Samedi 24 février 2018

L’actualité vue par Jack Ralite, sénateur-maire d’Aubervilliers

Le Journal des Arts

Le 20 octobre 2009

Militant, Jack Ralite l’est à double titre : membre du Comité national du Parti communiste français, le sénateur-maire d’Aubervilliers est également l’initiateur des États généraux de la Culture qui célèbrent cette année leurs dix ans d’existence. L’ancien ministre de la Santé, puis de l’Emploi, de Pierre Mauroy, commente l’actualité.

Alors que débutent bientôt les "Dix jours de l’art contemporain", que vous inspire la place qui lui est faite en France ?
Il y a en France une attaque en règle, qui est grave et dangereuse, contre la création contemporaine sous toutes ses formes. "Faites peuple" est le credo de certaines mairies, alors qu’il n’y a pas de démarche culturelle sans audace de la création. Regardez ce qui s’est passé à Carpentras à l’égard de Bustamante, à Verdun à l’égard du dramaturge Heiner Müller ou tout récemment à propos du Centre d’art contemporain de Fresnes, accusé d’élitisme et d’hermétisme… Un consensus mou prétend qu’on en aurait suffisament fait pour la création et qu’il faudrait désormais s’occuper du public. Les deux préoccupations doivent être au contraire abordées de front : il n’y aura pas davantage de public en délaissant la création, ce ne sont pas des vases communicants. Nous assistons à une offensive populiste et "identitariste" qui prend l’artiste comme bouc émissaire. Pourtant, chaque fois que certains ont voulu instrumentaliser l’art, les conséquences ont été terribles pour l’art et pour les peuples.

C’est un des thèmes de l’exposition "Face à l’histoire" organisée par le Centre Georges Pompidou.
Oui, mais son propos n’est pas toujours au service de l’art dans ses profondeurs. Je ne la condamne pas, mais je ne la trouve pas juste. Par exemple, il y a chez Hitler une destruction de l’art, alors qu’il y a une instrumentalisation totale de l’art chez les Soviétiques. Je combats absolument cette dernière tentative, comme je l’ai dit, mais la destruction, c’est l’horreur. Ce type de différence n’apparaît pas dans la première salle de l’exposition, où fascisme et communisme sont présentés ensemble.

Dix ans après la Déclaration des droits de la Culture, quelles sont vos avancées dans ce domaine et quels sont vos moyens ?

Nos moyens sont tout simples : nous avons écrit à beaucoup de communes, et certaines, parfois des villages, nous envoient de l’argent.  La Déclaration des droits de la Culture a été traduite en 14 langues, et notre tour de France a rassemblé plus de 4 000 personnes au cours de ses 13 étapes, entre octobre 1996 et février 1997. La grande idée des États généraux – créer une responsabilité publique et sociale à tous les échelons de la société en matière de culture – s’accroche de plus en plus dans la réalité. La réunion du 23 mai, au Sénat, sera à finalité européenne. Surtout, je crois que les États généraux jouent un rôle moteur, comme ce fut le cas lors de la défense de l’exception culturelle. Les artistes pétitionnaires qui se sont insurgés contre le projet de loi Debré sur l’immigration sont pour la plupart des habitués de nos rencontres. D’ailleurs, la récente mobilisation a montré des rapprochements entre intellectuels et population qui ne sont pas de petites choses.

Vous partagez l’appel à la désobéissance civile qui accompagnait ce mouvement de protestation ?
Je trouve que c’est une bonne idée, car s’il y a une désobéissance en ce moment, c’est la désobéissance incivile de l’État. La loi morale existe dans un pays.

En tant qu’élu de la République, c’est une position grave.
Non, ce n’est pas grave, d’autant que je n’appelle pas personnellement à la désobéissance civile, mais je comprends l’émotion de ceux qui se sont exprimés en ce sens.

Votre projet Métafort, vaste projet de "cybercité" à Aubervilliers, n’ayant toujours pas vu le jour, pensez-vous que la France soit en retard dans le domaine du multimédia ?
Innovation technologique, innovation artistique et innovation sociale, le Métafort pourrait être un lieu de fertilisation croisée de ces trois démarches. Mais la volonté politique fait défaut : l’État ne veut pas s’engager au-delà d’un tiers du financement, qui correspond au prix d’un gros lycée, soit 165 millions de francs… Avec 7 000 chômeurs et 2 700  RMistes pour 70 000 habitants, Aubervilliers ne peut assurer la différence. C’est symptomatique de la situation du multimédia en France : si retard il y a, il est dans la volonté politique et pas ailleurs. Je viens de participer au débat sur le projet de loi sur l’audiovisuel, au Sénat. Cette loi d’apparence minuscule traite de problèmes majuscules, mais on voit bien qu’on aborde le numérique par le petit bout. Il y a beaucoup de "crampes mentales", comme aurait dit Luigi Nono, face à ce tournant historique qui s’opère. On bavarde beaucoup mais on agit peu.

Et à l’échelon européen ?
L’Europe dépense environ 350 millions d’écus pour son plan Média 2, qui concerne 13 pays sur 5 ans, alors que chaque année, elle donne 1 milliard d’écus pour la culture du tabac et 800 millions d’écus pour la lutte contre le tabagisme. De l’argent il y en a, mais il est utilisé d’une curieuse manière !

États généraux européens de la Culture au Sénat le 23 mai. Renseignements : 7 rue Achille Domart, 93300 Aubervilliers, tél. 01 48 39 52 47.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°35 du 4 avril 1997, avec le titre suivant : L’actualité vue par Jack Ralite, sénateur-maire d’Aubervilliers

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