Lundi 10 décembre 2018

L’actualité vue par Annick Bourlet

Présidente de la Fédération française des Sociétés d’amis de Musées

Le Journal des Arts

Le 21 novembre 1997 - 832 mots

Annick Bourlet a longtemps été active dans la vie associative, notamment dans le Nord, à la Fondation Septentrion. Forte de cette expérience, elle est devenue en 1979 présidente de la Fédération française des Sociétés d’amis de Musées, dont les effectifs se sont accrus depuis de façon considérable. Les 23 associations sont aujourd’hui 285, regroupant 150 000 personnes. À titre personnel, Annick Bourlet est membre des sociétés des Amis du Louvre, du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du Musée Galliera et des Musées de Lille.

Le mois de novembre est depuis quelques années celui de "L’invitation au musée". Quelle est votre opinion sur l’utilité d’une telle opération ?
C’est une excellente opération. Elle a le mérite d’être gratuite, ce qui draine un public important. Il y a une atmosphère festive et un accueil particulier. Je regrette que la Fédération n’ait pas été avertie, ni sollicitée. Heureusement, certains conservateurs se sont entendus avec les sociétés d’amis de leur musée afin qu’elles participent et assurent des visites commentées dans les salles. Je crois que la qualité de l’accueil est nécessaire pour découvrir les collections dans de bonnes conditions. Les sociétés d’amis peuvent aider les conservateurs dans les tâches périphériques.

Pierre Bergé a mis en cause les musées français, et notamment leurs conservateurs, à l’occasion du don d’Yves Saint Laurent à la National Gallery de Londres. Pensez-vous, avec Marc Ladreit de Lacharrière qui lui a répondu dans le Figaro, que ces critiques sont infondées et qu’elles nuisent à la France ?
Je connais bien un collectionneur qui avait donné sa collection et qui a été extrêmement blessé d’être tenu à l’écart du musée. Cela existe. Dans le cas de M. Bergé, je ne sais pas comment cela s’est passé, mais je crois qu’il y a quelquefois des questions à se poser. Pour donner de bon cœur, les collectionneurs doivent se sentir chez eux dans le musée, et les sociétés d’amis peuvent créer un climat favorable si elles-mêmes y sont reconnues. Le sont-elles toujours ?

Une des vocations des sociétés d’amis de musées est de faire des dons. Rencontrez-vous des difficultés dans ce domaine ?
Les prix atteints par les œuvres d’art ne permettent pas toujours aux Amis de musées d’agir seuls. Une méthode est de proposer une certaine somme. Pour que celle-ci ne soit pas perdue, les institutions (Fram, ville, région) complètent. Par ailleurs, certains sont bien placés pour obtenir un mécénat : je pense par exemple au financement de la restauration du Veronèse à Versailles, obtenu de la BNP par l’intermédiaire d’un ami du musée.

Comment jugez-vous l’action de Catherine Trautmann au ministère de la Culture ? Certains lui reprochent d’être trop accaparée par ses fonctions de porte-parole et par ses activités à Strasbourg.
Je lui ai écrit pour la rencontrer et discuter de la future loi sur les musées. Nous attendons beaucoup du rendez-vous qu’elle nous a fixé. Nous souhaitons que soit prévue dans le texte la possibilité pour des personnes privées de travailler avec les personnels du musée, dans le cadre d’un partenariat – nous ne pouvons pas être des prestataires de services. Ce point avait été accepté, mais celui qui précisait que nous travaillons pour l’intérêt général a été gommé au profit d’un vague “rayonnement des musées”.

La politique d’expositions de la Réunion des musées nationaux est actuellement remise en cause en raison des déficits. Dans quel sens doit-elle, selon vous, être infléchie ? Comment analysez-vous la baisse de la fréquentation ?
Il faut prendre en compte la crise économique, les musées à Paris sont chers. La politique actuelle me paraît bonne. Si les expositions ne sont pas très grand public, la mission du service public est de les présenter malgré tout. Qui peut faire connaître les artistes si les musées ne prennent pas le risque d’avoir une fréquentation plus faible ? La politique commerciale est peut-être en cause dans l’accroissement des déficits. Une boutique dans un musée peu fréquenté est difficilement viable. Des solutions adaptées aux différentes situations doivent être expérimentées. Je constate qu’en France, une seule voie est toujours privilégiée, celle qui est imposée de façon hiérarchique. Prenez l’exemple des guides-interprètes. Un arrêté récent impose à toute personne qui s’exprime en présence de plusieurs autres dans un musée d’être titulaire d’une carte professionelle, sous peine d’amende. Cela signifie-t-il que les groupes d’amis de musées qui font des visites et prennent la parole à tour de rôle ne pourront plus le faire ? Ce serait se priver d’une richesse extraordinaire.

Quelles sont les expositions récentes que vous avez appréciées ?
Je suis allée voir Prud’hon. Je n’aime pas beaucoup sa peinture, à part quelques portraits qui sont très beaux, mais ses dessins sont merveilleux. Quant à La Tour, c’est une vraie joie. Et c’est une exposition qui n’est pas trop lourde. Je n’ai pas aimé l’étage supérieur, certaines copies sont médiocres et j’ai du mal à croire qu’on ait pu les prendre pour des La Tour.

Et la collection Havemayer à Orsay ?
L’ensemble est inégal, mais les Manet et les Degas sont superbes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°48 du 21 novembre 1997, avec le titre suivant : L’actualité vue par Annick Bourlet

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