Mercredi 17 octobre 2018

La « Do it yourself » attitude

L'ŒIL

Le 1 mai 2005 - 452 mots

De jeunes artistes américains exposent et ressemblent à leurs prédécesseurs des années 1980 : même attrait pour le stake, le graffiti, la culture underground.

Beautiful losers est le titre d’un album de Leonard Cohen qui, dans sa première chanson Be with me, demande : « Protégez-moi, médailles religieuses de toute espèce, celles qui sont suspendues à des chaînes, celles qui sont attachées à des sous-vêtements par des épingles à nourrice, celles qui sont enfouies dans des poitrines poilues... » De ce déballage allégorique, les commissaires de cette exposition consacrée à l’art des cultures urbaines aux États-Unis extraient une filiation entre artistes. Leur axe de travail commence avec l’article de Life de novembre 1959 consacré aux Beatniks : Allen Ginsberg, William S. Burroughs, Gregory Corso, Jack Kerouac... puis est relayé par celui de Max Kozloff sur les nouveaux artistes pop : Lichtenstein, Wharhol où l’auteur signale qu’ils ont des yeux en tête d’épingle, et pire qu’ils sont des délinquants. C’est le même discours pour Basquiat, la Figuration libre et l’art du graffiti.
Aux débuts des années 1990 de jeunes créateurs ont commencé leur carrière de façon identique, en marge d’une certaine société. Comme leurs prédécesseurs, influencés par la culture underground, la banlieue, le skate-board, le surf, le graffiti, la BD, le tatouage, les groupes punks et toutes les formes de sous-cultures, ils vivent en rupture avec la société et sont contestés par l’establishment.
La majorité de ces artistes apprennent leur travail par la pratique et sont marqués par l’éthique « DIY » (Do it yourself). Souvent ils passent d’un médium à l’autre. Pour eux, peu de règles existent et tout est possible : photographie, peinture, réalisation de films, graphisme, musique… Depuis les années 1960, il n’a jamais existé un courant avec une telle unité artistique et qui incorpore autant de facettes de la culture. Leur art envahit tous les domaines. Leur réussite, leur influence vont au plus profond, dans le monde de la musique, de la mode, de la littérature, du film et ironiquement dans le sport, à cause de la grande popularité du skate-board. L’attrayant catalogue très documenté est une synthèse des arts de la rue des vingt dernières années. Les commissaires explorent les racines de ces tendances sinueuses qui dessinent comme une trajectoire de skate au jet de peinture aérosol. Les œuvres de Warhol, Basquiat, Keith Haring, R. Crumb, Raymond Pettibon, Larry Clark..., et leurs influences sur la génération d’artistes actuels tels que Barry McGee, Thomas Campbell, Chris Johanson, Ed Templeton, Margaret Kilgallen, Phil Frost, Clare E. Rojas, Stephen Powers, Shepard Fairey, Ryan McGinley... démontrent qu’une création fraîche et contestataire persiste au pays de George W. Bush.

« Beautiful losers », NEWPORT BEACH, Orange County Museum of Art, 850 San Clemente Drive, Californie, tél. 949 759 11 22, jusqu’au 15 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°569 du 1 mai 2005, avec le titre suivant : La « Do it yourself » attitude

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