Conflit de galeristes

Par Vincent Noce · Le Journal des Arts

Le 10 mai 2017 - 593 mots

PARIS - Les circonstances dans lesquelles Philippe Koutouzi en est venu à acquérir les droits de T’ang Haywen sont vivement contestées depuis des années par le galeriste parisien Enrico Navarra, qui s’est fait le porte-parole de cette cause.

À la mort de l’artiste, Philippe Koutouzi s’est engagé dans des recherches familiales, disant avoir retrouvé son frère cadet, en 1994, dans sa ville natale. Par un acte authentique, celui-ci lui a confié le soin de récupérer l’héritage, en lui cédant les droits patrimoniaux pour un franc symbolique. Nommé représentant de la succession, Philippe Koutouzi indique lui avoir fait parvenir les 250 000 francs résultant de la vente des domaines. De son côté, il s’engageait à mettre en valeur, par des expositions et la mise en route d’un catalogue raisonné, une œuvre alors ignorée.

Pour Enrico Navarra, qui détient lui aussi des peintures de l’artiste et aurait voulu lui-même rédiger le catalogue raisonné, cette histoire serait un montage opéré avec la complicité du notaire, l’homme retrouvé en Chine n’étant pas apparenté à T’ang. En septembre 2011, il a déposé plainte pour faux et escroquerie. Au terme de près de cinq ans d’enquête menée par l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, l’instruction aboutissait à un non-lieu. En juin 2015, Enrico Navarra a néanmoins déposé une seconde plainte. Suivant les réquisitions du parquet, la juge Marine Fontange vient à nouveau d’ordonner un non-lieu, le 18 avril 2017, considérant que le plaignant n’avait fait que réitérer les mêmes arguments, qui n’avaient permis d’aboutir à « aucune charge contre quiconque ».

L’affaire Chu Teh-Chun
Philippe Koutouzi, lui, se dit victime d’un acharnement procédurier de la part du galeriste parisien, dans un conflit étalé de longue date en place publique. Il en veut encore pour preuve une procédure dont il vient d’être débouté. Le contentieux portait sur un contrat signé en 2003 par un autre artiste d’origine chinoise, Chu Teh-Chun, disparu en 2014, qui autorisait la production de 1 152 céramiques à partir de 24 de ses dessins, dont une partie pouvait revenir à la galerie Navarra, à condition de percevoir des royalties fixées à 14 %. Quatre ans plus tard, l’artiste, représenté par Me William Bourdon, a allégué une rupture de contrat pour manquement aux obligations. Il reprochait à la galerie de n’avoir pas payé le pourcentage prévu lors des ventes de 2006, de n’avoir pas soumis systématiquement un bon à tirer et d’avoir manqué de produire le nombre minimum de céramiques prévu chaque année, établi à 240. L’artiste réclamait la fin de la production, l’arrêt de toute exposition et le retour des pièces déjà produites. La galerie a contesté ces accusations, en lui reprochant d’avoir pris huit mois de retard sur la livraison des dessins originaux.

Dans le même temps, Chu a signé un accord avec la Manufacture nationale de Sèvres et la galerie Marlborough pour produire 57 vases peints à la main. Le conflit s’est envenimé quand son avocat a contacté Christie’s l’année suivante pour l’intimer de retirer douze céramiques mises aux enchères à Hongkong par Navarra, tout en publiant une annonce dans Le Journal des Arts avertissant les lecteurs de cette action. En 2010, Enrico Navarra a lancé une première procédure à New York pour concurrence déloyale, publicité mensongère et dénigrement commercial. Il a été débouté. Il est revenu à la charge en 2013 en accusant Marlborough et son collaborateur d’alors, Philippe Koutouzi, d’interférence délictuelle avec un contrat. En substance, il les accusait d’avoir manipulé un artiste affaibli afin d’éliminer la concurrence. Dans son jugement du 5 avril, le tribunal a estimé qu’il n’apportait pas d’élément probant de manœuvres frauduleuses. Enrico Navarra escompte relever appel.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°479 du 12 mai 2017, avec le titre suivant : Conflit de galeristes

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