Jeudi 20 septembre 2018

Vente publique

La reconnaissance des arts forains

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 5 octobre 2011 - 558 mots

Les institutions ont acheté en masse les œuvres d’art forain de la collection Marchal dispersée à Drouot-Montaigne, à Paris, les 28 et 29 septembre.

PARIS - « Aujourd’hui, à Paris, un voile de mépris et d’indifférence sur l’art forain s’est dissipé. La salle des ventes de Drouot-Montaigne est devenue une grande confiserie où l’on s’est arraché des madeleines de Proust », a déclaré, à l’issue de la vente de la collection Marchal sur les arts forains les 28 et 29 septembre, Jean-Paul Favand. Le fondateur du Musée des arts forains, ouvert à Paris en 1997, a accueilli 10 000 visiteurs lors des dernières Journées du patrimoine. Orchestrée par la maison de ventes Cornette de Saint Cyr, « cette vente a révélé les œuvres de très grands artistes trop longtemps ignorés car pris pour des artisans », s’est-il réjoui.

Cette vente fera date, car son aura a dépassé toutes les attentes. 99 % des 645 lots ont trouvé preneurs pour 3,6 millions d’euros, bien au-dessus des 2 millions d’euros d’estimation haute, avec des records dans toutes les catégories (éléments de décor, sujets de manège, jeux forains…).

Retour à l’enfance
Pas moins de 450 personnes s’étaient préalablement inscrites pour enchérir, majoritairement sur les très nombreux sujets de manège, véritable rappel au monde de l’enfance. Peu ont cependant pu faire rentrer un cheval de bois dans leur salon, le moins cher d’entre eux ayant atteint 1 800 euros. Les musées ont emporté près de 400 lots, soit plus de la moitié de la vente. Le Musée des arts forains a acquis une vingtaine de pièces dont beaucoup d’éléments de décor tels que Saint Georges terrassant le dragon, monumentale sculpture en bois de la fin du XIXe siècle par Alexandre Devos, avec sa polychromie d’origine, adjugée 60 000 euros, au double de l’estimation. « La vente a connu un tel succès que j’ai fait de gros investissements », lance Jean-Paul Favand, qui s’est résolu à lâcher prise sur le Bouffe-balles du music-hall de 1934 de Jacques Barasse et Giffard. Lot le plus cher de la vente, ce jeu a été disputé jusqu’à 90 000 euros par Francis Staub, créateur des cocottes du même nom, qui a acquis pour sa fondation éponyme plus de 250 autres lots de la vente. « Je voue une grande admiration à Jean-Paul Favand qui a su conjuguer l’art et le bonheur des gens », nous a déclaré Francis Staub, qui a racheté un ancien bâtiment de la Banque de France en plein cœur de la ville de Colmar (Haut-Rhin) afin d’ouvrir, d’ici à l’été 2012, un lieu festif sur le modèle du Musée des arts forains parisien.

Vingt-sept pièces dont l’automate Madame Irma (43 200 euros) et l’orgue de foire des frères Limonaire (38 400 euros) ont été acquises par le Musée de la vie d’autrefois, à Ormes-sur-Voulzie (Seine-et-Marne), également en cours de création. Deux petits avions de manège des années 1930 ont été préemptés par le Musée de l’air et de l’espace du Bourget, pour un total de 8 400 euros, tandis que plusieurs musées privés européens puisaient allègrement dans cette collection exceptionnelle. Cette vente est une consécration publique pour le domaine de l’art forain, du côté du marché comme des musées qui jouent avec succès la carte du divertissement et de la nostalgie, en réponse à cette période un peu sombre que le monde traverse.

Légende photo

Grand cheval sauteur, Gustave Bayol, bois sculpté peint, polychromie ancienne, France, école d’Angers, vers 1900. Hauteur : 105 cm, longueur : 130 cm. Provenance : collection Marchal. Estimé 4 000 à 6 000 euros, les 28 et 29 septembre à Drouot-Montaigne, maison de ventes Cornette de Saint-Cyr, Paris. © Cornette de Saint-Cyr.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°354 du 7 octobre 2011, avec le titre suivant : La reconnaissance des arts forains

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