Dimanche 16 décembre 2018

Guillaume Durand

L’art, c’est l’air que je respire

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 1 octobre 2005 - 910 mots

Présent depuis plus de vingt ans à la télévision et à la radio, Guillaume Durand est à la fois un animateur vedette, un homme d’affaires et un véritable passionné d’art. Fils de collectionneurs réputés, celui qui a interviewé de nombreuses personnalités parle avec humilité et frénésie de sa passion pour l’art.

Guillaume Durand est tombé dans l’art comme d’autres seraient tombés dans la potion magique. Si on le connaît surtout pour son activité d’animateur vedette (notamment des émissions Durand la nuit, Nulle Part Ailleurs, et en ce moment Campus et Trafic sur France 2), Guillaume Durand est aussi le fils de Lucien et Nicole Durand. Ces deux grands marchands d’art, très réputés dans le milieu, ouvrirent en 1954 l’une des premières galeries d’art contemporain à Paris. « L’art est une histoire de famille chez nous. Mes parents étaient collectionneurs dans l’après-guerre. Ils n’ont jamais fait fortune, mais ils ont été de véritables découvreurs. Ils ont été les premiers à exposer des artistes comme César ou Bernard Frieze. Je suis illuminé par l’art depuis mon enfance, je collectionnais déjà très jeune les cartes postales de Memling. » D’abord professeur d’histoire et de géographie, puis journaliste sur Europe 1, le bouillonnant Guillaume Durand est aujourd’hui non seulement animateur de trois émissions, mais aussi, depuis 2001, gérant de sa propre maison de production.

Des murs tapissés de tableaux
L’homme est surchargé : obtenir une interview n’est pas une mince affaire. Mais lorsque, enfin, il nous accueille dans son appartement du VIIIe arrondissement, après sa journée de travail, l’animateur de la télévision a disparu. On découvre un homme chaleureux et authentique, un véritable passionné d’art, qui en parle avec humilité, humour et amour.
Dans son superbe salon, les murs sont tapissés de tableaux grands formats, tous contemporains. Les œuvres sont celles de George Condo, David Hockney, Francesco Clemente, Mimmo Paladino ou encore de Bernard Frieze, sa dernière acquisition achetée à la galerie Perrotin. On en prend plein la vue. « Quand mes camarades de classe venaient chez mes parents et qu’ils découvraient leur collection d’art abstrait, cela leur paraissait complètement surréaliste. Ils avaient l’impression d’être dans un monde loufoque et anticonventionnel. Malheureusement, encore maintenant, l’art contemporain est mal compris par les gens de notre époque. » Ces toiles, l’animateur les a acquises depuis vingt ans, sans jamais s’en séparer, ou presque. « Je ne suis pas vendeur. Je ne me sépare pas de mes tableaux, sauf quand je suis obligé. » Depuis sa première œuvre d’art achetée à l’âge de vingt ans (un tableau de Vivien Isnard), l’animateur achète ses toiles dans les galeries des grandes capitales, ou, privilège de l’initié, directement auprès de l’artiste. « J’ai la chance de connaître tout le monde dans le milieu de l’art. J’ai par exemple reçu Jeff Koons sur le plateau de Campus. Récemment, Daniel Lelong m’a prêté pendant six mois un tableau qui était trop cher pour moi. » Obligé de compter même s’il aime, Guillaume Durand avoue ne pas être propriétaire de son appartement, voyager peu, et ne jamais avoir assez d’argent quand il s’agit d’acquérir des œuvres d’art. « Pour acheter une toile, il faut bien sûr que j’économise. Il m’est arrivé une fois de me ruiner à cause d’un tableau, à une période où je voulais tout acheter. J’ai dû vendre toutes mes toiles, c’était la seule fois de ma vie. C’était un vrai divorce. » S’il se refuse à être un « névropathe des cotes d’artistes », on mesure toute la frénésie de l’acheteur passionné lorsqu’il évoque ses « coups de folie » pour des tableaux acquis sur des coups de tête et de cœur. C’est le cas notamment d’un impressionnant tableau de Robert Combas de neuf mètres de long, acheté… il ne sait plus où.

Son rêve : avoir un Matisse
Il évoque aussi ses « rendez-vous manqués » avec des tableaux qu’il n’a pas pu s’offrir, simplement parce qu’il n’était pas là au moment où il le fallait. « J’ai manqué un Basquiat qui me plaisait beaucoup, à la galerie Templon. Puis je l’ai revu à New York, il était passé de 150 000 francs à 150 000 dollars. Bien trop cher. C’est aussi bien parfois de savoir renoncer. Après tout, je ne suis qu’un petit collectionneur amateur. » Son rêve ? Il aimerait avoir un tableau de Rothko, de Picasso ou de Matisse pourquoi pas, mais il n’est pas sûr que ce soit une bonne chose de réaliser tous ses rêves. S’il avait un conseil à donner aux futurs collectionneurs, c’est « de ne jamais acheter trop cher et d’avoir un très bon œil ». Il cite son père en exemple bien sûr, mais aussi cet ami restaurateur qui n’avait pas une grande fortune, et qui avait pourtant l’une des plus belles collections d’art minimal qui soit, simplement parce qu’il était obsédé par sa collection. « La collection est une attitude face à la vie, une démarche profondément spirituelle. Il y a un espace pour les collectionneurs en France, mais malheureusement, les gens préfèrent s’acheter une voiture plutôt qu’un tableau. Ils sont moins loufoques que moi. » Malgré un discours qui se veut raisonnable, on sent combien celui qui a tout donné et tout perdu pour des œuvres d’art n’est pas à l’abri d’un nouveau coup de foudre. « L’art est un enchantement face à la vie, c’est l’air que je respire. Il n’y a que l’art qui traverse le temps et qui nous fasse sortir de nous-mêmes. Un ami, très grand collectionneur français, disait “ça doit être de la merde, ça me plaît”. Je préfère être déstabilisé et aimer ce qui dérange. C’est comme une solitude assumée, ça me suffit. »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°573 du 1 octobre 2005, avec le titre suivant : Guillaume Durand

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