Lundi 10 décembre 2018

Henriette Joël

Secrétaire générale de la société des amis du Musée d’art moderne de la Ville de Paris

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2001 - 1075 mots

Ancienne avocate, créatrice de la collection « Best-sellers » chez Robert Laffont, éditeur conseil chez Flammarion, Henriette Joël est secrétaire générale de la Société des amis du Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Elle commente l’actualité.

Le projet de loi relative aux musées vient d’être adopté en Conseil des ministres. La Fédération française des sociétés d’amis de musées a protesté dans un communiqué sur la disparition d’un article faisant référence au partenariat avec le monde associatif (lire ci-contre). Quelle est votre position de secrétaire générale de la Société des amis du Musée d’art moderne de la Ville de Paris ?
Ce sont des luttes de pouvoir inutiles. Les amis aident les musées bénévolement, sinon on leur donnerait un titre et on leur verserait un salaire. Les amis des musées aimeraient qu’on les aime et qu’on leur soit reconnaissant. Je pense au contraire qu’il faut se faire discret. Dans l’Évangile, il y a Marthe et Marie. Moi, je suis Marthe. Je balaie là où le conservateur me suggère de balayer et je ne demande pas à être portée aux nues. Il faut être disponible, un peu comme les scouts : toujours prêts. Nous travaillons pour la plus grande gloire des musées et personne ne nous a forcés à venir. Les amis du Musée d’art moderne de la Ville de Paris sont réunis dans une association sui generis. Je n’en connais pas d’autres comme celle-là. Dans le conseil des amis, pour garder notre indépendance, nous n’avons ni marchand, ni artiste, ni critique, ni fonctionnaire, ni conservateur, pour laisser davantage de liberté aux responsables des musées. Quand nous avons une somme pour acheter une œuvre, nous laissons les conservateurs acquérir ce qu’ils veulent, même si nous ne sommes pas d’accord avec les choix. La gestion du musée, l’accrochage des œuvres ne nous regardent pas. Chacun doit rester à sa place.

La Ville de Paris vient de basculer à gauche. Quels sont selon vous les grands chantiers qui attendent Christophe Girard, le nouvel adjoint à la culture ?
Il faut rénover le Petit Palais. La nouvelle municipalité n’a aucune raison de ne pas continuer et même de ne pas faire plus. Le Musée d’art moderne aurait besoin de plus d’argent parce que les grandes expositions coûtent très cher de nos jours. Celle de “l’École de Paris” a demandé beaucoup de moyens pour trouver les tableaux dans les collections privées, les faire venir et les assurer. Il arrivera un jour où il vaudra mieux affréter des charters pour aller chez les gens voir leurs tableaux plutôt que de monter des expositions dans les musées. Il y a un problème. Ici, nous avons aussi cette question de l’amiante. C’est tragique si le musée doit fermer pendant plusieurs mois.
La Mairie de Paris gère aussi beaucoup d’autres musées, comme celui de la vie romantique où Daniel Marchesseau fait des merveilles. Le nouvel adjoint à la culture semble très au fait de l’art moderne. Il lui faut aussi aider tous les jeunes artistes, parce que cela coûte très cher de les montrer aujourd’hui. Ainsi, nous avons dû financer toute l’infrastructure pour présenter les œuvres vidéo que le musée avait achetées pour ses collections.
Je souhaiterais aussi que l’on trouve un endroit central dans Paris, où, un jour par semaine, des poètes viendraient lire leurs textes, où l’on projetterait des œuvres. La Mairie de Paris dispose de beaucoup de lieux. Il faudrait un centre vivant où les artistes pourraient venir boire un verre et se parler. C’est l’un des projets du palais de Tokyo, mais ce quartier est si désert le soir et je ne vois pas comment les gens y viendront. Je suis aussi favorable à une synergie entre le musée et ce futur site de création contemporaine. Au même endroit se trouveront deux laboratoires d’idées. Je trouve cela génial. Nous nous entraiderons. Les codirecteurs sont jeunes, pleins d’ardeur, et cela peut marcher. Mais il faut leur donner suffisamment d’argent.

L’une des premières actions de Christophe Girard a été d’annuler un arrêté d’expulsion d’artistes squatteurs. Lui donnez-vous raison ?
Les squatteurs ne font pas de mal, ils ne privent personne puisque les lieux ne sont pas loués. Il y a quelques années, une société a fermé un grand entrepôt à Ivry, et elle a prêté ses locaux à des artistes comme Honegger, qui ont pu y réaliser des œuvres de très grandes dimensions qu’ils n’auraient pas pu faire ailleurs. Et cela n’a rien coûté à personne, sauf qu’il y faisait froid l’hiver. C’est un exemple à suivre.

Au Louvre, un jeune directeur vient d’être nommé en la personne d’Henri Loyrette.
À dix-huit ans, Alexandre avait conquis le monde. S’il est compétent, ce n’est pas une question d’âge. Sophocle a même écrit Œdipe roi à quatre-vingts ans.

Le monde de l’édition d’art connaît des difficultés chroniques. Quelle en est votre vision d’éditeur conseil chez Flammarion ?
Je crois que cela va un peu mieux. L’Internet peut concurrencer le roman à quatre sous, mais vous ne remplacerez jamais une très belle iconographie ou le livre d’art pour bibliophiles tiré à peu d’exemplaires. Nous en avons d’ailleurs publié trois ici, réservés à nos membres. Il existe une petite collection qui marche très bien chez Flammarion : c’est l’“Abécédaire”. Les gens en redemandent. La seule chose, c’est de ne pas publier d’ouvrage “embêtant”. Au musée, le catalogue de l’exposition des Fauves a été tiré à 60 000 exemplaires, tous vendus. À l’avenir, il faudra publier de plus en plus de catalogues bilingues parce que l’art s’internationalise. Les maisons d’édition vont aussi subir des concentrations, mais ce n’est pas catastrophique. Chaque structure peut garder sa personnalité.

Une exposition vous a-t-elle particulièrement intéressé dernièrement ?
Je n’ai pas aimé “Picasso érotique” : ce doit être mon tempérament protestant. Et puis j’avais vu certaines de ces œuvres au palais des Papes à Avignon après la Libération. En revanche, j’ai beaucoup aimé “L’École de Paris”, c’est-à-dire montrer ce creuset, ce réservoir extraordinaire que fut Paris avant la guerre de 1914. C’est un temps révolu. Aujourd’hui, il n’y a plus de Gertrude Stein, de femme américaine riche qui vous reçoit tous les mercredis ! Je suis aussi toujours fan de ce que présente Dina Vierny. D’ailleurs, le premier achat des amis pour le Musée d’art moderne a été, en 1976, un grand Morellet qui avait eu le prix de la Biennale de São Paulo, et le second, en 1977, un très beau dessin d’Egon Schiele. C’est d’ailleurs la seule œuvre de l’artiste dans la collection.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°125 du 13 avril 2001, avec le titre suivant : Henriette Joël

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque