La XXIe Biennale des antiquaires dévoile ses nombreux atouts

Les marchands présentent leurs peintures, sculptures et objets les plus extraordinaires

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 17 janvier 2008

La XXIe Biennale des antiquaires se tiendra du 20 au 29 septembre au Carrousel du Louvre. Plus de cent marchands internationaux se retrouveront pour l’événement de la rentrée à Paris. Mais, après une année économique éprouvante, seuls les participants en possession de pièces superbes et d’une grande rareté pourront tirer leur épingle du jeu.

Malgré les infortunes de la Bourse, les plus beaux et plus rares objets d’art du monde vont-ils trouver amateurs ou connaître l’heureuse destinée de la collection publique à l’occasion de cette XXIe Biennale des antiquaires ? Christian Deydier, président du Syndicat national des antiquaires (SNA), reconnaît que “l’ambiance est tendue”. Si les collectionneurs se montrent réservés dans leurs achats, ils ne laisseront pas filer les pièces de choix, à l’exemple des objets passés dernièrement en ventes publiques.

“Ils craqueront pour un objet exceptionnel et rarissime qu’ils ne reverront pas de sitôt, en d’autres termes un mouton à cinq pattes”, poursuit Christian Deydier. La réussite commerciale des exposants dépendra donc de leur capacité à montrer des pièces d’exception. Le président du SNA semble rassuré sur son propre sort : un rare ensemble d’objets chinois en or – fibule, masque, peigne, coiffure de cérémonie, oreiller en bois recouvert d’une épaisse feuille d’or, bijoux, bols, plats et coupes, principalement des IXe et Xe siècles – brillera certainement de mille feux. Mais la pièce maîtresse de son stand reste une sculpture bouddhique, un bodhisattva debout de 60 cm de haut, en calcaire gris-noir, de la dynastie des Wei du Nord (386-535) et qui provient des grottes Longmen classées patrimoine mondial de l’Unesco. “Cette pièce, répertoriée depuis un siècle et issue d’une grande collection privée, est un objet majeur dans la statuaire chinoise, précise le marchand. De toute ma carrière, je n’en reverrai probablement jamais.” À l’exception également de belles céramiques d’Extrême-Orient proposées chez deux nouveaux exposants, la Chinese Porcelain Company de New York et le Hollandais Vanderven & Vanderven, les visiteurs verront peu d’arts asiatiques sur place en raison de la tenue, dans le même temps, de la première biennale qui leur est consacrée au jardin des Tuileries (lire page 26).

La galerie parisienne Blondeel-Deroyan ne manquera pas de nous faire découvrir quelques trésors de l’archéologie telle une petite coupe sumérienne en stéatite, décorée de trois taureaux, de la période d’Uruk (3500-3100 av. J.-C.) – c’est-à-dire du temps de la naissance de l’art figuré en Mésopotamie –, ou bien un visage de femme sumérien de 4,8 x 3,7 cm, en pierre, de l’époque des dynasties archaïques (2600-2340 av. J.-C.), et dont les yeux immenses et creusés sont comme fixés sur l’infini. Si le marché de l’art tribal semble avoir définitivement adopté la capitale française, il trouve, au Carrousel du Louvre, un formidable écrin grâce à cinq professionnels mondiaux en art primitif. En effet, Entwistle de Londres, Philippe Guimiot de Bruxelles, Alain de Monbrison, les galeries Mermoz et Ratton-Hourdé de Paris se livrent à une attractive compétition pour nous présenter un florilège de merveilleux objets d’Afrique et d’Océanie.

Splendeurs du mobilier classique et surprises de l’Art déco
Le public trouvera notamment quelques pièces-phares de mobilier classique sur le stand des Perrin. Leur table-console en bois sculpté et doré à décor de fleurs et de feuillage au-dessus de marbre rouge royal, d’époque Régence, provient des appartements du Régent. Inventoriée en 1724, elle a été réalisée vers 1716-1718 d’après un dessin de Gilles-Marie Oppenord (les feuilles préparatoires sont conservées au Musée français des arts décoratifs), architecte et ornemaniste du duc d’Orléans pour le Palais-Royal. Jacques Perrin offre encore une commode à deux tiroirs, de forme bombée, marquetée à croisillons en placage de bois de violette, d’époque Louis XV, datant des années 1760-1765 et dont “les bronzes ciselés et dorés en chutes de dragons ailés sont inouïs”. Le meuble, qui provient de la prestigieuse collection Rothschild, a été conçu par le Maître aux pagodes, lequel doit son nom à la présence de pagodes sur certaines commodes. Ce motif est repris ici pour les entrées de serrures. Toujours chez l’antiquaire, trône un cartel d’applique de Latz – “ébéniste privilégié du Roi” –, d’époque Régence, à l’ornementation fabuleuse, “un objet digne de Versailles” aux dires du marchand : au sommet, un putto chevauche un aigle sur une nuée soutenue par deux dauphins, un bas-relief central montre la naissance de Vénus, deux caryatides et des rinceaux festonnés cernent le cadran signé “Noël Baltazar”, tandis que deux dragons ailés entourent un cartouche sur la base et que des monstres marins apparaissent aux angles du décor principal et sur le culot. Ariane Dandois et Maurice Segoura, deux ténors de la profession,  absents lors de la Biennale 2000, ont pour leur retour quelques merveilles à partager. Chez la première sont à remarquer une paire de commodes formant secrétaires estampillées “Jacob Dr Meslée”, d’époque Empire, en placage d’acajou flammé et orné de bronze doré, ainsi qu’un très joli plateau rectangulaire du XVIIIe siècle attribué à l’Italien Giuseppe Guidelli, à fond crème et décor floral aux tons rouge, bleu et vert-gris éclatants en scagliola, une technique qui mêle de la poudre de pierre à des pigments naturels. L’un des must de Maurice Segoura est un guéridon estampillé “Carlin” d’époque Louis XVI en marqueterie et bronze doré, avec un plateau orné d’une plaque en porcelaine de Sèvres à décor de semis de fleurs bordé d’une bande bleue à motifs d’œil-de-perdrix. La pièce est connue puisqu’elle a fait partie des collections Rothschild et plus récemment Lagerfeld, mais “les meubles en porcelaine sont rarissimes et celui-ci devrait réintégrer une grande collection”.

