\"La rénovation du Petit Palais, une de mes priorités\"

Hélène Macé de Lépinais, nouvel adjoint au maire de Paris chargé de la Culture

Par Emmanuel Fessy · Le Journal des Arts

Le 23 décembre 2009

La mairie de Paris a un nouvel adjoint chargé de la Culture, Hélène Macé de Lépinais. Petite-nièce du général de Gaulle, épouse d’un inspecteur des Monuments historiques, elle reconnaît elle-même découvrir un milieu qu’elle connaissait mal, s’étant auparavant occupée surtout de questions sociales pour la Ville. Dans cet entretien, elle affirme que la rénovation du Petit Palais sera \"l’une de ses priorités\" et qu’elle \"fera tout son possible\" pour revenir sur la réduction drastique imposée aux musées de la Ville pour leurs acquisitions.

Le JdA : La Maison Européenne de la Photographie, qui vient d’ouvrir ses portes, présente actuellement sa collection, comme en témoigne Le Magazine des Arts. Dans un contexte économique difficile, la Ville doit donc contribuer au financement d’un nouvel équipement. Quelle en sera la répercussion sur les subventions aux autres musées ?
Hélène Macé de Lépinais : La Ville de Paris a depuis très longtemps manifesté son intérêt pour la photographie et a été pionnière dans ce domaine. Dès 1980, l’Espace photographique de Paris a ouvert ses portes aux Halles. La même année, le Mois de la photo a été créé. J’observe que la Ville de Moscou, à son tour, a organisé en avril un Mois de la photo, où nous avons présenté une exposition sur Paris.

La Maison Européenne de la Photographie (MEP), que le maire de Paris a inauguré récemment, est un lieu unique au monde. À la fois lieu de diffusion et lieu de recherche, grâce en particulier à sa bibliothèque et à ses collections importantes, elle draine un public nombreux depuis son ouverture.

Elle a la forme juridique d’une association loi de 1901. À ce titre, elle bénéficie, comme un certain nombre d’institutions culturelles de la Ville de Paris – le Théâtre de la Ville ou le Châtelet par exemple –, d’une subvention. Pour cette année, Paris Audiovisuel bénéficie d’une subvention de 27 millions de francs, Mois de la photo compris.

En revanche, les quinze musées municipaux sont des services gérés en régie, directement à partir du budget municipal. La subvention versée à la MEP n’aura donc aucune répercussion sur les moyens financiers de fonctionnement des autres musées.

Néanmoins, les budgets d’acqui­sition des musées gérés par la Ville de Paris ont sensiblement diminué. N’est-il pas surprenant que le Musée d’art moderne de la Ville dispose d’un budget d’ac­quisition nettement moindre que celui du Musée national d’art moderne ?
Les budgets d’acquisition des musées municipaux subissent effectivement, comme ceux de l’État, les difficultés financières liées à une conjoncture défavorable.

Le fait même que vous mettiez en parallèle le Musée d’art moderne de la Ville et le Musée national d’art moderne montre que la Ville a su hisser son musée à un niveau d’excellence, et vous me permettrez de voir dans votre question un hommage au travail qui a été fait dans notre musée d’art moderne. Il n’en demeure pas moins que les budgets de ces deux institutions ne peuvent être comparés.

Pour en revenir aux crédits d’acquisition, il faut noter qu’entre 1990 et 1995, la Ville a consacré en moyenne plus de 13 millions de francs par an pour enrichir les collections de ses musées. Je regrette profondément que cette année, les crédits d’acquisition (1,5 million de francs) aient autant diminué, et je peux vous assurer que je ferai tout mon possible pour que cela change.

L’exposition "Les Champs de la sculpture", qui coûte 3 millions de francs et absorbe 4 au­tres millions en mécénat, pourrait faire croire que vous privilégiez l’événementiel à la constitution d’un patrimoine.
Je ne vois pas pourquoi vous parlez "d’absorber" à propos du mécénat. L’argent que des entreprises japonaises ont souhaité investir dans cette prestigieuse exposition n’aurait pas été obtenu pour d’autres projets. C’est vraiment pour "Les Champs de la sculpture" que Nikkei et Yoshi ont apporté des moyens financiers. D’ailleurs, l’exposition, après Paris, ira à Tokyo au mois d’octobre.

