La Charité de Jacques Blanchard retrouve ses enfants

Chez Christie’s, la Courtauld Gallery a découvert la partie manquante du tableau sous une fausse attribution

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 30 juin 2000

À quoi servent les expositions ? interrogeait un récent colloque au Louvre. La découverte du fragment manquant de la Charité de Jacques Blanchard, conservée à la Courtauld Gallery, constitue une réponse possible, puisqu’elle est le résultat des recherches entreprises par Jacques Thuillier pour la rétrospective de Rennes en 1998.

LONDRES (de notre correspondant) - Lors de l’exposition “Jacques Blanchard” au Musée des beaux-arts de Rennes en 1998, la Courtauld Gallery de Londres avait prêté une de ses œuvres, la Charité (1637). Dans le catalogue, Jacques Thuillier remarquait qu’une gravure, réalisée juste quelques années après l’exécution du tableau, montrait une composition plus large, avec le personnage de la Charité et un enfant, d’un côté, et deux jeunes enfants, de l’autre. Il espérait que le fragment avait pu être conservé et qu’il réapparaîtrait un jour.

Quatre mois à peine après le retour du tableau à Londres, Ernst Vegelin, le conservateur de la Courtauld Gallery, remarqua dans le catalogue de la vente du 28 octobre 1998 chez Christie’s South Kensington le fragment représentant les deux enfants, attribué à un disciple de Carle Van Loo et estimé entre 2 000 et 4 000 livres. Le personnel de Christie’s ayant constaté que les représentants de l’institution s’intéressaient de près au tableau, le secret a été dévoilé et un accord de vente établi au prix de 9 500 livres (payé par le Fonds d’acquisition de la Museums and Galleries Commission et par la Courtauld Gallery).

Une recherche plus poussée a montré que le tableau avait été amputé certainement avant 1844, année où il figurait dans la vente du cardinal Fesch à Rome (par la suite, il fut acheté en 1924 par le vicomte Lee et, en 1947, il est entré en possession de la Courtauld Gallery). En 1766, le tableau entier, qui avait appartenu au sculpteur Bouchardon, est en possession d’un graveur de Stockholm, et il a dû être divisé à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe, sans doute afin d’augmenter sa valeur marchande. On continue de tout ignorer de l’histoire du fragment. Il a été confié à Christie’s par un marchand de Londres, qui l’avait acquis auprès d’un collectionneur uruguayen. Il a été repeint en certains endroits pour donner l’illusion qu’il s’agissait d’une œuvre autonome et un ruisseau a été ajouté pour justifier le fait que l’un des enfants porte l’autre sur son dos. À l’origine, l’enfant brandissait un bâton pointu, lui aussi masqué, même si l’on en aperçoit un bout dans l’autre partie du tableau : sa présence explique pourquoi le nourrisson dans les bras de la Charité regarde par-dessus son épaule d’un air inquiet. La partie retrouvée est actuellement en cours de restauration pour ôter les repeints. Il n’y aura heureusement aucun vide entre les deux parties de la composition, malgré près de quarante centimètres qui ont disparu en haut et en bas du fragment. À l’automne, les deux œuvres seront probablement présentées l’une à côté de l’autre, mais dans des cadres différents.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°108 du 30 juin 2000, avec le titre suivant : La Charité de Jacques Blanchard retrouve ses enfants

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