Vendredi 22 février 2019

La photo sous le marteau

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2009 - 750 mots

Sotheby’s a décidé de transférer ses ventes de photographies de Londres à Paris - De son côté, la SVV Millon-Cornette de Saint Cyr met à l’honneur Ilse Bling à Drouot-Montaigne

À l’initiative de quelques maisons de ventes parisiennes (Millon-Cornette de Saint Cyr, Piasa et Le Mouel), le mois de novembre revient avec son lot de vacations dédiées à la photographie. Or, cette année, la place parisienne se voit dotée d’un nouveau soutien de poids. Sotheby’s a en effet décidé d’opérer un glissement de ses ventes de photographies de Londres vers Paris, lieu historiquement plus à même de porter le médium au summum. Depuis ses premières vacations parisiennes en 2001, l’auctioneer s’était autorisé deux incursions dans le domaine de la photographie, avec les parties II et IV de la collection Jammes en mars 2002 et novembre 2008. À présent, il entend faire de ses ventes de photographies various owners (à divers amateurs) un rendez-vous parisien régulier, avec un lancement le 20 novembre, dans le cadre du salon Paris Photo (lire p. 18). La sélection aborde toutes les époques et techniques, avec notamment un groupe de quatorze photographies d’Eugène Atget sur le vieux Paris, dont un tirage albuminé d’un nu d’homme de 1921 ou 1925, estimé 60 000 euros. « C’est sans doute un tirage unique et le seul nu masculin dans l’œuvre d’Atget parmi une série de nus déjà très limitée », commente l’expert Simone Klein. La vente se poursuit avec Chrysantemum Carinatum (1915-1925), beau tirage argentique d’époque du photographe allemand Karl Blossfeldt, représentant de la Nouvelle Objectivité, estimé 60 000 euros ; Mouth, New York (1986), tirage dye-transfer de 1992 par Irving Penn, estimé 80 000 euros ; Calla Lily (1987), icône de Robert Mapplethorpe estimée 40 000 euros ; ou encore Sie Kommen (1981), l’image la plus connue d’Helmut Newton, présentée en tirage d’époque et en format monumental (194,6 x 169,6 cm hors cadre), estimée 60 000 euros.

Collection Auer
Une dernière partie regroupe un peu plus de soixante-dix lots provenant de l’encyclopédique collection Michel et Michèle Auer. Les Auer, qui ont réuni en une quarantaine d’années un ensemble prodigieux de plus de 5 000 photographies, 20 000 livres, 500 appareils et quelques autres milliers de documents et objets ayant un lien avec la photographie, s’attachent à présent à trouver des fonds pour financer les activités de la Fondation Auer Ory pour la photographie, créée à Hermance en Suisse en mars 2009. 250 000 euros devraient être récoltés à l’issue de cette vente, incluant un Nu (1928) signé Frantisek Drtikol, superbe épreuve au pigment à l’effet velouté, estimée 22 000 euros ; et le Portrait de Joseph Heco (1851), rarissime portrait d’un Japonais au daguerréotype par Harvey R. Marks, estimé 60 000 euros, « réalisé dix ans avant l’introduction de la photo au Japon », souligne l’expert-consultant Grégory Leroy.
Spécialisé dans la redécouverte de fonds photographiques de l’entre-deux-guerres, l’expert Christophe Gœury portera à la connaissance du public l’œuvre d’Ilse Bing (1899-1998), le 16 novembre à Drouot-Montaigne avec la maison Millon-Cornette de Saint Cyr. Depuis la succession Brassaï en octobre 2006, il s’agit du troisième ensemble monographique qu’il met en lumière, après la vente Blanc et Demilly le 13 octobre 2008 et celle de Cami et Sasha Stone le 4 juin dernier à Argenteuil. Contrairement aux précédentes vacations, dont les œuvres avaient été conservées dans une branche familiale des artistes, la vente Bing est le fait d’un collectionneur américain qui s’était approprié l’œuvre de la photographe allemande au moment de sa succession il y a dix ans. Un catalogue luxueux retrace la carrière de celle qui démarra à la fin des années 1920 à Francfort avec un Leica. Des riches années parisiennes au circuit new-yorkais, les images modernes de Bing sont offertes dans une fourchette de 400 à 3 000 euros pièce. Un reportage photographique sur le Moulin Rouge à Paris en 1931, remarqué à l’époque par le critique Emmanuel Sougez frappé par le « dynamisme tournoyant » des danseuses du french cancan « d’un flou fait "d’instants superposés" », a été estimé 15 000 euros.

PHOTOGRAPHIES, vente le 20 novembre à la galerie Charpentier, Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris, tél. 01 53 05 53 05, exposition publique : du 16 au 19 novembre 10h-18h, www.sothebys.com

ILSE BING, vente le 16 novembre à Drouot-Montaigne, 15, avenue Montaigne, 75008 Paris, SVV Millon-Cornette de Saint Cyr, tél. 01 47 27 95 34 ; expositions publiques : le 14 novembre 10h-20h, le 15 novembre 10h-18h et le 16 novembre 11h-16h, www.millon-cor nette-de-saint-cyr.com

PHOTOGRAPHIES
Experts : Simone Klein et Grégory Leroy (consultant)
Estimation : 2 millions d’euros
Nombre de lots : 208

ILSE BING
Expert : Christophe Gœury
Estimation : 320 000 euros
Nombre de lots : 286

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°313 du 13 novembre 2009, avec le titre suivant : La photo sous le marteau

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