Mercredi 14 novembre 2018

L'actualité vue par

Hélène Chouteau

Directrice du centre d’art La Galerie à Noisy-le-Sec

Le Journal des Arts

Le 27 juin 2003 - 920 mots

Depuis 1999, Hélène Chouteau dirige le centre d’art contemporain La Galerie à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), où elle présente actuellement une exposition consacrée à Olivier Mosset. Elle commente l’actualité.

On fête cet été le 20e anniversaire des FRAC (Fonds régionaux d’art contemporain). Quel bilan dressez-vous de ces vingt ans d’existence ?
J’ai connu les débuts de l’expansion des FRAC. À cette époque, les collections se montaient dans une dynamique qui visait à combler nombre de manques dans les collections publiques françaises en matière d’art contemporain. Ces fonds, par ailleurs, ont contribué à diffuser l’art contemporain en régions, et à modérer la centralisation de l’activité artistique à Paris. Après vingt ans, on peut mesurer les résultats très importants, en termes de sensibilisation des publics et de diffusion artistique, réalisés par les FRAC. Cet apport est trop souvent sous-évalué. Pourtant, il est considérable. À tel point que les questions touchant l’art contemporain font aujourd’hui partie des débats publics. La gestion de ces collections tend actuellement à se “muséifier”. Or il est important que les FRAC conservent une approche qui ne soit pas uniquement patrimoniale et institutionnelle, et continuent de développer une politique de production, de diversification de leurs activités et de prospection, en complément d’autres types de structures telles que les musées, les centres d’art, les galeries, etc. Les expositions programmées à l’occasion de cette date anniversaire vont révéler la richesse des FRAC, qui conservent des pièces majeures de l’art de ces trente dernières années. Il va être très intéressant de voir se déployer ces collections simultanément, tandis que nous n’avons pu les découvrir jusqu’alors que partiellement.

À l’heure où les questions de décentralisation sont à l’ordre du jour, quelle analyse faites-vous de la présence culturelle en banlieue parisienne ?
La constellation des centres d’art contemporain et autres structures situées en banlieue parisienne et en régions sont des outils complémentaires des institutions parisiennes, pour le public et pour les artistes. Les moyens d’action y sont plus souples et leur statut public leur permet d’être dégagés des contraintes du marché. Ce sont des lieux d’expériences et de recherche. En ce qui concerne la présence culturelle en banlieue, je suis toujours rétive à ce genre de classification. Il est évident pourtant que les artistes eux-mêmes témoignent souvent d’un grand intérêt à travailler sur ce type de territoire. J’ai pu le constater avec ceux que j’ai invités à La Galerie de Noisy-le-Sec et qui ont porté une attention particulière au contexte : Claude Lévêque, Olivier Mosset, Suzanne Lafont, Jean-Luc Moulène, Stéphane Calais, Christian Biecher, Tom van Lingen, parmi d’autres. Il me paraît toutefois toujours un peu désuet de considérer le public de banlieue comme spécifique en soi. L’actualité artistique travaille sur des territoires éthiques, géopolitiques, philosophiques et esthétiques qui dépassent largement ce type de classification, et les préoccupations du public également.

À la lumière de votre expérience à Noisy-le-Sec, comment envisagez-vous l’inscription d’un centre d’art contemporain sur son territoire ? Quels types d’action menez-vous en direction du public ?
En regard de ce que j’ai déjà dit plus haut, je ne peux que souligner à nouveau l’enjeu d’un centre d’art contemporain comme La Galerie de Noisy-le-Sec, qui est, depuis l’origine, d’offrir une proximité entre le public (local, professionnel ou autre) et la recherche artistique, en temps réel. À La Galerie, nous proposons des dispositifs qui permettent une rencontre entre cette recherche et le public : actions éducatives en milieu scolaire, journées Portes ouvertes, vernissages, rencontres, débats, programmes d’artistes en résidence, ateliers pour enfants, publications gratuites... Il est important de faire comprendre ces objectifs aux élus territoriaux, pour qui il pourrait être plus aisé de proposer des formes artistiques plus proches du divertissement ou plus conformes à des codes visuels répertoriés. Or une familiarisation avec un centre d’art contemporain se fait sur le long terme. Nous pouvons toutefois constater qu’après quatre ans d’existence, nous avons déjà formé et fidélisé un public. La politique de production qui a été développée dans le cadre des expositions de La Galerie a également contribué à l’inscription de cet équipement sur son territoire et à son rayonnement.

Qu’avez-vous pensé de la Biennale de Venise, et de l’importante présence française sur la lagune ?
La présence française sur la scène internationale est bien engagée depuis plusieurs années, bien qu’elle reste trop timide. On pourra d’ailleurs regretter que cette présence ne se soit pas affirmée avec des productions plus importantes. Il m’a semblé qu’elle se manifestait plutôt sous la forme d’une constellation de pièces. C’est un peu le sentiment général que j’ai eu en visitant la Biennale. Cette édition me semble marquée par un certain repli, dans les pavillons nationaux surtout. L’actualité géopolitique plutôt violente de ces derniers mois n’y est sans doute pas pour rien. Ceci ne m’a évidemment pas empêché de trouver très intéressant le pavillon de Jean-Marc Bustamante, les commissariats conçus par Gabriel Orozco ou Catherine David, entre autres, dans les Corderies de l’Arsenal, et les installations de Pedro Cabrita Reis dans les Giardini et dans Venise.

Des expositions ont-elles récemment retenu votre attention ?
Oui, en particulier les deux rétrospectives d’Olivier Mosset actuellement présentées en Suisse, à Lausanne et Saint-Gall, et les dernières expositions de l’ARC [au Musée d’art moderne de la Ville de Paris], consacrées à Tacita Dean et à Bernard Frize. Sans oublier l’exposition de Michel Aubry, “Le Club ouvrier mis en musique” au Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) de Genève, celle de Jean-Luc Moulène au château des Adhémar à Montélimar, de Guillaume Paris au Palais de Tokyo, à Paris, ou encore de Bernhard Rüdiger, “Base projetti per l’arte”, à Florence.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°174 du 27 juin 2003, avec le titre suivant : Hélène Chouteau

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