Patrimoine photographique

Haute protection au fort de Saint-Cyr

Le Journal des Arts

Le 9 juin 2006

La Médiathèque de l’architecture et du patrimoine mène une indispensable campagne de numérisation des fonds d’archives photographiques d’État.

PARIS - Petit retour en arrière. 2004 : l’association Patrimoine photographique, alors chargée des donations faites à l’État et de la gestion des droits patrimoniaux, fusionne avec deux autres associations, le Centre national de la photographie (CNP) et la Galerie nationale du Jeu de paume, un rapprochement qui donne naissance à l’entité « Jeu de paume ». C’est à cette date que sont transférés au fort de Saint-Cyr, à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), les fonds contemporains d’État issus d’achats ou de donations, jusqu’ici gérés par le Patrimoine photographique. En juin 2004, le Jeu de paume, dans sa nouvelle configuration, ouvre ses portes dans un climat de polémique. Qu’allaient devenir les fonds d’archives gérés par le Patrimoine photographique ? Dans quelles conditions allaient-ils être conservés ? Récemment encore, les photographes donateurs et les ayants droit de ces collections manifestaient leur inquiétude quant à la préservation de ces trésors patrimoniaux. Lors d’une conférence de presse donnée le 24 mai à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (au fort de Saint-Cyr) (lire p. 6), Alain-Dominique Perrin – président du Jeu de paume – se voulait rassurant : « Cette visite devrait mettre fin à toutes les polémiques et clarifier les choses. La création du Jeu de paume résulte d’une fusion lente de trois entités ; tout ne pouvait pas se mettre en place d’un seul coup. Avant la fusion, les conditions de conservation rue de Réaumur étaient précaires, et le travail d’inventaire très incomplet. C’est aujourd’hui que les choses rentrent dans l’ordre. »

Que conserver ?
Une importante entreprise de numérisation des collections est ainsi en cours, avec déjà 350 000 pièces numérisées et consultables en ligne sur le site du ministère de la Culture et de la Communication. 40 000 numéros supplémentaires sont prévus pour 2006-2007. Le fonds Kertész serait, par exemple, en cours de traitement. Le projet est colossal, mais indispensable. La numérisation est en effet capitale pour la consultation. La manipulation des tirages, les négatifs ou des plaques de verre est délicate et ne peut être répétée trop souvent. Les chercheurs pourront, en revanche, accéder (sur rendez-vous) à tous les documents recensés par la Médiathèque. En plus du budget global de fonctionnement de 300 000 euros, une enveloppe du ministère de la Culture d’un montant de 120 000 euros a été allouée à la numérisation des fonds de l’ex-« Patrimoine photographique ». Les fonds contemporains conservés au fort de Saint-Cyr représentent six millions de numéros, sans compter le fonds Harcourt. Vingt employés de la Médiathèque (sur un effectif de cinquante) travaillent actuellement à l’inventaire et à la numérisation de ces fonds. La destinée du fonds Harcourt, riche de plus de dix millions de clichés, est à elle seule très préoccupante. « Que faire de tout cela ?, s’interroge Alain-Dominique Perrin. La plupart des images, des portraits d’anonymes ou de starlettes oubliées, n’ont aucun intérêt. La question est de savoir s’il faut tout conserver. Il y a là une vraie décision à prendre : que faut-il garder en l’état, que faut-il numériser ? ». Ce même fonds soulève par ailleurs d’importants problèmes de conservation, avec le fonds Sam Lévin, en partie vinaigré.
Outre l’aspect conservation, se posent les questions de la commercialisation et de la promotion. La gestion commerciale de ces fonds, des droits et de la vente d’images, assurée momentanément par le Jeu de paume, reviendra à la Réunion des musées nationaux (RMN) dans un très proche avenir. Un accord, en cours de négociation, pourrait être effectif à partir du mois de septembre. Une occasion unique pour la RMN de devenir la grande agence photographique du ministère – et de multiplier ainsi son chiffre d’affaires de façon spectaculaire.

Renforcer les partenariats
L’autre idée maîtresse de ce vaste chantier consiste à renforcer les partenariats, en matière d’éditions ou d’expositions, entre le fort de Saint-Cyr et le Jeu de paume. Dans cette optique, le site de l’hôtel de Sully proposera cet été un florilège d’images issues des fonds photographiques contemporains, avec un accrochage thématique autour de la ville de Paris. Des préoccupations qui devront également revenir au successeur de Régis Durand à la tête du Jeu de paume. L’annonce de sa nomination aura lieu en juillet et le nouveau directeur devrait prendre ses fonctions dès septembre.

Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, archives et fonds photographiques, fort de Saint-Cyr, 78180 Montigny-le-Bretonneux, tél. 01 30 85 68 81.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°239 du 9 juin 2006, avec le titre suivant : Haute protection au fort de Saint-Cyr

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