Vendredi 14 décembre 2018

Métiers de l’art

Illustrateur « acharné »

Le Journal des Arts

Le 6 octobre 2000 - 667 mots

À l’occasion de l’exposition « Les maîtres de la bande dessinée européenne » organisée par la Bibliothèque nationale de France (lire pages 13-15), le JdA consacre sa rubrique « métiers de l’art » à un professionnel de l’image : l’illustrateur. Celui-ci peut exercer ses talents dans des domaines aussi divers que celui de la presse, de l’édition ou encore de la publicité. Mais avant d’obtenir ses premières commandes, l’illustrateur doit acquérir de solides connaissances artistiques et se forger un style personnel.

Des formations généralistes, telles que celles offertes par les écoles des beaux-arts et des arts appliqués, préparent efficacement aux différents métiers de l’image sans offrir toutefois de réelles spécialisations. Priska Peters-Mestrallet, illustratrice et agent d’illustrateurs a choisi, après avoir passé un baccalauréat généraliste de série B (économie) – “afin d’assurer ses arrières”, précise-t-elle – de s’orienter vers une carrière artistique. “ L’illustration me tentait depuis de nombreuses années, j’ai hésité entre L’École Émile-Cohl de Lyon et l’École des arts décoratifs de Strasbourg qui proposait également une formation spécialisée de bonne qualité. La renommée d’Émile-Cohl et le fait que j’habitais l’Isère ont déterminé mon choix final.” Cet établissement privé dont la scolarité s’élève à environ 40 000 F par an dispense un enseignement d’une durée de quatre ans. Les deux premières années sont essentiellement consacrées à l’apprentissage des bases du dessin académique (modèle vivant, nature morte, anatomie), ce n’est qu’en fin de cursus que l’imagination reprend ses droits. Parmi les différentes matières abordées (la B.D, l’infographie, le dessin animé) Priska Peters-Mestrallet opte pour l’illustration. Elle apprécie particulièrement le rythme soutenu des cours (34 à 39h par semaine), ainsi que l’encadrement strict des élèves. Mais l’obtention d’un diplôme prouvant les capacités d’un candidat ne présage en rien de son intégration rapide sur le marché du travail. “Le talent artistique est une condition sine qua non mais il doit être accompagné d’une tactique commerciale efficace. Ceux qui réussissent à la sortie de l’École ne sont pas toujours les premiers de la classe mais ceux qui sont les plus acharnés et les plus entreprenants”, ajoute-t-elle. Par ailleurs, aucune formation juridique n’étant généralement dispensée au sein des établissements, bon nombre d’étudiants se retrouvent démunis après avoir quitté le chaud cocon de leurs écoles et travaillent dans l’illégalité par ignorance. Estimer son travail, établir des devis, et des bons de commande se révèlent être des obstacles insurmontables. “Beaucoup de jeunes illustrateurs sont tellement heureux de décrocher une commande qu’ils bradent leur travail ou oublient carrément d’évoquer le montant de leur rémunération”, confie-t-elle.

La plupart d’entre eux choisissent alors un travail salarié par confort ou par nécessité (obligation de rembourser un prêt étudiant par exemple). D’autres comme Priska Peters-Mestrallet préfèrent opter pour le free-lance et font appel à des agents chargés de démarcher pour eux auprès de commanditaires potentiels. Une commission d’environ 30 % est alors retenue sur leur rémunération. Après avoir requis les services de l’un d’entre eux pendant deux ans, elle devient elle-même agent parallèlement à son activité d’illustratrice. “Pour le moment, je travaille exclusivement pour la communication et la publicité. Ce sont des domaines peu prisés par les écoles, qui nous orientent davantage vers l’édition. Le corps enseignant en est d’ailleurs largement issu, ce qui constitue à mon avis un manque d’ouverture”, conclut-elle. Mais quels que soient les champs d’application de cette profession qui compte actuellement près d’un millier de membres, les futurs illustrateurs doivent impérativement acquérir un style original, et se créer un book lesté des influences et sujets scolaires. Trois à quatre années ont été nécessaires à Priska Peters-Mestrallet pour atteindre cette maturité, et pour parvenir à un niveau de rétribution correct (10 000 F net par mois environ).

- École Émile-Cohl, 232 rue Paul-Bert, 69003 Lyon. Tél. 04 72 12 01 01. http://www.ecole-emile-cohl.fr
- École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, 1 rue de l’Académie., 67000 Strasbourg. Tél : 03 88 35 38 58.
- École européenne supérieure des arts et technologies de l’image (EESATI), 134 route de Bordeaux, 16000 Angoulême. Tél. 05 45 92 66 02.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°112 du 6 octobre 2000, avec le titre suivant : Illustrateur « acharné »

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