Dimanche 15 décembre 2019

Le manège de la sculpture foraine

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 5 octobre 2011 - 610 mots

L’art forain était quasi inconnu avant que les Marchal ne s’y intéressent, ouvrant ainsi la voie à d’autres collectionneurs.

Il y a encore une dizaine d’années, les objets forains étaient au mieux considérés aux yeux des antiquaires comme des « curiosités » empreintes d’une nostalgie festive. Resté longtemps un domaine en friche, l’art forain était jugé à tort comme un art populaire à l’aspect décoratif. Avant qu’un couple de passionnés, Fabienne et François Marchal, qui ont passé quarante années à étudier et inventorier ce patrimoine, ne lui donne ses lettres de noblesse. Car si certaines réalisations ont été exécutées grossièrement par des artisans de village ou par les forains eux-mêmes, d’autres, en revanche, relèvent de la prouesse artistique, avec des signatures marquantes d’artistes tels Bayol, Müller ou Heyn, qui sont des garanties de qualité.
 
Né en Europe au milieu du XIXe siècle, l’art forain n’a cessé d’évoluer. L’âge d’or de la fête foraine se situe à la Belle Époque, période où les attractions sont multipliées. Mais, en l’absence de reconnaissance, beaucoup de pièces ont disparu, victimes de négligence, transformées en bois de chauffage, livrées à la récupération de métaux ou simplement mises au rebut. Le fait que les forains n’ont pas eu conscience de la valeur patrimoniale de leur instrument de travail a précipité sa destruction. Une partie de ce patrimoine européen a cependant été sauvegardée grâce à une exportation massive de pièces foraines, à partir des années 1950, principalement en direction des États-Unis.

Devenue depuis peu en Europe une discipline à part entière de l’histoire de l’art, la sculpture animalière se paie la part du lion dans les collections d’art forain. Rappelant la magie de l’enfance, elle est dotée d’une charge émotionnelle. Cette dimension nostalgique est fortement ancrée dans l’esprit d’un amateur lorsqu’il fait l’acquisition d’une sculpture. Symboles du manège, les chevaux en bois, qui représentent environ 80 % des animaux rescapés de la Belle Époque, sont recherchés, bien que moins rares que d’autres créations animalières.

Les sujets de manège se sont extrêmement diversifiés au fil du temps, à la demande d’un public avide de modernité. Les véhicules (voitures, avions, motos, vélos...), gondoles, chars, carrosses, toupies, traîneaux et balançoires ainsi que les figures inspirées de la bande dessinée, à l’instar de Mickey, se sont mêlés au bestiaire forain, sans pour autant l’évincer. Le marché de l’art forain n’a pas encore atteint sa maturité et reste très accessible. On peut ainsi s’offrir un beau cheval de collection signé, dans son jus (avec sa polychromie d’origine), pour à peine quelques milliers d’euros.

Questions à... Fabienne et François Marchal, Collectionneurs de l’art forain

Comment avez-vous découvert l’art forain ?
Il y a une quarantaine d’années, nous avons trouvé un cheval en bois du sculpteur Gustave Bayol abandonné sur le trottoir devant la boutique d’un brocanteur. Nous avons eu un coup de foudre esthétique pour ce cheval. Notre goût pour l’équitation nous a sensibilisés à la beauté des sculptures en bois des carrousels.

Que conseillez-vous avant d’acheter ?
Il faut faire attention à l’état de conservation. Beaucoup de créations foraines n’ont plus leur aspect originel et ne ressemblent plus à ce qu’elles étaient en sortant des ateliers du fabricant, parce qu’elles ont été restaurées, bricolées ou transformées par les forains et maladroitement repeintes, parfois pour répondre au goût en vigueur. Aussi il est préférable de trouver une pièce en bon état et dans son jus. Il est possible de retrouver une polychromie ancienne en enlevant les couches successives de laque par la technique de grattage au scalpel. Mais le coût d’une intervention longue peut parfois dépasser le prix d’achat de l’objet. Par ailleurs, nous conseillons de faire attention aux nombreuses arnaques – copies – vendues sur Internet.

À voir

La collection Fabienne et François Marchal, du 23 au 26 septembre, de 10h à 19h, exposition à Paris Expo, hall 5-1, 1, place de la Porte-de-Versailles, Paris-15e, tél. 01 57 25 20 42.


Où acheter de l’art forain

Maison de ventes Cornette de Saint-Cyr, 46, avenue Kléber, Paris-16e, tél. 01 47 27 11 24, www.cornette.auction.fr Vente de la collection Marchal les 28 et 29 septembre à Drouot-Montaigne.

Galerie de Chartres, 7 rue Collin-d’Harleville, Chartres (28), tél. 02 37 88 28 28, www.ivoire-france.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°639 du 1 octobre 2011, avec le titre suivant : Le manège de la sculpture foraine

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