Ma réponse précédente doit vous laisser penser que je ne néglige pas du tout le patrimoine. Je disais même que je souhaitais qu’il soit un des axes prioritaires de la politique de cette mandature.

Cependant, vous savez que la sculpture attire moins le public que la peinture. "Les Champs de la sculpture" sont un moyen de mettre en valeur un pan important de l’art moderne et surtout, ils permettent au plus grand nombre d’en profiter. Les musées sont quelquefois des lieux intimidants. Là, les sculptures seront sur la plus prestigieuse avenue du monde, accessibles à tous, gratuitement ! Cette exposition prouvera même peut-être son côté ludique. En tout cas, elle donnera j’en suis sûre, par sa proximité, l’envie à tous d’en connaître plus. C’est vrai que c’est un événement, mais c’est en se mettant à la portée de tous que l’art pourra élargir le cercle de ses amateurs, que les musées pourront attirer un public plus nombreux.

Comment voyez-vous l’avenir du Petit Palais, qu’il s’agisse de sa programmation ou des travaux de rénovation ?
La question de la rénovation du Petit Palais se pose depuis longtemps. Compte tenu de sa situation géographique, de la qualité de son architecture et du vieillissement du bâtiment, il est temps, me semble-t-il, d’entrer dans la phase décisive de restauration de ce musée, qui a ouvert ses portes en 1902. Il serait dommage qu’il ne puisse fêter dignement son centenaire ! C’est en tout cas une de mes priorités, et j’espère que le maire de Paris pourra prochainement annoncer le principe de cette rénovation. Cela s’accompagnera nécessairement d’un calendrier, d’un budget – qui sera très important – et d’une équipe. Cette équipe sera chargée de concevoir le programme muséographique et de mener à bien la restauration du lieu et la réhabilitation de ce très grand musée.

L’organisation des expositions est toujours plus complexe et onéreuse. Dans ce domaine, l’État prend de plus en plus en compte le souci de rentabilité. Qu’en est-il pour la Ville ? Demander aux musées d’organiser des expositions "rentables", n’est-ce pas remettre en cause leurs missions de découverte et d’analyse ?
Pourquoi abordez-vous la question de la rentabilité des expositions ? Le problème ne se pose-t-il pas dans les mêmes termes pour toutes les activités culturelles, dans le domaine de la musique ou dans celui du théâtre ? Sait-on vraiment en la programmant qu’une exposition sera rentable ou pas ?
En tout état de cause, je crois qu’il faut qu’il y ait des expositions "rentables", comme vous dites, pour pouvoir proposer des expositions importantes du point de vue scientifique mais qui peuvent être plus pointues, et par là-même moins toucher le grand public.

Quelle est pour vous la mission exacte de Paris-Musées ?
Paris-Musées a une mission première, qui est d’organiser les expositions temporaires dans les musées de la Ville et d’éditer des catalogues. Le Conseil de Paris, en décembre 1994, a autorisé Paris-Musées à développer une politique de mise en valeur du patrimoine municipal.

Je pense qu’il convient de privilégier sa mission première tout en assurant progressivement la mise en place de cette nouvelle mission. Je pense en particulier à l’édition de ces remarquables brochures intitulées "promenades parisiennes". Je suis très attachée à ce que les Parisiens prennent le temps de faire un peu les "touristes" dans leur ville. Son patrimoine est immense, et nous ne le connaissons que trop peu.

Quel pourrait être l’engagement de la Ville dans le projet de Biennale d’art contemporain relancé par le ministre, Philippe Douste-Blazy ?
Jean Tibéri a co-signé avec Philippe Douste-Blazy une lettre de mission à Alfred Pacquement. Je crois qu’il est sage d’attendre ses propositions. Ce n’est qu’ensuite que la Ville pourra prendre position.

Où en est le projet de bibliothèque d’art moderne de la Ville de Paris, auquel ont déjà été affectés des crédits ?
Pour des raisons budgétaires, le projet de bibliothèque d’art moderne de la Ville de Paris a dû être ajourné. Je le regrette beaucoup, d’autant que la constitution du fonds avait été commencée de manière très scientifique. Je souhaite que ce fonds soit conservé dans son intégrité. Grâce à l’informatique, il pourra être mis à la disposition des chercheurs qui souhaiteront le consulter.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : Hélène Macé de Lépinais, nouvel adjoint au maire de Paris chargé de la Culture

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