La section “Art déco” a largement de quoi étonner. De grandiose et de gigantesque pourrait-on qualifier la salle de bain d’Armand Rateau, montrée pour la première fois par le galeriste parisien Jean-Jacques Dutko. Commandée pour l’hôtel particulier de la famille Dubonnet à Neuilly, ce décor complet de 1928, dessiné sur un plan octogonal et surmonté d’un dôme doré à la feuille, se compose : d’un sol en mosaïque de verre, or et marbre noir ; d’une suite de huit colonnes en stuc peint, d’une baignoire et d’une vasque lavabo en pierre de Hauteville, avec leur robinetterie d’origine à têtes de bronze en forme d’oiseaux aux ailes ouvertes et à la tête penchée ; d’une paire de porte-serviettes en pierre marbrière ; d’un miroir rectangulaire ; d’une paire d’appliques en bronze à cache ampoule en forme de fleur à quatre papillons ; de quatre portes à fond de miroir en bronze avec un entourage en cannelures en bronze patiné et d’une porte principale à trois panneaux pleins à fond de miroirs entourés de bronze et de stuc. Pierre Passebon, de la galerie du Passage, à Paris, séduira sans doute des décorateurs avec quelques lots dont une séduisante double porte en bronze et verre de Jean-Michel Frank provenant de l’appartement du créateur, rue de Verneuil, et datant de 1930. Small is beautiful, ose-t-on dire après une surprenante visite chez les Vallois, car aucun meuble ne vient troubler l’émouvante mise en scène dédiée à quelque 65 objets, boîtes, coupes et vases en ivoire, céramique, écaille, corne, corail, ambre, nacre, cristal, pierres dures et bois exotiques. Ils sont entre autres signés “Georges Bastard”, qui grave et sculpte l’ivoire avec génie ; “Clément Mere”, dont les petites boîtes d’ivoire sont agrémentées de pierres dures et de perles ; “Simmen”,  qui œuvre sur des céramiques, et son épouse japonaise O’kin qui les couvre de bouchons sculptés dans des matières précieuses ou encore “Émile Decœur” dont deux pièces exposées, en grès porcelainé, à l’allure très japonisante et datées vers 1940, sont le fruit d’un travail abouti et raffiné.

De Rembrandt à Picasso
L’un des tableaux vedettes de la biennale sera présenté par la galerie Robert C. Noortman de Maastricht. Il s’agit d’une huile sur toile de 64 x 51 cm datée de 1633 et signée “Rembrandt”. Le marchand qui a acquis ce Portrait d’homme avec une cape rouge chez Christie’s, le 26 janvier 2002, pour la coquette somme de 12,6 millions de dollars (12,7 millions d’euros), en demande 18 millions de dollars ou 20 millions d’euros. La galerie Didier Aaron nous réserve quelques surprises inédites : un grand et beau tableau de 105 x 128 cm peint vers 1700 par Charles Delafosse, Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs, et son esquisse de 20 x 30 cm (d’une autre provenance), réunis pour la première fois depuis trois siècles. L’Heureuse Famille, une huile sur panneau de 32 x 24,5 cm exécutée à deux mains en 1785 par Fragonard et sa belle-sœur Marguerite Gérard, est une belle découverte, qui charmera peut-être quelque amateur. “On distingue dans ce sujet charmant les deux touches aux sensibilités différentes : la perfection froide dans le style léché de Marguerite Gérard pour l’homme, la femme et le bébé ; les deux autres enfants, le chat et les deux chiens, peints par Fragonard, [étant] plus enlevés”, indique Bruno Desmaret de la galerie Aaron. Une paire de plaisants paysages sur panneaux, une allégorie du matin et du soir, signés “Michallon”, sont à voir sur le stand de la galerie de la Scala.

