Mercredi 26 janvier 2022

Questions d'actu

Entretien : Jean-Michel Tobelem

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 20 février 2012 - 722 mots

Alors que le ministère de la Culture lançait il y a plus d’un an un
« plan musées en régions », la Cour des comptes dénonce, dans son rapport pour 2011, le parisianisme des grands travaux culturels.

L’œil : Le ministère de la Culture a lancé il y a plusieurs mois un « plan musées en régions ». Ce plan vous a-t-il semblé à la hauteur des besoins des musées régionaux ?
Jean-Michel Tobelem : L’essentiel des projets concernés sont en réalité des opérations qui avaient déjà été programmées dans le cadre des contrats État-région. Par ailleurs, tout le monde a convenu de la faiblesse des montants engagés. L’État ne se retire pas des projets en région, mais il ne distribue que des sommes très modestes.

L’œil : La Cour des comptes vient de dénoncer les dérives des grands projets culturels. Que faut-il penser de ces investissements alors que le ministère de la Culture peine à mobiliser soixante-dix millions d’euros pour les musées ?
J.-M. T. : Il faut tirer les conséquences de ce qui est écrit dans la « loi musées », qui indique que l’État doit se concentrer sur ses propres opérations et que les musées territoriaux sont d’abord pris en charge par les collectivités locales. Les parlementaires ont validé ce texte. Ce qui est toutefois gênant, c’est que l’État se focalise sur des opérations qui, à l’exception du MuCEM de Marseille, sont regroupées sur Paris et la région parisienne. Or, politique nationale ne veut pas dire politique pour la capitale. La Maison de l’histoire de France aurait pu ainsi être installée dans le Val de Loire ! Les Parisiens sont extraordinairement gâtés. Mais il faudrait une décision politique d’un très grand courage pour inverser cette tendance. J’espère toutefois que lorsque l’on rénovera le Musée de la marine, il sera transféré à Brest ou à Toulon !

L’œil : L’investissement est-il le seul levier pour valoriser ces musées régionaux ?
J.-M. T. : Certaines rénovations doivent être menées, car quelques musées, comme Reims, attendent depuis trop longtemps leur mise à niveau. Mais il existe aussi d’autres moyens pour agir de façon décisive. Le Centre Pompidou mobile est présenté comme un objet de démocratisation, mais il reste très coûteux. Or, les mêmes œuvres pourraient être présentées dans les musées locaux ou même dans des lieux publics, comme cela avait été fait dans le Nord-Pas-de-Calais lors de l’opération des « Beffrois de la culture ». Je ne vois pas où réside l’obligation de recourir à des dispositifs onéreux pour présenter des œuvres des musées nationaux en région. Une des voies possibles serait d’envoyer des œuvres dans le réseau de musées existant et de formaliser cela dans le cadre d’une mission territoriale liant établissements nationaux et territoriaux. Cela signifierait travailler en partenariat pour permettre aux musées régionaux d’accéder à des expositions de niveau national ou international. Très peu de musées peuvent y prétendre, et c’est anormal.

L’œil : Que préconisez-vous ?
J.-M. T. : Il existe là un champ de réflexion pour les parlementaires sur la manière de faire venir au musée des visiteurs pour optimiser le fonctionnement du parc muséal. Si le ministère de la Culture ne s’assigne pas cette mission, les responsables territoriaux doivent s’en saisir et la seule réponse ne réside pas dans la création d’antennes ou de musées mobiles. Un musée vit par sa capacité à fabriquer des événements. Deux orientations sont possibles : soit créer des passerelles entre musées territoriaux et nationaux pour la conception de projets, soit doter la France d’un outil comparable à celui dont disposent les Suédois, un organisme public capable de concevoir et de faire circuler des expositions sur tout le territoire.

70 MILLIONS D'€
C’est le budget consacré par le ministère de la Culture au « plan musées en régions » sur la période 2011-2013. Soit une somme modeste rapportée au nombre de projets, qui concernent 79 établissements.

1,9 MILLIARDS D'€
C’est la somme engagée entre 2006 et 2011, d’après la Cour des comptes, pour achever ou lancer 35 grands chantiers du ministère de la Culture.

« En revitalisant le tissu des musées en région, en renforçant sa diversité, […] le plan musées traduit […] l’ambition d’un nouvel équilibre entre un État partenaire, incitateur et acteur, et les promoteurs de la culture en région. »
Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, le 9 septembre 2010.

Repères

Jean-Michel Tobelem est docteur en gestion et directeur d’Option Culture, cabinet d’ingénierie culturelle et touristique. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur la gestion des musées.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°644 du 1 mars 2012, avec le titre suivant : Entretien : Jean-Michel Tobelem

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