Lundi 17 décembre 2018

Exposition : mécénat à double vitesse

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 7 janvier 2005 - 835 mots

Apprécié de longue date par quelques grandes entreprises, le mécénat d’exposition est encouragé par les nouvelles mesures fiscales de la loi du 1er août 2003, avec l’ambition d’attirer de nouveaux donateurs.

Pour déceler le soutien d’un mécène à une exposition temporaire, rien de plus simple : il suffit d’observer la partie inférieure des affiches ou calicots sur lesquels son logo apparaîtra en bonne place. Parmi les noms récurrents, figure l’incontournable groupe de luxe LVMH, précurseur en la matière qui, pour l’année 2004, aura manifesté un engagement sans précédent dans le cadre des Années croisées France-Chine : soutien aux expositions « Montagnes célestes » au Grand Palais, « Kangxi, empereur de Chine » à Versailles, « Wang Du » au Palais de Tokyo, mais aussi à la tournée inédite des « Trésors impressionnistes des collections nationales françaises » en Chine. Si Jean-Paul Claverie, responsable du mécénat du groupe LVMH, ne souhaite pas révéler le montant des sommes investies, on les devine colossales pour ce bienfaiteur qui ne finance jamais à hauteur de moins du tiers du budget global d’une exposition – lequel peut atteindre, au Grand Palais, jusqu’à 3 millions d’euros. La conquête du marché chinois est sans doute à ce prix !

« Outil de propagande »
Plus que la simple philanthropie, l’attention portée par les entreprises aux expositions tient en effet à la qualité des contreparties (matérielles et immatérielles) proposées par le bénéficiaire en fonction du montant du don : visibilité du logo, préface dans le catalogue, mise à disposition d’un contingent d’entrées voire de visites guidées, et surtout, possibilité d’organiser une ou plusieurs soirées privées dans les espaces du musée. Pour entrer dans le cadre de la loi mécénat du 1er août 2003 – et faire bénéficier l’entreprise des 60 % de déductions fiscales sur l’impôt sur les sociétés  –, ces contreparties ne doivent toutefois pas excéder 25 % de la somme allouée. Au-delà, il s’agirait de sponsoring ou de partenariat, désormais moins avantageux fiscalement, et dont les dérives mercantiles avaient été fustigées par la Cour des comptes.
Dans un contexte économique délétère, ce coup de pouce de l’administration fiscale a été salué à l’unanimité. « C’est un outil de propagande intéressant », confesse Jean-Pierre Marcie-Rivière, président de l’Association pour le développement du Centre Pompidou, qui déplore toutefois un mauvais bilan pour la fin d’année 2004 et l’absence de mécénat pour les expositions « Aurelie Nemours », « Sons et lumières », « Jean Hélion » ou encore « Mallet-Stevens », prévue en avril. « La logique du mécénat est de venir au secours de la victoire, confirme Alain Madeleine-Perdrillat, de la Réunion des musées nationaux. Il faut donc toujours mener un travail en finesse pour attirer les mécènes vers des projets d’expositions plus pointus. » Une attractivité d’autant plus déterminante lorsque se développe une forme de concurrence entre les grands établissements. Pour satisfaire les ambitions de son contrat trisannuel d’objectifs et de moyens, signé avec l’État en 2003, le Musée du Louvre s’est ainsi doté d’un véritable service mécénat, animé par une dizaine de personnes. Selon son responsable, Christophe Monin, le bilan 2004 est toutefois en demi-teinte. Si « Paris 1400 » n’a bénéficié d’aucun soutien, l’exposition des dessins de Primatice – un sujet pourtant jugé difficile – a été financée à 30 % par la banque américaine Morgan Stanley, qui taira le montant de son engagement. Les sommes requises pour les aspirants au soutien des prochaines expositions du Louvre sont pourtant publiées sur le site Internet du musée : 450 000 euros pour soutenir « La France romane », qui ouvrira en mars, et 300 000 euros pour l’exposition « Girodet », prévue en septembre. Ces sommes sont calculées « en fonction des besoins mais aussi des prestations offertes par le musée », la simple location de l’espace sous pyramide pour une soirée pouvant coûter jusqu’à 56 000 euros (hors taxes et frais techniques).
Ces chiffres vertigineux ne doivent toutefois pas occulter la réalité d’un mécénat souvent beaucoup plus modeste. Le Musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq qualifie ainsi d’« exceptionnel » les 150 000 euros d’apport du Crédit du Nord et des laboratoires Schering en soutien à « Mexique-Europe » (jusqu’au 16 janvier). Et nombreux sont les établissements qui peinent à attirer les bienfaiteurs. Le bouclage du financement de la « Catalogne romane », au Musée de Cluny, à Paris, a ainsi eu lieu in extremis grâce à la CaixaBank, un mécène qui, de son aveu, regrette de n’avoir pu rivaliser avec les « poids lourds » du mécénat pour soutenir l’autre exposition « catalane » de l’année 2004 : la rétrospective « Joan Miró » du Centre Pompidou.
Le mécénat d’exposition génère donc ses exclus, au premier rang desquels on trouve bien souvent l’art contemporain. En 2004, le Palais de Tokyo a perdu l’important appui financier de la Caisse des dépôts et consignations, qui a préféré réorienter son mécénat vers des institutions plus classiques. L’une d’entre elles (pour l’opération « Contrepoint ») n’est autre que le... Musée du Louvre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°206 du 7 janvier 2005, avec le titre suivant : Exposition : mécénat à double vitesse

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