Vendredi 22 novembre 2019

Paris

Christie’s va vendre une collection de mobilier exceptionnel

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 12 novembre 2007 - 508 mots

Découverte de la collection Smadja, réunie au sortir de la guerre et prometteuse d’enchères flamboyantes.

 PARIS - Le 19 décembre, une soixantaine de pièces de mobilier XVIIIe français, issue de la collection parisienne René Smadja et préservée dans la famille depuis près de 60 ans, sera dispersée à Paris chez Christie’s sur une estimation de 3 millions d’euros. Cet ensemble remarquable qui fera l’objet d’un catalogue à part à l’occasion d’une vente de prestige du soir, apparaît comme un événement au moment où le marché est au plus fort pour les objets « top » qualité. Pour mémoire, la soixantaine de lots de la collection Jean Rossignol avait totalisé 15,8 millions d’euros le 13 décembre 2005 chez Artcurial.

Lots d’exception
René Smadja dont le frère, Henri, était le propriétaire du quotidien Combat né pendant la Seconde Guerre mondiale, habitait un hôtel particulier, rue Adolphe Yvon, dans le 16e arrondissement de Paris. Il le meubla avec du mobilier Louis XV et Louis XVI, dans les années 1947-1950. Une partie des meubles et objets d’art fut acquise chez l’antiquaire parisien Seligmann, notamment une paire de fauteuils à la reine d’époque Louis XVI, estampillée Claude Chevigny et estimée 300 000 à 500 000 euros ; un canapé d’époque Louis XV attribué à Nicolas Heurtaut, estimé 250 000 à 400 000 euros, et une paire de grands candélabres à cinq lumières d’époque Louis XVI, estimée 250 000 à 400 000 euros. Deux lots d’exception couronnent la vente : un paravent à cinq panneaux en tapisserie de la Savonnerie, d’époque Louis XV, estimé 500 000 à 800 000 euros, et une paire d’appliques rocaille en vermeil par Michel II Delapierre (1750), aux armes de la famille Gaigneron, estimée seulement 100 000 à 150 000 euros. Cette paire, qui a fait partie d’une exposition sur l’orfèvrerie française au Musée des Arts décoratifs à Paris en 1936, est la seule répertoriée au monde. Pour Adrien Meyer, directeur du département Mobilier, « les objets sont d’une rareté et d’une qualité exceptionnelles, que ce soit les appliques en vermeil, uniques, ayant survécu aux fontes révolutionnaires ; le canapé Louis XV qui est l’expression du goût rocaille à son apogée ; le paravent en Savonnerie, l’un des rares exemplaires encore en mains privées ; les fauteuils par Chevigny, de qualité muséale par leur sculpture ambitieuse, délicatement ouvragée ou encore le coffre en laque de Chine, reposant sur un piétement en bois doré spécialement conçu, d’époque Régence [estimé 200 000 euros minimum]. Tous ces objets, synthétisant la variété des styles au siècle des Lumières, mais aussi la multitude des techniques, n’ont pas quitté leur écrin depuis la Seconde Guerre mondiale. Leur apparition est une bonne surprise pour le marché. »
La collection Smadja comprend également une dizaine de tableaux, principalement des écoles flamandes et hollandaises du XVIIe siècle, qui sera vendue à Londres les 6 et 7 décembre. En exergue, une huile sur panneau de Salomon van Ruysdael, La Halte devant une auberge de campagne (1644), est estimée 400 000 à 600 000 livres (600 000 à 800 000 euros). René Smadja l’avait achetée pour 1,6 million de francs dans une vente de Maurice Rheims en 1948 à Drouot. Saisi par les Allemands en 1941 puis conservé dans la collection de Hermann Goering jusqu’en 1945, ce tableau constitue un rare exemple d’œuvres spoliées restituées juste après la guerre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°268 du 2 novembre 2007, avec le titre suivant : Christie’s va vendre une collection de mobilier exceptionnel

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