Grégoire Maisonneuve, l’internaute

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 février 2004

Ouvrir sa galerie à vingt-sept ans est en soi une gageure, choisir son emplacement dans un appartement du XXe arrondissement en est peut-être une plus grande encore. Pourtant, c’est le pari que fait Grégoire Maisonneuve fin 2001. Après quelques passages dans des centres d’art et chez les galeristes Durand-Dessert et Chantal Crousel, il s’intéresse à la production d’œuvres en ligne et à l’économie liée à internet qui en découle.
Il met en place le site à l’adresse peu orthodoxe : toutechoseesttellequelleestmemesiellelest.net, d’après une phrase extraite de l’Autobiographie de tout le monde de Gertrude Stein.
Ce site va à l’encontre de la pratique classique d’internet puisqu’il oblige l’utilisateur à demeurer vingt minutes sur un seul projet, avant de passer au suivant. Ayant en outre constaté l’absence de collectionneurs privés sur ce médium, Grégoire Maisonneuve les invite à se placer non plus comme simples acquéreurs d’objets, mais en tant que producteurs d’œuvres, mises d’une certaine façon en dépôt en ligne. De cette réflexion à l’ouverture de la galerie, il n’y a qu’un pas, franchi d’autant plus facilement qu’il y emmène le même pool d’artistes. La première exposition se déroule avec Jan Kopp qui a fait l’inauguration, le 23 janvier, du nouvel espace agrandi de 130 m2. Il y présente un ensemble de terres cuites qui constitue une production tout à fait inattendue dans le corpus de son œuvre, ainsi qu’une vidéo réalisée à partir de gestes et de paroles exécutés et filmés à l’envers puis « remontés » à l’endroit. Parmi les autres fidèles de la galerie, Claudia Triozzi vient de l’univers de la danse et Alexandre Perigot est un familier des installations en extérieur, comme l’a montré l’assemblage de photos présenté à la Biennale de Venise : Radio Popeye, d’une surface de 300 m2, produit par le galeriste. « Le point commun entre les artistes que je présente est que chacun à sa manière vient questionner l’espace, l’économie, le principe même de la galerie. Celle-ci existe au-delà de ses murs et le moment de l’exposition demeure tout à fait relatif en volume et en économie par rapport aux attentes des artistes sur l’ensemble des projets d’une année. » La galerie reste néanmoins « une base à partir de laquelle on peut rayonner, un espace d’exposition qui permet justement de produire ».
Une nouvelle fonction semble naître, une hybridation entre le galeriste et le producteur, organisant des événements loin des lieux de polarisation habituels.

Grégoire Maisonneuve, 24 rue des Amandiers, XXe, tél. 01 43 66 23 60.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°555 du 1 février 2004, avec le titre suivant : Grégoire Maisonneuve, l’internaute

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