“Il s’agit d’un Michallon encore classique qui n’est pas encore le professeur de Corot”, observe Marie-Christine Carlioz. Le peintre signait peu son travail et les tableaux sont dans leur cadre d’origine XIXe siècle. Charles Lacoste (1870-1959) sera aussi à l’honneur avec une vue plongeante de Paris, une huile sur toile signée, de 55,5 x 38,5 cm. Cet ami des Nabis, dont l’œuvre “injustement méconnue” est défendue depuis quelques années par la galeriste, a une cote ascendante en ventes publiques.
Le marchand parisien Éric Coatalem sort des sentiers battus avec une étonnante peinture sur marbre de Jacques Stella, de la première moitié du XVIIe siècle et de 26 x 36 cm  : pour réaliser cette scène de sainte Famille sur fond de paysage dans son cadre de marbre et bronze doré, l’artiste n’a pas hésité à jouer avec les veines de la roche. Antoine Laurentin rend hommage au peintre et graveur Jean-Émile Laboureur (1877-1943) au point de consacrer la quasi-totalité de son espace d’exposition à un ensemble d’une cinquantaine d’huiles sur toile, aquarelles, et gouaches nabis et cubistes de l’artiste dont “les œuvres, extrêmement rares et recherchées, suscitent l’intérêt des collectionneurs et des institutions”. Le genevois Jan Krugier, spécialiste des maîtres des XIXe et XXe siècles, montre toujours des œuvres choisies avec conviction. Lors de son accrochage de peintures et dessins de Turner à Picasso, le public pourra voir Olympos et Marsyas, une toile de Nicolas Poussin datée de 1626. Nouvellement admis à la biennale, Landau Fine Art de Montréal, le seul représentant canadien de cette édition, annonce un paysage de Braque, un Âne rouge et arbre bleu signé “Chagall”, des  compositions de Fernand Léger, de Joan Miró, d’Alexej von Jawlensky et de Modigliani.

Et quelques autres surprises
Un homme barbu tenant un sablier symbolisant le Temps et une femme incarnant la Vérité sont les sujets des deux figures de bateaux du XVIIe siècle en bois, de 1,10 m, pièces-phares de l’exposition de la galerie Bellanger. Ces sculptures baroques datées vers 1668 sont attribuées à Pujet et son atelier, comme le suggèrent des dessins de l’artiste. “Elles auraient été conçues pour la visite du roi dans la rade de Toulon, qui n’a finalement pas eu lieu, explique Patrice Bellanger. N’ayant jamais naviguées, elles sont parties chez l’intendant général de la Marine.” Futur don de Guy Ladrière au Musée du Louvre, une tête d’homme barbu de 30 cm en pierre de calcaire, remontant au XIIIe siècle, retiendra toute l’attention. La sculpture, conservée dans un état fabuleux, vient du portail nord de la façade occidentale de la cathédrale de Reims, un monument mondial de l’art gothique qui a vu quelques morceaux choir après un incendie en 1914. L’antiquaire vend en outre un vase couvert en marbre blanc haut de 70 cm et datant du XVIIIe siècle au niveau du pied et de la partie supérieure. En revanche, l’élément central de cet objet de grande décoration est antique et romain, du Ier ou du IIe siècle. Quelques chefs-d’œuvre de la tapisserie impliquent un passage au stand de la galerie Chevalier et à celui de Bernard Blondeel. Ce dernier présente une tenture inédite demeurée dans la même famille allemande depuis le XVIe siècle et composée de sept tapisseries (sur une édition de douze) en laine et soie aux couleurs d’une fraîcheur incroyable. Illustrant des scènes de chasse inspirées des Chasses de Maximilien, une série dessinée par Bernard Van Orley, elle est attribuée à un atelier bruxellois de la seconde moitié du XVIe siècle. De leur côté, les Chevalier ont le plaisir de montrer de somptueux modèles tissés, à l’instar de trois pièces de la tenture des Grotesques à fond jaune, inspirées de dessins de Jean Bérain et réalisées à la fin du XVIIe siècle. Les collectionneurs de majoliques italiennes s’ébahiront devant quelques beautés du genre chez Béalu & fils et Lebfevre & fils. Un détour sur le stand de numismatique de Sabine Bourgey permettra d’admirer, dans un décor de temple romain, une collection de monnaies romaines en or et argent, et surtout de rarissimes pièces barbares du Ve siècle au style étonnamment moderne.

L’on ne manquera pas encore de jeter un œil sur deux extraordinaires médailles d’époque Louis XVI
réalisées par le sculpteur et médailleur français Germain Pilon : des portraits sans concession représentant Catherine de Médicis et Henri II donnent l’impression de nous suivre des yeux pendant que des milliers d’autres beaux objets tenteront de captiver le regard des acheteurs, sous celui attentif et parfois inquiet des antiquaires.

- XXIe Biennale des antiquaires, du 20 au 29 septembre, Carrousel du Louvre, 99, rue de Rivoli, 75001 Paris, tél. 01 44 51 74 74, tlj de 11 h à 23 h (les dimanches jusqu’à 20h), catalogue : 42 euros, www.artworlddealers.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°154 du 13 septembre 2002, avec le titre suivant : La XXIe Biennale des antiquaires dévoile ses nombreux atouts

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