Dimanche 21 octobre 2018

Collections nationales

Des pièces de Cluny dispersées aux enchères

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 2 décembre 2005 - 671 mots

Le Musée national du Moyen Âge-Thermes de Cluny tente de récupérer les objets de la fondation Rothschild légués à l’institution et vendus à Drouot en 2001.

 PARIS - Nouveau coup de théâtre pour la vente Daguerre du 14 décembre 2001 à Drouot. Après l’affaire de la table Boulle achetée par le couple Pinault, qui en conteste l’authenticité en justice (lire le JdA no 224, 4 novembre 2005, et le JdA no 142, 8 février 2002), c’est au tour du Musée national du Moyen Âge-Thermes de Cluny, à Paris, de semer le trouble. En effet, plus de trois ans après la vente, l’institution réclame le retour de treize pièces d’orfèvrerie faisant partie de l’inventaire de ses collections.
L’ensemble des cent quarante-sept lots de la vente aux enchères provenait de la fondation Salomon de Rothschild. Bien que cette information ne fût inscrite nulle part au catalogue, nombre de personnes étaient au courant avant la vente, et les enchères avaient flambé. Or, la baronne Salomon de Rothschild, décédée en 1922, avait fait des dons d’objets d’art en faveur de certains Musées nationaux, parmi lesquels le Musée de Cluny. Celui-ci avait accepté le legs dans son intégralité et l’avait inscrit à son inventaire. Il avait cependant laissé sur place « un certain nombre de pièces qui ne pourront être désignées qu’après un examen méticuleux, en sorte que la totalité des objets légués appartiendrait aux collections de Cluny, mais qu’une partie d’entre eux demeurerait, à titre de dépôt, à l’hôtel Salomon de Rothschild », précise Edmond Haraucourt, le directeur du Musée de Cluny, dans une lettre du 1er octobre 1922 adressée au directeur des Musées nationaux. La non-réclamation immédiate au moment de la vente des treize objets figurant à l’inventaire de Cluny s’explique par l’absence de récolement systématique des musées comme de la fondation. « Ce n’est donc qu’en décembre 2004 que le directeur du Musée de la Renaissance [à Écouen, Val-d’Oise], procédant à partir des inventaires dûment établis au récolement des objets passés de Cluny à Écouen, constata l’absence de certaines pièces et fit le rapprochement avec la vente de 2001 », indique-t-on à la direction des Musées de France (DMF). Celle-ci précise qu’à part « une aiguière [adjugée 303 983 euros] qui portait bien un numéro d’inventaire qui aurait pu, à l’analyse, être reconnu comme une marque du Musée de Cluny, rien d’autre dans le catalogue ne permettait d’établir une corrélation avec les objets légués aux Musées nationaux par la baronne Salomon de Rothschild ».

Passeports accordés
Quelle ne fut pas la stupéfaction du commissaire-priseur Paul Renaud quand il a reçu, il y a quelques
semaines, une lettre des Musées de France lui demandant de bien vouloir lui communiquer les noms et coordonnées des adjudicataires de treize lots revendiqués ! « Je n’ai rien à me reprocher, insiste Paul Renaud. Les objets m’ont été confiés par la directrice de la fondation, qui a signé une réquisition de vente en bonne et due forme. Et je n’ai pas été prévenu de l’existence d’un legs. Du reste, la vente a fait l’objet d’une large publicité avec photos des objets. Le catalogue a été envoyé aux Musées de France une quinzaine de jours avant la vente. Il y a donc eu négligence, à la fois en amont, de la fondation, et en aval, des musées français. » Depuis, les acheteurs des treize lots réclamés ont tous reçu un courrier des musées leur précisant qu’ils avaient acheté des œuvres relevant du domaine public, et donc inaliénables. Six pièces ont été achetées par François Pinault et son épouse. Mécontent que la fondation Salomon de Rothschild n’ait pas fait le moindre geste à l’égard de leur table Boulle, le couple de collectionneurs a l’intention de se faire rembourser par la fondation ses six lots au prix fort, c’est-à-dire aux prix réactualisés du marché après expertise par un professionnel. Quant aux autres acheteurs, ils sont étrangers et comprennent mal que l’État leur réclame aujourd’hui des objets qui ont obtenu, sans difficulté aucune, un passeport pour leur sortie du territoire français !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°226 du 2 décembre 2005, avec le titre suivant : Des pièces de Cluny dispersées aux enchères

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