Multimédia

La Réunion des musées nationaux s’engage dans la bataille

L’établissement public cherche une voie européenne

Le Journal des Arts

Le 1 avril 1994

La Réunion des musées nationaux se lance dans la bataille du multimédia. Elle a décidé de signer un accord cadre avec une filiale de France Télécom plutôt qu’avec le géant américain Microsoft.

PARIS - La Réunion des musées nationaux (RMN), principal opérateur commercial technique et financier des musées français, et premier éditeur d’art de France, vient de signer un accord cadre avec VTCOM, afin d’exploiter ses fonds iconographiques. VTCOM est une filiale de France Télécom, créée en 1991 pour constituer le pôle image de cette dernière. "L’arrivée de la numérisation est inéluctable, souligne Joël Poix, délégué aux affaires multimédia, elle aura des répercussions sur toute la chaîne éditoriale. Dans cinq ans, les parts de marché seront beaucoup trop chères."

Les responsables de la RMN n’ont donc pas voulu tarder à s’engager dans la bataille du multimédia, secteur où convergent l’informatique, les télécommunications et l’audiovisuel. VTCOM est elle-même actionnaire majoritaire depuis moins d’un an de la société Tribvn qui a déjà une forte expérience dans l’élaboration de produits multimédia. Tribvn vient de publier trois vidéodisques ainsi qu’une base de données sur la bibliothèque du Vatican. Tribvn a aussi collaboré à la collection "Expédition Patrimoine" de l’Unesco (en CD-Photo).

En choisissant ce partenaire, la RMN a écarté le numéro un mondial du logiciel pour micro-ordinateurs, Microsoft. Le géant américain a démarché depuis quelques mois la plupart des grands musées du monde, de Saint-Pétersbourg à Tokyo, via Paris, Florence et New York. Cette offensive s’est exercée par le biais de la société Continuum, détenue à sa création par le seul Bill Gates, et aujourd’hui filiale de Microsoft, créé également par Bill Gates. Continuum propose aux grands musées de procéder gratuitement à la numérisation de leur fonds iconographique, contre un droit d’exploitation privilégié, voire exclusif, durant plusieurs années.

En France, Continuum a ainsi approché la RMN, lui offrant de numériser une partie de ses 600 000 reproductions d’œuvres, en échange d’un droit d’exploitation de dix ans. La RMN, établissement public industriel et commercial dont le chiffre d’affaires dépasse 700 millions de francs, a refusé. "Le fonds des collections nationales appartient à l’État, explique Joël Poix, il revient donc à l’État d’envisager sa numérisation. L’Europe ne doit pas être pillée." En outre, l’offre de partenariat de la société américaine ne concernait qu’un millier de chefs d’œuvre des musées nationaux, une sélection en contradiction avec la vocation patrimoniale de l’État.

L’accord cadre signé par la RMN et VTCOM jette les bases d’une stratégie commune, mais aucun calendrier précis ni mode d’exploitation systématique ne sont encore fixés. Toutefois les premiers Photo-CD Portfolio, qui peuvent stocker des photos mais aussi du son, seront disponibles dans quelques semaines. Ils porteront sur les antiquités grecques, étrusques et romaines, les antiquités égyptiennes, les antiquités orientales, les chefs d’œuvre impressionnistes et postimpressionnistes, les chefs d’œuvre de Versailles et les objets d’art, le tout issu des collections nationales. Sont également annoncés les premiers Photo-CD "catalogues" d’expositions temporaires. Ainsi, les trois expositions majeures de cette année : "Les origines de l’impressionnisme", "Nadar" et "Poussin", feront chacune l’objet d’une publication de Photo-CD, au prix unitaire d’environ 150 F. VTCOM et la RMN souhaiteraient nouer d’autres partenariats, avec des sociétés européennes notamment, afin de consolider leur accord et de répondre à l’offensive planétaire de Microsoft. L’accord illustre en tout cas la volonté de la RMN d’être présente sur le marché du multimédia, même s’il est encore mouvant. D’autres institutions muséales se sentent aussi concernées : "Une réflexion est en cours", reconnaît Catherine Oran, directrice de Paris Musées.

Car la numérisation – c’est-à-dire le codage informatique de toutes les données afin de permettre leur traitement – offrira l’immense et incomparable avantage de stocker une image – la reproduction d’un tableau, par exemple – avec une qualité inégalée, de la restituer, la manipuler, la reproduire, la diffuser par tous supports matériels ou immatériels, avec une fiabilité et une définition parfaites. La numérisation des images des pièces maîtresses d’une collection de musée, revient donc à constituer une base de données, dont l’exploitation trouve avec le multimédia des perspectives infinies.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : La Réunion des musées nationaux s’engage dans la bataille

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