Festival

Été indien

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 9 juin 2006

Forte du succès de Lille 2004, la ville du Nord veut se parer d’une image culturelle en accueillant l’Inde.

LILLE - Au cours d’une longue conférence de presse, le 30 mai, Martine Aubry, maire de Lille, et Didier Fusiller, grand ordonnateur des festivités, accompagnés d’un aréopage d’artistes et de professionnels de la culture, ont égrené la longue liste de la programmation de « Lille 3000 ». Annoncé dès mars 2005, ce nouvel événement culturel nordiste a pour double vocation de ne pas « laisser retomber l’énergie de Lille 2004 » et d’affirmer que la « culture tient une place majeure dans la métropole », selon les termes de Martine Aubry. L’essentiel des manifestations, intitulées « Bombaysers de Lille » et qui démarreront par une grande parade le 14 octobre, sera ainsi consacré à l’Inde. Le principe est similaire à Lille 2004, avec un savant mélange de manifestations populaires, de métamorphoses dans la ville ponctuées de spectacles de musique, danse, ou opéra, mais aussi d’un copieux programme d’expositions.
« J’ai toujours été attiré par ce que je ne connaissais pas, explique Didier Fusiller, directeur de Lille 3000, pour justifier ce choix de l’Inde. Pour cette programmation, nous avons été guidés par des artistes, des acteurs ou des cuisiniers indiens. Nous avons privilégié ces points de vue multiples, sans idées préconçues. » De fait, les expositions feront la part belle aux jeunes plasticiens indiens, quasiment inconnus en France. Dans cette offre hétéroclite, Martine Aubry a toutefois souhaité donner une connotation politique à l’événement, en soulignant l’importance de deux expositions : « Futurotextiles » (Tri Postal), destinée à servir de vitrine à l’industrie textile innovante de la région, et « Le Corbusier à Chandigarh » (Musée des beaux-arts de Tourcoing), qui lui donnera l’occasion de s’interroger sur la ville de demain. La maire de Lille n’a en effet jamais caché son hostilité aux théories urbaines corbuséennes. Quelques expositions échapperont également à la thématique indienne, notamment à la Piscine de Roubaix – laquelle s’ouvrira au design finlandais –, et au Palais des beaux-arts de Lille, où se tiendra « L’homme paysage », un regard croisé entre arts ancien et contemporain sur le thème de la métamorphose de la nature à travers la vision humaine. Enfin, l’ensemble se refermera par la présentation d’une partie de la collection de vidéos et de photographies du milliardaire François Pinault. Organisée sous la houlette de Caroline Bourgeois, directrice artistique du Plateau, à Paris, l’exposition occupera la totalité des 6 000 mètres carrés du Tri Postal, et permettra de découvrir un certain nombre d’œuvres inédites.

La Communauté d’agglomération réticente
Si le succès est au rendez-vous, cette première édition de Lille 3000 pourrait se poursuivre sur le rythme biennal jusqu’en 2012, avec des éditions successivement consacrées à l’Europe orientale, à l’Asie du Sud-Est ou aux Amériques, pour finir avec une grande exposition internationale à dimension urbaine, organisée parallèlement aux Jeux olympiques de Londres. Mais entre-temps, il faudra passer le cap des élections municipales de mars 2008. Contrairement à l’unanimité qui avait régné autour de Lille 2004, Martine Aubry a rencontré cette fois-ci des difficultés à convaincre de l’intérêt de cette nouvelle manifestation. En avril, la Communauté d’agglomération a refusé en effet de voter une subvention de 350 000 euros, qui a finalement été abondée par le conseil général du Nord. Le budget global de Lille 3000 s’élève à 7,8 millions d’euros, dont 3,8 sont issus de financements privés.

Un corbeau au Palais des beaux-arts de Lille

Le 24 mai, Alain Tapié, directeur du Palais des beaux-arts de Lille depuis 2003, a été entendu pendant plusieurs heures au service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Lille, alors que son bureau était perquisitionné. Une enquête a en effet été ouverte à la suite de l’envoi de plusieurs lettres anonymes au procureur de la République. Ces courriers dénoncent l’existence d’un projet de convention entre la Société des Amis des musées de Lille et la société gestionnaire du restaurant du musée. Pour sa part, Alain Tapié nous a affirmé que « ce projet de convention n’a jamais été signé et qu’il est resté à l’état de brouillon ». Par ailleurs, le conservateur a dû répondre d’une autre accusation concernant sa prise de fonctions à Lille. « Quand j’ai quitté Caen, j’ai profité d’un convoiement de tableaux pour faire venir mes instruments de travail, c’est-à-dire mes livres et ma bibliothèque. La contribution du personnel municipal au transport d’instruments de travail de façon exceptionnelle est considérée comme courante dans les musées », nous a précisé Alain Tapié. Le conservateur en chef, qui a reçu le soutien de l’Association des conservateurs des musées du Nord - Pas-de-Calais, s’estime victime d’une campagne de déstabilisation liée à sa démarche de restructuration du musée. La Mairie de Lille se refuse pour l’heure à tout commentaire.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°239 du 9 juin 2006, avec le titre suivant : Été indien

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