Samedi 24 février 2018

Budget de la Culture : le 1 %, et alors ?

Le Journal des Arts

Le 8 février 2008

Avec le 1 % comme argument électoral, Catherine Tasca a présenté son projet de budget de la Culture pour 2002. Toute relative, cette hausse fait la part belle au spectacle vivant et laisse les arts plastiques dans leur ombre. Autre priorité, l’augmentation des crédits du patrimoine apparaît un peu en trompe l’œil. Quant aux créations de postes, limitées à 150, elles restent insuffisantes face aux besoins réels, notamment en régions.

PARIS - La campagne électorale a commencé avec la présentation du budget. Lors de sa conférence de presse, qui a tourné à l’exercice d’autosatisfaction, Catherine Tasca a rappelé la forte augmentation des crédits de la Culture depuis l’arrivée de la gauche au gouvernement en 1997. Avec 17,068 milliards de francs (2,6 milliards d’euros), ils ont augmenté de 16 %, “ce qui signifie que nous avons désormais récupéré le terrain perdu et que nous avons retrouvé la capacité d’agir et de mobiliser”. Atteindre enfin 1 % du budget global constitue, selon la ministre, le signe de l’engagement de Lionel Jospin sur ce sujet. Mais que signifie aujourd’hui ce chiffre symbolique alors que les charges pesant sur le ministère ont considérablement augmenté (BnF...) et continuent de s’accroître ? En outre, ce bel édifice pourrait être un peu bouleversé après les élections présidentielles et législatives, qui entraînent généralement un collectif budgétaire rectificatif. Ainsi, en 1997, les crédits de la Culture avaient subi une sévère restriction. De plus, si les prévisions de croissance sur lesquelles est fondé le projet de loi de finances s’avéraient être trop optimistes, quelques ajustements douloureux s’imposeraient.

En attendant, les moyens nouveaux permettent à Catherine Tasca d’annoncer 350 créations d’emplois, dont 200 titularisations. Cela signifie que le passage aux 35 heures à la Culture se fera quasiment à effectifs constants. Quant aux emplois jeunes, l’arrivée à terme de contrats, l’an prochain, fragilise le secteur culturel dans lequel ils sont nombreux. Beaucoup d’associations y ont recouru, obtenant, de fait, une subvention qu’elles voudraient voir reconduite. Rassurante sur ce point, la ministre a indiqué que “le gouvernement travaille pour organiser une sortie maîtrisée et apporter une aide financière aux associations concernées”.

Arts plastiques
S’ils entendent profiter pleinement du 1 %, les artistes, eux, auraient peut-être intérêt à mettre en avant leur interdisciplinarité. La création vivante, et plus particulièrement, la danse contemporaine, les musiques actuelles, les arts de la rue et le cirque constituent en effet les priorités ( 160 millions de francs) du ministère. L’engagement sur les arts plastiques fait à côté pâle figure. L’accent a été mis sur le Centre de la jeune création du Palais de Tokyo, dont l’ouverture se traduit par l’attribution définitive de la dotation de fonctionnement de l’État. Prise sur les fonds de la Délégation aux arts plastiques (DAP), dont les crédits d’interventions augmentent de 13,61 millions (contre 22,01 l’année dernière), cette somme s’élève à 11,5 millions, dont 1,5 pour le Pavillon, l’école abritée en son sein. Il reviendra toutefois à l’établissement de compléter son budget par des recettes propres. Outre 3 millions de francs dégagés par les concessions de la librairie, du restaurant, de la boutique et de la billetterie, entre 5 et 6 millions supplémentaires devraient provenir de partenaires privés. La Caisse des dépôts et consignations qui ferme son espace du quai Voltaire pour continuer sa programmation au Palais de Tokyo amène déjà un million de francs pour la production d’œuvres. Enfin, la contribution d’Hennessy (groupe LVMH) se chiffre à 2 millions par an.

La DAP, quant à elle, déménagera l’année prochaine rue des Petits-Champs dans le IIe arrondissement de Paris. Le choix initial de préfabriqués porte de La Villette a finalement été écarté pour des “raisons techniques”. Mais cette proximité géographique avec la Rue de Valois paraîtra sans doute mineure aux acteurs culturels de la province. Contrairement aux promesses formulées par Catherine Trautmann lors de l’annonce de la fondation du Centre de la jeune création, le rééquilibrage entre Paris et la Province réclamé depuis dix ans n’a toujours pas eu lieu. Fonds régionaux d’art contemporain (Frac) et centres d’art devront se contenter d’une hausse de leurs dotations de 3,21 millions de francs. De quoi encourager certains à regarder avec envie les sommes engagées dans la programmation sans risques de la Galerie nationale du Jeu de Paume, dont l’objectif initial n’est pas sans rappeler celui du Palais de Tokyo.

Musées, patrimoine, architecture
Sur l’autre rive de la Seine, encore 150 millions de francs sont mobilisés pour la construction du Musée du quai Branly, auxquels s’ajoutent près de 10 millions destinés à des créations d’emplois, aux opérations culturelles liées aux événements de préfiguration, à la poursuite du chantier des collections et aux éditions. Mais, déjà, de nouvelles institutions se profilent à l’horizon : le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée qui doit ouvrir à Marseille en 2007 (deux millions supplémentaires ont été ajoutés au Fonds du Patrimoine en vue d’enrichir les collections de cette future institution) ; et l’Institut national d’histoire de l’art (2,8 millions, et autant à la charge de l’Éducation nationale). Enfin, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Chaillot, dont le chantier doit commencer au printemps 2002, l’ouverture, attendue encore récemment pour juin 2003, n’interviendra pas avant la fin de cette même année. Aux 40,3 millions d’autorisations de programme s’ajoutent 6,28 millions pour la mission de préfiguration et 2 millions pour les acquisitions du futur Musée d’architecture.

Dans le cadre des emplois nouveaux, 35 postes seront créés pour l’Institut de recherche et d’archéologie préventive, l’établissement public qui remplace l’Afan. En revanche, “pour renforcer les moyens humains qui travaillent dans les services départementaux de l’architecture et du patrimoine ou dans les Drac”, seuls treize postes supplémentaires seront ouverts, dont dix architectes-urbanistes d’État (les ABF). Les trois restants pourraient permettre le recrutement de conseillers pour l’architecture au sein des Directions régionales des affaires culturelles ; actuellement au nombre de huit, ils devraient à terme êtres présents dans chaque région. Dire que ces mesures ne répondent pas aux besoins et aux attentes constitue un doux euphémisme. Dans le contexte de sous-effectif chronique affectant les services déconcentrés de l’État, un effort massif serait pourtant nécessaire, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la loi sur l’archéologie préventive.

Cela n’empêche pas Catherine Tasca d’affirmer que le patrimoine constitue une de ses trois grandes priorités dans l’affectation des moyens nouveaux. Si le budget total alloué au patrimoine progresse de 4,28 %, cette augmentation profite uniquement aux monuments appartenant à l’État ( 5,73 %) et aux opérations exceptionnelles ( 14,06 %). Sont concernés par cette dernière catégorie, le Grand Palais (dont l’étude de programmation doit être réactualisée), l’Opéra Garnier, le Palais de Chaillot, Versailles et le Louvre : la centralisation bat son plein. De toute façon, l’augmentation des crédits de restauration ne constituera pas en soi un gage de meilleure protection du patrimoine, tant que les crédits continueront d’être concentrés pour l’essentiel sur des monuments prestigieux, de plus en plus souvent sur-restaurés.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°133 du 28 septembre 2001, avec le titre suivant : Budget de la Culture : le 1 %, et alors ?

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