Décès

Gérard Rondeau, poète visuel

Le photographe ami des artistes, des écrivains et des intellectuels s’est éteint

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 27 septembre 2016

CRÉTEIL - J’avais posé le monde sur la table, paru en novembre 2015, est le dernier ouvrage de Gérard Rondeau publié de son vivant par les Éditions des Équateurs. Sa disparition brutale, à 63 ans, le 13 septembre 2016, ramène vers ce livre, cartographie poétique d’une œuvre, d’une vision, d’une vie revisitée à l’aulne d’une sélection de photographies noir et blanc.

Né à Châlon-sur-Marne (Marne), Gérard Rondeau a vécu plusieurs années à Reims (Marne). Le photographe est surtout célèbre pour ses portraits d’écrivains, d’intellectuels et de peintres, en particulier de ses amis Paul Rebeyrolle et Yves Gibeau, objets chacun d’un livre : Rebeyrolle ou le journal d’un peintre (Ides et Calendes, 2000, réédité chez Équateurs en 2013) et Les Fantômes du Chemin des Dames (Le Seuil, 2003). Ce dernier ouvrage a été réalisé quelques années après la mort de l’auteur d’Allons z’enfants… auquel Gérard Rondeau a aussi consacré un film, Le Presbytère d’Yves Gibeau, portrait émouvant d’une maison d’écrivain et d’un romancier hanté par la guerre de 1914-1918.

Images du siège de Sarajevo
Le travail de Gérard Rondeau s’apparente à la formulation, par bribes, de poèmes visuels atemporels. Paysages de Champagne quatre-vingts ans après la Première Guerre mondiale ou images du siège de Sarajevo et des différentes missions effectuées avec l’organisation Médecins du Monde imprègnent la même approche sensible de la campagne, des êtres et du détail, tandis que ses photographies de la cathédrale de Reims et des coulisses des musées forment d’autres journaux intimes savoureux.

Constituée au fil des lectures, des rencontres, des voyages et des commandes, en particulier du quotidien Le Monde ou de la Ville de Reims, l’œuvre témoigne de sa grande élégance d’esprit qui sait faire parler les pierres, évoquer la présence de l’absence, convoquer la mémoire dormante et saisir la grâce de l’instant. Ces portraits de Cabu, Jacques Derrida, Louise Bourgeois, Susan Sontag, Roy Lichtenstein, Alain Bashung ou Paul Bowles suggèrent plus qu’ils n’affirment.

Élu meilleur artiste plasticien de l’année lors de la cérémonie des Globes de Cristal 2007 et représenté par l’Agence Vu, Gérard Rondeau a été toutefois soutenu ces dernières années à Paris essentiellement par la Maison européenne de la photographie, qui a exposé en avril-juin 2015 « Au bord de l’ombre », autre grand voyage effectué à rebours dans l’œuvre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°464 du 30 septembre 2016, avec le titre suivant : Gérard Rondeau, poète visuel

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