Entretien

Christina Weiss : "Un cauchemar bureaucratique"

Le Journal des Arts

Le 26 septembre 2003

En 1998, un nouveau ministère, le Bundesbeauftragte für Kultur und Medien (ministère de la Culture et des Médias), a été créé pour promouvoir et soutenir la politique culturelle allemande au niveau fédéral. Christina Weiss, qui a été pendant dix ans adjointe à la Culture à la Ville de Hambourg, est depuis octobre 2002 ministre d’État déléguée à la Culture et aux Médias. Elle a répondu à nos questions.

Le gouvernement Schröder fait beaucoup pour la culture. Quelles sont ses priorités ?
Notre système fédéral est très rigide, en particulier à propos de la “Hoheit der Kultur” (souveraineté en matière culturelle) dans les Länder. Chaque État fédéré est responsable des événements culturels sur son territoire. D’un point de vue fédéral, le gouvernement Schröder est décidé à s’investir dans le soutien et la promotion de la culture – comme par le passé –, sur une base discrétionnaire et via le ministère de l’Intérieur. Le chancelier Schröder voulait faire de la culture l’un des domaines prioritaires du gouvernement. Avec mes prédécesseurs (Michael Nauman, puis Julian Nida-Rümelin), il a initié une série d’études sur les événements culturels qui pouvaient être organisés au niveau fédéral en Allemagne. Le gouvernement fédéral a ainsi décidé de se charger de plusieurs institutions ou projets à échelle nationale, soit, entre autres, à Berlin, le Musée juif et le Deutsches Historisches Museum (Musée historique allemand), la rénovation des bâtiments sur “l’île des musées” et, à partir de 2004, l’Akademie der Künste (l’Académie des beaux-arts) et la Deutsche Kinematek (Cinémathèque allemande). Berlin étant la capitale, elle représente la Nation et le gouvernement lui a alloué un budget annuel de 300 millions d’euros.

La crise économique, au niveau municipal comme national, aura-t-elle des conséquences sur votre soutien aux institutions culturelles ?
Nous devons étudier la question. L’Allemagne est un pays qui a une haute idée de la culture, et le paysage culturel y est très dense – il n’a presque pas d’équivalent dans le monde. Nos institutions culturelles, nos musées et nos théâtres étaient autrefois très riches. Jusque dans les années 1990, ils étaient rentables et pouvaient même dégager un profit situé entre 3 et 5 % de leur budget. Aujourd’hui, nous devons comprendre les raisons de la crise actuelle, et nous demander quelle est l’adaptabilité de ces institutions. Sont-elles prêtes à s’adapter, à évoluer avec le temps et à répondre de manière adéquate à un changement de budget ? Certains des départements sont des cauchemars bureaucratiques ; le coût de la structure et du personnel ne laisse plus de crédits pour les événements culturels. Je suis convaincue qu’une réforme structurelle est essentielle.

Mais, tandis que les municipalités et les régions traversent une crise financière, la fondation culturelle fédérale, la Bundeskulturstiftung (KSB), jouit d’un budget important. Par ailleurs, les Länder ont refusé une fusion entre la KSB et leur propre fondation culturelle, la Kulturstiftung der Länder (KSL).
À partir de 2004, la KSB aura un budget fixe de 38,4 millions d’euros par an. La création de la KSB était un enjeu crucial sur le plan politique et culturel pour le gouvernement, et les Länder l’ont votée, à condition d’une fusion avec la KSL. Cette dernière est plus modeste et opère avec un budget moins important, dont la moitié provient du gouvernement fédéral. La fusion fut à l’origine demandée par les Länder, mais le président du conseil de Bavière, Edmund Stoiber, a fait clairement savoir que cette fusion n’aurait lieu que si les Länder disposaient d’un droit de veto sur les projets, ce qui est, pour nous, inacceptable.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°177 du 26 septembre 2003, avec le titre suivant : Christina Weiss : "Un cauchemar bureaucratique"

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