La RA censure

L’institution efface une diatribe

Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2002

La bataille pour la liberté d’expression est encore loin d’être gagnée, même dans les pays européens. Alors qu’en France le ministère de l’Intérieur demande toujours des explications concernant deux romans – ceux de Nicolas Jones-Gorlin Rose bonbon et de Louis Skorecki Il entrerait dans la légende –, une diatribe anti-impérialiste du collectif Inventory vient d’être effacée dans une exposition de la Royal Academy de Londres.

LONDRES - Lors de l’inauguration de l’exposition “Galleries” le 12 septembre à la Royal Academy de Londres, les discussions ne portaient pas sur le “big-bang” provoqué par l’explosion du sac de billets de l’artiste chinois Cai-Guo-Qiang’s, qui distribuait également gratuitement des bouchons pour les oreilles. Le sujet brûlant de la soirée concernait la censure d’un texte du collectif d’artistes Inventory. De la diatribe anti-impérialiste, pulvérisée à même les murs de la Royal Academy, ont été effacées les références américaines.

Selon plusieurs sources, cette suppression a eu lieu à la dernière minute pour ménager la susceptibilité de l’un des principaux mécènes de la Royal Academy. “Les modifications ont été faites un jour avant, lorsqu’un donateur a menacé de retirer son soutien à la Royal Academy si le message gardait sa forme originale”, a-t-on appris d’un acteur qui préfère garder l’anonymat. “Tout le monde a sa propre interprétation sur ce qui s’est passé, affirme Max Wigram, co-commissaire de l’exposition “Galleries”. Tout ce que je peux vous dire, c’est que la Royal Academy a jugé que la date du 11 septembre était trop proche. Nous avons pensé que cela était inconvenant. Je ne suis pas particulièrement heureux de ce qui s’est produit, mais je comprends que la question soit sensible.”

Ni M. Wigram ni la Royal Academy n’ont confirmé si cette sensibilité concernait les mécènes de la vénérable institution. Selon Jake Miller, directeur de The Approach, qui expose la diatribe de l’Inventory, “cela a fait l’objet de nombreux débats [...]. Ils [Inventory] étaient fortement opposés à la proposition originale d’effacer entièrement le texte. Naturellement, les artistes auraient préféré qu’aucune intervention n’ait lieu, mais ils acceptent le fait qu’il reste des signes visibles des modifications et que cela donne matière à débat.” “Les carrés noirs” semblent en effet davantage parler que les mots.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°156 du 11 octobre 2002, avec le titre suivant : La RA censure

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