Dimanche 21 octobre 2018

Entretien

Jean Boutier

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 18 février 2013 - 677 mots

Jean Boutier, historien des pratiques culturelles, analyse de façon distanciée les retombées pour Marseille du label Capitale européenne de la culture.

Vous participez à l’Observatoire de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture 2013, quels sont ses objectifs  ?
Jean Boutier  : L’Observatoire, qui réunit notamment des chercheurs de l’EHESS, de l’université Aix-Marseille et du CNRS, n’a pas pour but de produire des données statistiques sur cet événement, mais de développer une réflexion critique sur celui-ci et sur les transformations urbaines et culturelles qu’il implique.
 
Les autres Capitales européennes de la culture (CEC) ont-elles bénéficié de ce type de dispositif  ?
Pas systématiquement, cependant chaque CEC doit faire procéder à une évaluation par une instance autonome. Ce n’est pas notre statut puisque nous avons refusé d’assurer le rôle d’évaluateur. Nous ne souhaitions pas être un prestataire de services, d’autant que le travail de chercheurs a parfois été repris par des organisateurs de CEC à des fins de communication, pour exagérer le succès des manifestations.

Quels sont les critères objectifs d’évaluation  ?
Il n’y a pas de consensus, les économistes sont notamment divisés sur les critères à analyser. Par exemple, les organisateurs de MP 2013 estiment que 1 euro dépensé rapportera 8 euros à l’économie locale, alors que l’économiste Françoise Benhamou avance que 1 euro ne rapporterait que 1,20 euro  ; et ce en ne prenant pas uniquement en compte les dépenses immédiates, mais en englobant aussi les investissements à long terme.
À l’Observatoire, nous tentons d’appréhender l’impact de l’événement par un ensemble de facteurs  : le nombre de visiteurs, les retombées économiques, mais aussi des paramètres plus difficiles à évaluer, comme le changement d’image de la ville et l’évolution de sa dynamique territoriale. Il faut généralement attendre cinq ou dix ans pour en prendre complètement la mesure.

Le concept de CEC a-t-il évolué depuis sa création  ? 
Les CEC existent depuis 1985. Il s’agissait initialement d’utiliser la grande culture européenne pour renforcer la cohésion entre les pays de l’Union. La première capitale fut Athènes, symbole des racines de l’Europe, et la suivante Florence, le berceau de la Renaissance. À partir du milieu des années 1990, on passe dans une autre dimension  ; il n’est plus question d’utiliser le patrimoine pour en faire un outil politique mais, au contraire, de recourir à un outil politique et événementiel, la CEC, pour redynamiser des villes qui connaissent des difficultés, en les aidant à se reconvertir vers une nouvelle économie.

Toutes les CEC n’ont pas connu le même succès ni le même traitement médiatique, pourquoi ?
 
Les observateurs et les médias sont souvent plus attentifs aux grandes villes et aux exemples de réussite. De plus, depuis 2001, les CEC se multiplient puisqu’il y en a deux par édition, traditionnellement une grande ville et une de taille plus modeste, généralement une à l’ouest et l’autre à l’est. Mais si le succès de certaines CEC a semblé plus discret au moment des événements, on observe parfois un impact durable, comme à Pécs, en Hongrie. Capitale en 2010, cette ville affiche depuis un profond changement, elle s’est réellement imposée comme un lieu de foisonnement culturel. Et cette dynamique se poursuit aujourd’hui, la cité vient même d’entrer sur la liste des 46 villes à visiter, établie par le New  York Times. Un classement qui consacre par ailleurs Marseille, qui en occupe la 2e place.

Repères

Jean Boutier est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (pôle Marseille).

LE LABEL

Créé en 1985, à l’initiative de la ministre grecque de la Culture Melina Mercouri, le label Capitale européenne de la culture désigne chaque année deux villes pour organiser de grands événements censés participer à leur rayonnement international.

48 villes ont été sacrées Capitales européennes de la culture, avec plus ou moins de succès et de visibilité. Si Lille ou Liverpool ont été couronnées de réussite, Patras ou Vilnius n’ont, en revanche, pas rencontré le succès escompté.

« Marseille-Provence Capitale européenne de la culture, c’est le point de départ d’une grande histoire que nous allons réussir ensemble. »
Jean-Marc Ayrault, voeux au monde la culture, le 12 janvier 2013.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°655 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Jean Boutier

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