Mercredi 19 décembre 2018

De Primatice à Camille Claudel...

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 7 janvier 2005 - 801 mots

De nombreux trésors nationaux et œuvres d’intérêt patrimonial ont été acquis en 2004 grâce au mécénat d’entreprise. Des opérations spectaculaires.

 Trésors italiens
Lot de 130 dessins italiens acquis pour les musées français en mai 2004 par Carrefour (11,33 millions d’euros) n En mai 2004, le groupe Carrefour se portait acquéreur pour le compte de l’État d’un lot de 130 dessins italiens. D’un montant de 11,33 millions d’euros, il s’agit de la plus grosse opération de mécénat d’entreprise dans le domaine des acquisitions à ce jou. L’ensemble est exceptionnel à plus d’un titre. Constitué depuis 1972 par un grand collectionneur français (1), il offre un riche panorama de l’art italien de la Renaissance et du premier âge baroque (XVIe et XVIIe siècles). Les grands noms de ces périodes tels Parmesan, Lorenzo Lotto, Tintoret, Véronèse, Polidoro da Caravagio, Fra Bartolomeo, Bandinelli, Salviati, Vasari ou encore les Carrache figurent aux côtés de maîtres moins connus mais dont les œuvres, précieuses par leur rareté, témoignent d’une grande qualité plastique. Ils seront répartis de manière cohérente dans différents musées : Musée du Louvre (25 d’entre eux), Palais des beaux-arts de Lille (pour l’école romaine du XVIe siècle), musées des beaux-arts de Marseille (écoles florentine et siennoise), Orléans (écoles bolonaise et romaine du XVIIe), Rennes (écoles lombarde et émilienne), et enfin, musées de Toulouse (école de Vénétie). Excepté les deux trésors nationaux du lot, une Étude d’homme drapé (XVIe siècle) du Primatice, qui ira rejoindre le Louvre, et une Étude d’homme nu (XVIe siècle) de Bordone, destinée à Toulouse, les œuvres auraient été dispersées aux enchères à Londres et New York par Sotheby’s si la loi du 1er août 2003 n’avait été votée.

(1) probablement Juan de Beistegui, neveu du donateur du Louvre Carlos de Beistegui et ancien propriétaire du château de Groussay, à Montfort-l’Amaury dans les Yvelines.

Un roi venu du Mali
Statue Djennenké-Sonninké acquise pour le Musée du quai Branly en juin 2004 par Axa (4 millions d’euros) n Peu après avoir acquis pour le Louvre deux sanguines de Fiorentino, le groupe de sociétés d’assurance a offert au futur musée des arts premiers une statue en bois du Xe ou XIe siècle, originaire de la région de Djennenké à l’ouest du pays Dogon, au Mali. Haute de 191 cm, la sculpture est une figuration androgyne du « roi de paix », présenté dans sa dimension féconde, protectrice et médiatrice, les bras tendus vers le monde divin. Porteur de jumeaux respectueusement agenouillés, cet ancêtre au visage sévère et réaliste transmet l’idée de perfection et d’immortalité. La partie supérieure du personnage est soulignée par trois colliers de perles et de scarifications d’une grande minutie, qui participent pleinement à son raffinement.

Claudel chez Rodin
La Jeune fille à la gerbe (1906) de Camille Claudel acquise pour le Musée Rodin en septembre 2004 par Natexis Banques populaires (270 000 euros) n La terre cuite réalisée par Camille Claudel, La Jeune Fille à la gerbe, a enfin pu rejoindre Galatée, sa traduction en marbre réalisée par Auguste Rodin, au sein du musée parisien dévolu au sculpteur. L’intérêt du mécénat de Natexis Banques populaires ne réside pas seulement dans l’acquisition de l’œuvre, mais aussi dans son partenariat avec le C2RMF (1), le laboratoire des musées de France procédant actuellement à l’examen de la statue. Le programme scientifique, historique et artistique ainsi lancé devrait permettre d’en savoir plus sur l’influence mutuelle du maître et de l’élève, comme sur leur tumultueuse relation. Si la terre cuite est signée Camille Claudel, la Galatée fut exposée dès 1889 sous le nom de Rodin. Aujourd’hui encore, il est difficile de déterminer avec précision ce qui revient à chacun.

(1) Centre de recherche et de restauration des musées de France

La grâce Rimpa
Paire de paravents japonais d’Ogata Kôrin (XVIIIe siècle) acquis pour le Musée des arts asiatiques-Guimet en septembre 2004 par le Crédit agricole (2,44 millions euros) n Constituée de six volets, signée et marquée du sceau d’Ogata Kôrin, la paire de paravents aux chrysanthèmes a rejoint les collections du Musée Guimet, à Paris, grâce au mécénat du Crédit agricole. Depuis une dizaine d’années, la banque épaule le département japonais de l’institution par le biais d’acquisitions significatives, mais c’est la première fois qu’elle bénéficie des nouvelles dispositions fiscales. Pour le musée, il s’agit d’une opération de grande importance puisque la plupart des œuvres d’Ogata Kôrin, grand peintre de l’époque d’Edo et auteur principal de l’école Rimpa, sont conservées au Japon, notamment au Musée Nezu à Tokyo. Composé autour d’un thème floral unique, la paire de paravents aux chrysanthèmes est parfaitement représentative de l’esthétique Rimpa. Elle associe des techniques spectaculaires et séduisantes – mêlant poudre d’or, lavis d’encre et colorés, et gaufrage – à un travail particulièrement minutieux qui construit un espace en trois dimensions et donne l’idée de profondeur avec pour seuls motifs des chrysanthèmes sur un fond nu.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°206 du 7 janvier 2005, avec le titre suivant : De Primatice à Camille Claudel...

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