Dimanche 25 février 2018

Archéologie

Découverte à la « domus » des Valerii

Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2007

Une partie de la « domus » des Valerii, longtemps recherchée par les historiens,
a été mise au jour sous l’hôpital San Giovanni-Addolorata de Rome.

ROME - Lieu habituellement dévolu à l’accueil des malades, un hôpital public peut aussi réserver quelques surprises. C’est le cas de l’hôpital San Giovanni-Addolorata de Rome, où les travaux menés pour l’aménagement du nouveau service d’onco-hématologie ont conduit la Surintendance archéologique de la ville à l’une des plus grandes découvertes de ces dernières années. Une partie de la domus (grande maison urbaine) des Valerii, que les archéologues recherchaient depuis des décennies, a été exhumée accidentellement en creusant sous les fondations du bâtiment moderne.

Jardin de plaisance
La maison, dont l’existence est historiquement documentée, avait fait l’objet de fouilles pontificales dès le XVIe siècle. Mais les recherches en cours, menées sous la direction de Maria Rosaria
Barbera, révolutionnent notre connaissance de cette domus, probablement construite à l’époque du Bas-Empire (IIIe-IVe siècle).
Les archéologues ont mis au jour un viridarium (jardin de plaisance), décoré de fresques et pourvu d’un couloir – large de quatre mètres environ et long d’une dizaine de mètres –, également doté de fresques et muni d’un pavement de mosaïque blanche et noire. Il s’agit d’une extension de la villa, datant probablement du début du IIIe siècle. Elle est caractérisée par le contraste entre la mosaïque austère et la décoration éclatante des murs à panneaux blancs, ornés de frises végétales, de petites colonnes et de candélabres, et représentant des personnages au centre et des figures d’animaux sur les côtés. Le viridarium comporte d’autres décorations remarquables, tel ce treillis sur fond noir mis en relief par le vert du feuillage et égayé par la polychromie des demi-colonnes et des pilastres. Des pots de fleur contenant des restes végétaux, actuellement en cours d’analyse, ont par ailleurs été découverts sur le site.

Oratoire dans l’hôpital
Jusqu’à présent, la zone de l’Addolorata, où se trouve l’hôpital, a été moins explorée que la zone « Regio II » de la Rome augustéenne. Dans cette dernière ont surgi, surtout à partir du Ier siècle après Jésus-Christ, de somptueuses demeures aristocratiques avec jardins, des résidences et des casernes, prévues pour la défense d’une capitale qui n’était pas encore protégée par des remparts. La domus des Valerii était située entre la demeure de l’historien Lucius Marius Maximus, les villas des puissantes familles Simmacii et Quintilii, les jardins de Domitia Lucilla, mère de Marc Aurèle, et les terres impériales dites des « aedes Laterani » (d’où le nom de la zone). Les Valerii étaient une famille de souche noble, très en vue au IIIe siècle, dont plusieurs membres occupaient les plus hautes charges de l’empire. Au fil du temps, la domus devint tellement fastueuse que, au début du Ve siècle, Valerius Pinianus, le dernier de ses propriétaires, ne réussit pas à la vendre. Elle fut alors abandonnée et pillée par les hordes d’Alaric Ier, roi des Wisigoths, en 410. Un hospice portant le nom de la famille fut par la suite construit sur le même site. En détruisant les couches les plus superficielles de la domus et les modifications datant de la basse Antiquité et du haut Moyen Âge, les structures hospitalières du début du XIXe siècle ont effacé l’histoire de la célèbre demeure. Ce n’est qu’au cours de ces dernières années que la Surintendance archéologique a effectué des interventions ponctuelles (1989, 1992 et 2000), lesquelles ont contribué à offrir une vision plus complète de l’ensemble, qui est aujourd’hui modifiée par les dernières découvertes. Des objets appartenant à la domus des Valerii sont conservés au Musée National de Rome et d’autres ont été dispersés dans différentes collections italiennes – dont la célèbre mosaïque nilotique avec Pygmées de Naples. Les fresques et les pièces découvertes seront démontées, analysées et restaurées, avant d’être replacées dans un oratoire à l’intérieur même de l’hôpital San Giovanni-Addolorata.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°228 du 6 janvier 2006, avec le titre suivant : Découverte à la « domus » des Valerii

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