L’actualité vue par Alfred Pacquement

Directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 9 octobre 1998

Ancien directeur de la Galerie nationale du Jeu de Paume, Alfred Pacquement a été délégué aux Arts plastiques/ministère de la Culture de 1993 à 1996. Il est directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts (Énsb-a) depuis janvier 1996. Il commente l’actualité.

La Fiac devra quitter à court terme le quai Branly. Que pensez-vous de ces déménagements à répétition ?
La Fiac est devenue un grand événement culturel et fait incontestablement partie des moments majeurs de la saison à Paris. Elle fait venir beaucoup d’étrangers, et nous avons tout intérêt à l’encourager par tous les moyens. Après la fermeture du Grand Palais, le quai Branly était une bonne solution, mais chacun savait qu’elle serait provisoire. Le problème n° 1 d’un événement comme celui-là n’est pas le lieu où il se déroule. Ce qui compte, c’est sa qualité de réunion internationale, d’initiative pour faire venir les collectionneurs et les responsables d’institutions à l’étranger. Cela dit, le Grand Palais est un endroit exceptionnel, et nous devons tous espérer que la Fiac pourra y retourner.

Le nouveau gouvernement allemand va comprendre un responsable de la Culture, Michael Naumann. Comment voyez-vous ce que certains appellent déjà un “wilhelmisme de gauche” ?
L’Allemagne est un pays qui a des institutions très fortes, très dispersées sur le territoire. Quelle que soit l’initiative étatique qui pourra être prise, une forte synergie persistera entre les différents partenaires, notamment privés : des entreprises rassemblant d’importantes collections d’art contemporain, des fondations... On ne peut pas ne pas être attentif à l’explosion culturelle de Berlin qui, probablement, va se confirmer au cours des années qui viennent. Un soutien plus fort d’un ministère de la Culture sera sans doute bénéfique aux relations culturelles avec la France. L’École des beaux-arts entretient des liens très privilégiés avec des écoles à Berlin, et tout ceci ne pourra qu’être conforté par une politique volontariste de l’État allemand. Je ne crois pas que l’on ait à craindre une centralisation en Allemagne, parce que le tissu culturel est en place, le réseau est là. Il restera des grands pôles et des événements comme la Documenta de Cassel.

Les 13 et 16 octobre seront inaugurées à New York deux expositions organisées conjointement par le Centre Georges Pompidou et le Musée Guggenheim. Comment sont, selon vous, perçus les artistes français aux États-Unis ?
Cette perception est en train de se transformer grâce à une génération d’artistes français qui a mieux su prendre l’initiative de contacts directs, qui s’est engagée auprès d’une nouvelle catégorie d’interlocuteurs, qui n’est pas forcément allée d’emblée vers les plus grands musées, les plus grosses galeries, mais a essayé au contraire de s’insérer autrement. Certains artistes commencent même à avoir une certaine visibilité aux États-Unis, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. Dans ce contexte-là, on ne peut qu’accueillir favorablement les expositions new-yorkaises. Ne commençons pas par la critique comme nous en avons bien souvent le défaut dans notre pays, mais constatons que l’événement a lieu et qu’il va probablement avoir un certain impact. Il ne faut pas le vivre comme une proposition définitive, fermée. Certaines choses vont être exposées, beaucoup d’autres ne le seront pas. Nous pourrons, comme toujours, regretter ce qui n’est pas montré. Je pense que les États-Unis redeviennent un territoire plus disponible à travers la jeune génération de conservateurs, des artistes qui raisonnent un peu différemment de leurs aînés. Il y a eu, sans aucun doute, une ou deux générations en France qui ont été ignorées par les Américains. Ce n’est pas cette exposition qui va résoudre cette question, en tout cas sûrement pas entièrement. Mais, au moins, elle avance un pion ou des pions. Les galeries françaises me paraissent aussi dans un état d’esprit plus offensif qu’il y a dix ou quinze ans.

Comme le montre encore l’exposition “Donai Yanen !”, l’Énsb-a assure presque aujourd’hui une mission de centre d’art. Est-ce, pour vous, le rôle normal d’une école d’art ou cette politique est-elle liée à l’état actuel de la scène parisienne ?
L’École des beaux-arts a la chance de disposer d’un vaste espace d’exposition qui est très bien situé dans la ville. Il m’a semblé que l’on pouvait l’employer comme un lieu d’exploration de la scène contemporaine, de façon très large, très internationale, en insérant dans cette programmation des jeunes artistes issus de l’École ou même y travaillant encore. L’exposition japonaise entre dans cette suite, en général confiée à des commissaires extérieurs. C’est vrai que cela peut apparaître comme une programmation de centre d’art. Mais les expositions ne peuvent être que bénéfiques aux étudiants qui se demandent comment ils vont pouvoir travailler en tant qu’artistes. Dans le contexte parisien, je n’occupe ce lieu contre personne. Si l’espace doit avoir une identité, ce qui est clairement mon projet, il me paraît tout naturel que ce soit du côté de la création contemporaine.

Quelles sont les expositions qui vous ont particulièrement intéressé récemment ?
J’ai vu l’exposition Millet-Van Gogh, que j’ai trouvée très pertinente. C’est une magnifique manière de montrer comment un artiste en regarde un autre. J’ai beaucoup admiré l’art Jômon, remarquable par des objets que l’on connaît très mal ici. C’est la découverte d’un art flamboyant, presque baroque, qui est fascinant. J’accorde beaucoup d’importance à ce que montrent les galeries. J’ai trouvé qu’il y avait dans cette rentrée de bonnes expositions. Celle de Pariente, par exemple, est très belle et courageuse de la part d’une galerie. J’ai visité la Biennale des Antiquaires avec les yeux écarquillés devant ce qui est une espèce de caverne d’Ali Baba. Quand je vois quelques grands Vénitiens, les dessins d’Ingres ou des tableaux de Bonnard, je me dis que le marché de l’art a de beaux jours devant lui.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°68 du 9 octobre 1998, avec le titre suivant : L’actualité vue par Alfred Pacquement

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