Mercredi 21 février 2018

Jean Clair sur la Lagune et Catherine David dans l’arène de Cassel

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 16 juin 2010

Catherine David : loin de Paris
Née en 1954, Catherine David était conservateur à la Galerie nationale du Jeu de Paume depuis sa création, en 1990.

Diplômée de littérature et d’histoire de l’art, elle avait été affectée, neuf ans plus tôt, au Centre Georges Pompidou où elle avait organisé en particulier les expositions personnelles de Jean-Pierre Bertrand, Gilberto Zorio, Reinhard Mucha et Raymond Hains. Elle avait collaboré avec Bernard Blistène et Alfred Pacquement à "L’Epoque, la mode, la morale, la passion", en 1987, toujours au centre Georges Pompidou. Outre les expositions Robert Gober, Suzanne Lafont, Eva Hesse, Helio Oiticica, l’exposition collective "Désordres", et actuellement Pier Paolo Calzolari, toutes présentées au Jeu de Paume, elle a également programmé des cycles de films brésiliens et israéliens. Sans risque de trop se tromper, on peut supposer qu’elle mettra l’accent, pour la dixième édition de la Documenta en 1997, sur l’art sud-américain et, plus généralement, sur celui des minorités ethniques et sociales.

Jean Clair : objectif
Jean Clair (alias Gérard Régnier) devra probablement se mettre en disponibilité de la direction du Musée Picasso. Car la tâche qui l’attend est considérable : outre la traditionnelle exposition qui se tient dans les murs décrépis du pavillon international des Giardini, il devra assurer également une exposition rétrospective du centenaire. Et ce programme devra être réalisé en moins de quatorze mois! "Pour préparer une telle exposition, dit Jean Clair, il faudrait au minimum trois bonnes années, le temps de mener une réflexion sérieuse sur les cent dernières années, de réunir une équipe, de trouver un fil conducteur, d’obtenir les prêts, – ce qui sera difficile, surtout pour la partie historique. Il m’a fallu cinq ans et une équipe de vingt personnes pour réaliser  L’Âme au corps. Toute mon expérience des grandes expositions ne sera pas superflue pour mener ce projet à bien. Car il me faudra affronter une situation économique difficile et  des problèmes techniques préoccupants : l’état des pavillons est plus que préoccupant et la logistique insuffisante. Mais j’avais assorti ma candidature de conditions qui devront être remplies." Sera-t-il possible d’obtenir toutes les garanties nécessaires dans une Italie en crise chronique?

L’enjeu est d’importance à un moment où le principe des méga-expositions est de plus en plus régulièrement remis en cause, mais surtout quand il faut inverser la tendance de la dernière Biennale, très contestée et boudée par le public. "Il faut, poursuit Jean Clair, redéfinir les contenus et les buts de telles expositions. La direction de la Biennale est une trop grande responsabilité, cependant, pour y développer des positions partisanes comme on peut le faire dans un essai." Un souci d’objectivité présidera donc à la centième édition, même s’il ne s’agit pas pour autant de renoncer à des convictions qui ont souvent provoqué des polémiques. Se déclarant "un peu surpris d’avoir été choisi", même s’il cultive depuis longtemps des liens étroits avec la scène artistique italienne, Jean Clair dispose d’un atout non négligeable qui a en partie milité en faveur de sa nomination : "extra-territorial", il se trouve de fait au-dessus de la mêlée politique transalpine où ont échoué bien des initiatives.


Les nominations de Jean Clair et Catherine David, respectivement chargés du centième anniversaire de la Biennale de Venise et de la dixième édition de la Documenta en 1997, ont créé la surprise, tant à Venise et à Cassel qu’à Paris (lire page 1). Jean Clair a avant tout bénéficié de la nécessité pour les italiens de mettre un terme au système de la lottizzazione, qui attribue les postes en fonction des appartenances politiques. Ses liens avec le milieu artistique transalpin et ses options "néo-classiques" ont fait le reste. Dès la fin de la dernière Documenta, la rumeur, entretenue par Jan Hoet lui-même, prédisait que son successeur serait une femme, "correction politique" oblige. On attendait une championne américaine des minorités ou un retournement de situation : ce sera une conservatrice française.

Difficile de comparer les nominations de deux conservateurs si différents l’un de l’autre. Illustreraient-elles l’excellence d’un savoir-faire français ? On ne se souvient pourtant pas de grandes expositions d’art contemporain que l’étranger aurait pu nous envier. Qui se rappelle encore de la défunte Biennale de Paris ou de "Manifeste" ? Ces deux nominations prestigieuses doivent en réalité beaucoup à des circonstances très particulières, en Italie comme en Allemagne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Jean Clair sur la Lagune et Catherine David dans l’arène de Cassel

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