Mardi 11 décembre 2018

Des campagnes de sauvegarde timorées

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 507 mots

L’Unesco s’est fait une spécialité des grandes campagnes de sauvegarde. Mais le bilan sur le terrain est en demi-teintes. Exemples à Venise et à Huê.

Venise continue à s’enfoncer, et pourtant l’Unesco a mis fin, en 1992, à la campagne de sauvegarde lancée vingt-six ans auparavant pour sauver la prestigieuse cité des Doges.

Le 4 novembre 1966, le parvis de la Basilique Saint-Marc est noyé sous 1,25 mètre d’eau. Cette spectaculaire inondation fait prendre conscience de l’état désastreux dans lequel se trouve la ville. L’Unesco se lance alors dans une campagne intitulée "Sauver Venise", destinée à drainer des subsides du monde entier.

La mobilisation est au rendez-vous. Une vingtaine de comités nationaux se mettent en place. En avril 1973, une loi spéciale est votée par le parlement italien. Mais à Venise, les critiques fusent rapidement. On reproche la paralysie institutionnelle, les problèmes de coordination et, surtout, une sous-utilisation des fonds rassemblés.

Venise n’a pas été "sauvée"
L’Unesco, qui n’a pas les moyens d’agir, ne peut que constater les lenteurs sur le terrain. Certes, de 1966 à 1992, les comités privés ont restauré 76 monuments et édifices historiques ainsi que 800 peintures et sculptures. Les principaux monuments, tels que le Palais Ducal ou la Basilique Saint-Marc ont retrouvé une nouvelle jeunesse, mais des bâtiments pourtant inscrits comme prioritaires sur la liste établie en 1966 n’ont aujourd’hui encore, bénéficié d’aucune restauration.

C’est le cas par exemple de l’église Le Terese. Dans un rapport intitulé L’Unesco pour Venise, publié en 1993, l’organisation internationale estime que prolonger la campagne de sauvegarde entamerait sa crédibilité. Venise n’a finalement pas été "sauvée".

Huê, quatorze ans après
Quatorze ans après son lancement par l’Unesco, la campagne internationale de sauvegarde de Huê, capitale de la dernière monarchie du Viêt-nam (1802-1945), n’a aujourd’hui qu’un bien maigre bilan à son actif. Le temps, la pluie, le vent, les typhons, les termites ont abimé les panneaux de bois décorés qui font la réputation de la Cité impériale. Celle-ci est en fort mauvais état. Un incendie, en 1947, a ravagé presque tous les bâtiments de la Cité pourpre interdite, exclusivement réservée autrefois à la famille royale.

La Cité renferme, sur dix hectares, une cinquantaine d’œuvres architecturales, dont 43 ont été dévastées. À cela sont venues s’ajouter les guerres, et notamment les combats de 1968 qui ont détruit un certain nombre de monuments au sud de la ville. Pour l’instant, seules quelques opérations de sauvetage ont été réalisées. Entre 1990 et 1992, dix-huit opérations ont été conduites par les autorités vietnamiennes pour un montant de 350 000 dollars.

La firme française Rhône-Poulenc a signé cette année un accord avec l’Unesco pour le traitement contre les termites de trois édifices de la Cité impériale, grâce à un nouvel insecticide. Mais l’effort nécessaire pour sauver Huê est immense. La reconstruction à l’identique du Palais d’audience, qui a brûlé en 1947, est ainsi évaluée à 1,3 million de dollars. Reste à trouver l’argent. L’Unesco s’y emploie en proposant aux généreux donateurs des devis estimatifs pour les bâtiments prioritaires. Mais son action ne va pas au-delà.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Des campagnes de sauvegarde timorées

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