Architecture

Exposer l’archi

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 24 janvier 2008

Trop souvent cantonnées à un seul exercice de style destiné aux « professionnels de la profession », les expositions d’architecture sont, la plupart du temps, illisibles, voire rebutantes. De-ci de-là, les tentatives existent, tendant à les rendre plus accessibles. Parmi celles-ci, l’expérience récurrente, depuis deux ans et demi,
de la Galerie d’architecture
à Paris.

Le Centre Pompidou s’y est essayé avec bonheur, et notamment, à travers trois expositions de nature très différentes et consacrées à trois “monstres” de l’architecture. En l’occurrence, et par ordre d’entrée en scène, Christian de Portzamparc, Renzo Piano et Jean Nouvel, avec, pour le premier, l’emphase mise sur les maquettes, pour le deuxième sur le process, et pour le troisième sur l’image. Trois démarches extrêmement différentes, que l’on pourrait qualifier, dans l’ordre, de sensible, d’intellectuelle et de conceptuelle. Trois réussites exemplaires qu’un vrai succès public, trois fois n’étant pas de coutume, est venu saluer.

Pour autant, ces trois succès sont exceptionnels puisque les expositions d’architecture n’attirent, la plupart du temps, que des professionnels à l’affût de subtilités ou de tours de force parfaitement impénétrables par le plus grand nombre.

Mais, comment transposer des espaces en surfaces, ce qui est essentiellement tridimensionnel en deux dimensions ? Chacun à sa manière, Portzamparc, Piano et Nouvel ont su dompter la difficulté. Certes, les moyens mis en œuvre, financiers et spatiaux, dans ces trois cas, y sont pour beaucoup. Néanmoins, et même sans disposer de ces moyens, il est possible de monter des expositions d’architecture au propos clair et spectaculaire, à la scénographie simple et forte tout à la fois.
C’est ce à quoi s’attache depuis deux ans et demi la Galerie d’architecture.

Créée par le Tessinois Gian Mauro Maurizio et la Milanaise Olga Pugliese, tous deux architectes de formation et tous deux âgés de trente-six ans, la Galerie d’architecture a ouvert ses portes en septembre 1999 avec une exposition consacrée à l’atelier Seraji. Et d’entrée, elle s’est affirmée comme un lieu de rencontres, de confrontations, de débats et de convivialité, puisqu’à l’espace d’exposition proprement dit, se sont ajoutés une librairie (monographies, nouveautés et toutes les revues d’architecture françaises et étrangères) et un petit café.

Au cœur du Marais, à mi-chemin du Centre Pompidou et de la place des Vosges, la Galerie d’architecture a patiemment creusé son trou, et compte un public de plus en plus nombreux et divers.
“Aux tous débuts, notre public était essentiellement composé d’architectes et d’étudiants en architecture. Petit à petit, au fil du temps, le public s’est élargi à ce qu’il est convenu d’appeler les métiers de création : designers, graphistes, stylistes, journalistes, gens d’images... Depuis quelque temps, il est évident qu’il s’est encore élargi, surtout les week-ends où nous accueillons de plus en plus de visiteurs. Parmi eux, bien sûr, de simples curieux qui entrent presque par hasard, au gré de leur promenade. Ce ne sont pas les moins intéressés, et il n’est pas rare de les voir revenir régulièrement”, confie Olga Pugliese. La réussite de la galerie tient en grande partie à la qualité de ses présentations, à l’effort de mise en scène et de mise en perspective. Des expositions comme “Digit-all Studio”, “Mario Cucinella” ou, plus récemment, “Shigeru Ban”, aux scénographies intelligentes et plurielles, y sont pour beaucoup.

Tout comme l’actuelle exposition consacrée à “l’atelier d’architecture Brenac et Gonzalez” et scénographiée par Fabienne Couvert et Guillaume Terver dans une configuration qui rappelle, surdimensionnée, un jeu de cubes, elles apportent un regard autre sur l’architecture (jusqu’au 28 avril). Les deux prochaines seront dédiées au jeune Patrick Berger (15 mai-17 juin) et aux architectes consacrés Chemetov et Huidobro (20 juin-20 juillet).

L’aventure de la Galerie d’architecture est d’autant plus remarquable qu’elle fonctionne sans la moindre subvention publique, exclusivement sur fonds propres. Sachant, bien sûr, que dans une exposition d’architecture, aucune œuvre n’est à vendre. C’est donc à chaque fois la même course contre la montre qui s’organise : trouver des mécènes et des sponsors... “Un exercice qui est stimulant, passionnant mais épuisant”, avouent les deux associés.

Alternant découvertes et confirmations, analyses et convivialité, la Galerie d’architecture a su, en tout juste deux ans et demi, et malgré son indépendance – et donc sa fragilité – financière, s’édifier une place de choix dans le paysage architectural français.

- La Galerie d’architecture, 11 rue des Blancs-Manteaux, 75004 Paris, tél. 01 49 36 64 00, tlj sauf lundi et dimanche 11h-19h30. Internet : www.galerie-architecture.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°147 du 19 avril 2002, avec le titre suivant : Exposer l’archi

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