Haniwa, terres du Japon

Des sculptures nippones des Ve et VIe siècles à Paris

Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2001

À partir du IVe siècle, le Japon se couvre de tertres funéraires souvent monumentaux, baptisés kofun, sur lesquels sont mises en place de singulières sculptures de terre cuite très stylisées, les haniwa. Représentant aussi bien des objets que des hommes ou des animaux, ils composent une évocation surprenante du monde nippon protohistorique, à découvrir dans une exposition exceptionnelle à la Maison de la culture du Japon à Paris.

PARIS - Près d’un millénaire après les derniers feux de la culture Jômon, dont une exposition en 1998 avait révélé la singularité, de nouvelles figures de terre cuite font leur apparition dans l’archipel nippon au IVe siècle. Dans un contexte radicalement différent, les artisans japonais retrouvent dans le travail de l’argile le mode d’expression privilégié des usages et des croyances de cette société agricole, dominée alors par une aristocratie guerrière.

Ces créatures sorties de terre vont peupler les tertres funéraires souvent monumentaux, les kofun qui donnent leur nom à cette époque (IIIe-VIIe siècle). Sur ces tumuli, étaient à l’origine plantés en haies concentriques des cylindres d’argile (haniwa), qui définissaient un espace sacré. À partir de la fin du IVe siècle, ils vont se prolonger dans des objets, des animaux ou des personnages en ronde-bosse. Venues en grande partie du Musée national de Tokyo, trente-cinq pièces réunies à la Maison de la culture du Japon à Paris offrent de découvrir la variété de ce petit monde, constitué aussi bien de guerriers que de danseurs, de chevaux que d’oiseaux, d’armes que de maisons. Leur nombre réduit ne permettant pas d’envisager une présentation chronologique. Les sculptures ont été groupées par type, tandis que la dernière partie de l’exposition évoque les dispositions de ces ensembles sur les kofun. Dans l’obscurité ambiante, un éclairage savamment étudié met en valeur les volumes et la couleur rougeâtre des sculptures, qui lors de leur mise en place, étaient vraisemblablement peintes.
Paradoxalement, le parcours débute par les pièces anthropomorphes, qui n’apparaissent que dans la seconde moitié du Ve siècle, après les bâtiments et les objets. Le plus souvent, ces figures sont juchées sur un cylindre servant à les planter en terre. Comme les animaux aux membres tubulaires, elles semblent conserver dans leurs formes mêmes le souvenir du cylindre originel, ce qui leur confère une sorte de hiératisme renforcé par une frontalité affirmée. L’extrême stylisation des traits n’exclut pas la recherche d’expression, comme ce sourire franc du paysan avec sa houx. Et le mouvement n’est pas étranger à ces personnages, si l’on en croit les deux danseurs agitant les bras.
Avant l’apparition de haniwa anthropomorphes, la multiplication des armes, boucliers et autres cuirasses avaient marqué un infléchissement de leur fonction première : désormais, il ne s’agit plus seulement de délimiter un espace mais aussi de le défendre, au moins symboliquement. Ici, un monumental carquois, un bouclier coiffé d’un casque ou encore un sabre constituent autant de signes puissants de cette mission défensive. À l’image du guerrier en armure lamellaire, les figures de soldats renforcent par la suite la protection du tumulus.

Toutefois, le caractère militaire de ces haniwa ne saurait rendre compte de la diversité des personnages représentés. L’homme en tenue d’apparat, paré de bijoux et de rubans, le joueur de koto ou encore cette jeune fille dont ne subsiste que le visage, semblent à mille lieux de cet univers martial, et suggèrent l’existence d’autres fonctions. En l’occurrence, l’évocation de rites funéraires ou religieux fait partie des hypothèses le plus souvent avancées. Mais aucune trace archéologique n’est venue confirmer l’origine mythique des haniwa, qui se seraient substitués aux sacrifices humains.

Consubstantielle à l’édification des kofun, la représentation du pouvoir apparaît également centrale dans un groupe de haniwa en forme d’objets découverts sur le kofun d’Akabori-Cha.usuma (département de Gunma). Leur présentation permet d’imaginer la mise en scène sur les tertres. Différents types d’objets sont figurés dans cet ensemble : il y a d’abord un groupe de maisons dont la principale, qui se distingue par ses poutres en “V” placées transversalement sur le faîtage, pourrait être celle du défunt. D’ailleurs, elle était disposée à l’aplomb de la chambre funéraire. Face à cette maison, un siège cérémoniel représentait certainement son successeur, et la coupe à pied située entre eux était partagée dans le cadre d’un rite de transmission du pouvoir.

Mais, ici comme ailleurs, le chef restera absent du monde des haniwa, qui disparaîtront, à l’instar des kofun, au VIIe siècle, avec la diffusion du bouddhisme.

- HANIWA, GARDIENS D’ÉTERNITÉ DES Ve ET VIe SIÈCLES, jusqu’au 15 décembre, Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis quai Branly, 75007 Paris, tél. 01 44 37 95 01, tlj sauf dimanche et lundi 12h-19h, le jeudi jusqu’à 20h. Catalogue, 150 p., 150 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°134 du 12 octobre 2001, avec le titre suivant : Haniwa, terres du Japon

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