Dimanche 21 octobre 2018

Jean Bonna, collectionneur d’exception

Le Journal des Arts

Le 17 mars 2006 - 526 mots

Le Genevois réunit depuis vingt ans les fleurons du dessin français et italien. Une double exposition à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris lui rend hommage.

Réunies sur une durée de vingt ans seulement, les feuilles françaises et italiennes acquises par le Genevois Jean Bonna composent un saisissant panorama de l’histoire du dessin, du XVIe au XXe siècle. Une double exposition à Paris dévoile ces œuvres restées jusqu’ici inédites.
Pour Jean Bonna, tout commence par les livres, en particulier ceux du XVIe siècle, qu’il parcourt et collectionne dès son plus jeune âge. De là est né son « goût du papier » qui le portera vers la gravure, puis vers le dessin, dont il apprécie le caractère d’œuvre en devenir, de premier jet. Même si, au regard de la centaine d’œuvres rassemblées à l’École nationale supérieure des beaux-arts (Ensba) de Paris, les dessins qu’il affectionne ne sont pas seulement des ébauches ou des esquisses, mais bien des œuvres à part entière.
Côté français, l’exposition met en lumière d’importants ensembles des XVIe (Jacques Le Moyne de Morgues, Jean Cousin le Père), XVIIe (Jacques Callot, Nicolas Poussin) et XVIIIe siècles (Antoine Watteau, François Lemoyne), points forts de la collection. Le Portrait de François II de François Clouet, plusieurs paysages de Claude le Lorrain, un Buste d’une jeune femme en chemise, les cheveux attachés, vue de dos et Étude de jeune femme vue en pied, de François Boucher, comptent parmi les chefs-d’œuvre. Le XIXe siècle est représenté par des feuilles de Géricault, Redon, Renoir, Gauguin, Degas, Vuillard, tandis que Picasso, Modigliani et Balthus figurent parmi les grands maîtres du XXe siècle.
« Ma collection de dessins ne suit aucun fil conducteur précis, aucune école, aucune période, puisque je n’ai acheté que selon mon goût et souvent sur des coups de cœur », explique Jean Bonna. Le collectionneur n’a donc pas cherché à atteindre l’exhaustivité. « Je n’ai jamais acheté un dessin uniquement parce qu’un artiste était absent de ma collection, mais j’ai toujours attendu l’occasion unique d’acquérir une feuille émouvante. » Ainsi ne désespère-t-il pas d’acquérir un jour « un bon Matisse ». Comme le souligne Pierre Rosenberg dans le catalogue de l’exposition, sa collection, loin d’être figée, est en devenir. L’exposer aujourd’hui est, pour Jean Bonna, une occasion de la
regarder autrement.
Ses dessins italiens sont tout aussi remarquables. Une trentaine de feuilles d’éminents artistes parmi lesquels Raphaël (Étude pour la conversion de saint Paul), Parmesan, Guardi, Tiepolo ou Andrea Del Sarto se partagent les cimaises du Cabinet des dessins Jean-Bonna, rue Bonaparte. La présentation des dessins en ce lieu permet de rappeler l’importance du collectionneur en tant que mécène de l’Ensba, puisqu’on lui doit le réaménagement de ce lieu intime qui abrite depuis 2005 la donation Mathias-Polakovits.

- SUITE FRANçAISE, jusqu’au 23 avril, École nationale supérieure des beaux-arts, 13, quai Malaquais, 75006 Paris, tél. 01 47 03 50 00, tlj sauf lundi 13h-19h. Cat., 420 p., 39 euros. - DESSINS ITALIENS, jusqu’au 23 avril, Ensba, Cabinet des dessins Jean-Bonna, 14, rue Bonaparte, 75006 Paris, tél. 01 47 03 54 15, tlj sauf samedi et dimanche 13h-17h, fermé du 10 au 17 avril. Cat., 64 p., 15 euros.

Attrait contemporain

Comme à l’accoutumée lorsque l’Ensba propose une collection patrimoniale ou privée d’art ancien, un contrepoint contemporain lui est adjoint, répondant ainsi à la double vocation de l’institution, enseigner et montrer. Pour cette exposition intitulée « La Fabrique du dessin », un jury composé d’enseignants, de conservateurs et de commissaires a retenu les travaux de vingt étudiants de l’école qui ont réfléchi sur le processus de création de l’œuvre d’art et le statut du dessin, entre œuvre « in process » et travail abouti. Parmi les jeunes artistes qui exposent dans la salle Melpomène du rez-de-chaussée, une mention spéciale peut être attribuée aux dessins monumentaux d’Antoine Desailly et à la vidéo interactive de Sébastien Loghman, Le Sommeil (prière de ne pas toucher), où le visiteur peut, en touchant l’écran, jouer avec une jeune femme endormie. Signalons aussi le film d’Antoine Roegiers intitulé Les Proverbes flamands, qui donne vie au tableau de Bruegel du même nom. Un petit chef-d’œuvre jubilatoire ! « La fabrique du dessin », jusqu’au 23 avril, Ensba, 13, quai Malaquais, 75006 Paris, tél. 01 47 03 50 00, tlj sauf lundi 13h-19h. Cat., 12 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°233 du 17 mars 2006, avec le titre suivant : Jean Bonna, collectionneur d’exception

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