas encore intégrées. Le mérite de Claude Allègre est de chercher à bouger les choses, celui des lycéens est d’insister dans ce sens. L’école est à la veille d’un très grand bouleversement, à la fois des matières étudiées, des rythmes, des relations maître-élève, et même des relations maître-élève-famille. Grâce à la révolution technologique, pour la première fois dans l’Histoire, le même outil est utilisé au travail, à l’école et dans la famille. Il y a une possibilité de flux d’informations entre ces trois unités qui est immense et qui ne va que s’accroître.

Quelles expositions récentes vous ont semblé particulièrement remarquables ?
Kokoschka à Bruxelles, ville où il y a toujours beaucoup de manifestations intéressantes. Il y fait bon vivre, on se dit plus facilement qu’on va aller voir une expo. Il est vrai que l’art du XXe est un peu absent des cédéroms culturels. Je regrette que nous n’ayons encore rien fait sur des artistes comme Modigliani, Soutine, Kokoschka, Schiele, Chagall. Il y aurait de plus grandes possibilités pour expliquer leurs œuvres en fonction du contexte, on pourrait aller beaucoup plus loin dans l’éclairage qu’on apporte. C’est une piste pour l’avenir, mais on se heurte au problème des droits de reproduction.

L’inclusion d’œuvres d’art dans l’assiette de l’impôt sur la fortune est à nouveau en question.
C’est le meilleur moyen de faire fuir le patrimoine à l’étranger. Cette idée est un peu méprisante pour le patrimoine, alors que celui qui acquiert une œuvre témoigne d’un goût pour l’art, d’une ouverture d’esprit.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°69 du 23 octobre 1998, avec le titre suivant : L’actualité vue par Pierre Raiman

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