Exproprier pour sauver le patrimoine

Catherine Trautmann vient de prendre une décision énergique en faveur du patrimoine, en engageant une procédure d’expropriation à l’encontre de la société japonaise NSKK. Propriétaire des châteaux de Rosny et de Louveciennes, celle-ci s’était livrée, en toute illégalité, au dépeçage de ces monuments. La procédure concernera également Millermont, Ancy-le-Franc et la Villa Cavrois.

ROSNY-SUR-SEINE - Lors de sa visite au château de Sully, à Rosny-sur-Seine, le 23 avril, Catherine Trautmann a demandé au préfet des Yvelines “d’engager immédiatement la procédure d’expropriation” prévue par la loi de 1913 sur les monuments historiques, à l’encontre de la société japonaise Nippon Sangyoo Kabushiki Kaïshales (NSKK). Constatant “la défaillance totale du propriétaire” japonais, elle a jugé nécessaire “la reprise en mains par un repreneur (une collectivité publique ou un privé) parfaitement soucieux de réhabiliter et d’entretenir le monument”. “Ou bien la société propriétaire acceptera de céder à l’un des acquéreurs que nous aurons sélectionnés, ou bien la procédure d’expropriation se poursuivra jusqu’à son terme, avec achat par l’État puis retransmission à l’un de ces acqué­reurs”, a précisé la ministre de la Culture. Elle a également annoncé la mise en œuvre de semblables procédures pour d’autres propriétés de la NSKK, Millermont et Louve­ciennes, mais aussi pour le château d’Ancy-le-Franc, dans l’Yonne, et la Villa Cavrois de Mallet-Stevens, dans le Nord (lire les JdA n° 36, 18 avril, et 39, 5 mai 1997). “Autant d’édifices dont le dépeçage et l’abandon n’ont que trop duré”, a-t-elle conclu.

Un pillage systématique
Situé sur la rive sud de la Seine, à l’ouest de Mantes-la-Jolie, le château a été édifié entre 1590 et 1610, sous la direction de Maximilien de Béthune, duc de Sully. Construit en briques et pierres, il a servi jusqu’en 1731 de dépôt aux joyaux de la Couronne. Passé dans les mains de divers propriétaires avant de connaître un long et préjudiciable abandon, il a été racheté en 1990 par Kiko Nakahara, fille du PDG de la NSKK, pour la somme de 7 millions de francs, à charge pour la société japonaise de le “rénover”. Le château a ensuite été systématiquement dépouillé de son mobilier, qui a été illégalement exporté. La justice a été saisie de ce scandale, grâce à l’intervention du maire de la commune et de plusieurs associations. Mme Nakahara, 51 ans, a été mise en examen pour “faux et usage de faux” et “escroquerie en bande organisée”, et écrouée de janvier à décembre 1996. Son époux Jean-Paul Renoir, de son vrai nom Jean-Claude Perez-Vanneste, arrêté l’an dernier aux États-Unis, est en passe d’être livré aux autorités judiciaires françaises.

Depuis le début de la procédure judiciaire, le château, faute d’entretien, s’est progressivement dégradé, puis un incendie a ravagé l’aile droite en janvier 1997. Des travaux d’urgence, “bénéfiques pour la survie du château” (mise hors d’eau et hors d’air), avaient été “exécutés d’office” par les services du ministère après la “mise en demeure” adressée à la société japonaise. Leur coût, d’un montant de 870 000 francs, a été entièrement pris en charge par le ministère de la Culture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°60 du 9 mai 1998, avec le titre suivant : Exproprier pour sauver le patrimoine

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