Jeudi 13 décembre 2018

Polémique

Boulogne se défend

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 mai 2005 - 969 mots

Les arguments des deux parties s’entrechoquent.

 PARIS - La tribune de François Pinault publiée dans Le Monde le 10 mai revient en boucle sur les lenteurs administratives du chantier. Les délais se sont-ils plus étirés que dans la moyenne des grands travaux ? « La Grande Arche a vu le jour en 1989 après un concours lancé en 1982. Le Guggenheim de Bilbao a été inauguré en 1997, sept ans après les premières tractations entre le musée new-yorkais et les autorités locales. L’aménagement du port du Guggenheim à Bilbao n’est d’ailleurs pas terminé », réplique Jean-Louis Subileau, directeur délégué de la société d’économie mixte (SEM) Val-de-Seine. Le maire de Boulogne, Jean-Pierre Fourcade, indique de son côté que Jean-Jacques Aillagon, alors qu’il était ministre de la Culture, aurait mis un an avant de donner l’autorisation de démolir l’usine Renault. Certes, mais cette autorisation, délivrée au demeurant par l’architecte des Bâtiments de France et non par le ministre, ne pouvait être octroyée que lorsque François Pinault avait déposé le permis de construire. Jean-Pierre Fourcade omet de préciser que ce permis n’a pu être déposé qu’à l’automne 2003, au terme de très longs travaux de dépollution.
La Fondation devait-elle voir le jour en 2005, comme l’indique François Pinault ? Jean-Pierre Fourcade avait en effet imprudemment lancé cette date lors du conseil municipal du 17 mai 2001. Mais cette échéance a vite été confrontée au principe de réalité. L’entourage de François Pinault indiquait d’ailleurs depuis deux ans une ouverture pour 2007, voire début 2008. La promesse de vente a finalement été signée par Patricia Barbizet, directrice générale d’Artémis, avec Renault le 13 septembre 2004. « Dans le planning signé par Patricia Barbizet, la Fondation Pinault exigeait elle-même un délai de trente-six à quarante mois pour la construction du bâtiment », insiste Jean-Louis Subileau. Le contrat assorti de clauses suspensives exigeait un engagement opérationnel de voisinage et un plan local d’urbanisme (PLU) stabilisé. Les recours de trois associations contre le PLU, traités semble-t-il à la légère par la municipalité, ont conduit François Pinault à ne pas confirmer l’achat le 28 février.

Cité scientifique
Le contentieux a finalement été levé le 22 avril, mais patatras ! François Pinault argue d’une absence de garantie quant au voisinage et aux accès, allégation que conteste Jean-Louis Subileau. Le 16 mars, la SEM a procédé à une présélection de cinq groupements hôteliers [Accor, Kempinski, UBX, Hi Hôtel lié au groupe Vinci et les restaurateurs les Frères Blancs], en présence d’un représentant de François Pinault. Accor nous a d’ailleurs confirmé maintenir sa candidature malgré le retrait du milliardaire. Le pont de Marc Barani et le parking de 600 places sont actuellement en appel d’offres, tandis que les deux passerelles piétonnes devaient être mises au concours cet été.
Un édifice financé par la Caisse des dépôts et consignations devait héberger des résidences d’artistes et 18 galeries, fédérées dans l’association ISA 2008. La ville devait enfin financer une salle de musiques actuelles de 500 à 700 places.
En revanche, la fameuse cité scientifique incluant un institut national du cancer, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et un groupement privé pharmaceutique qui devait occuper le reste de l’île n’a toujours pas été confirmée par le préfet de région. « L’Inserm et l’institut national du cancer, ce n’était pas très sexy pour nous. Quant à la salle de musiques actuelles, ce n’est ni notre public, ni celui de François Pinault, remarque la galeriste Dominique Fiat, représentante de l’association ISA 2008. On n’a jamais eu l’impression qu’il y avait une vraie direction à ce projet, une vraie réflexion sur l’aménagement de l’île. Boulogne n’a pas mesuré l’impact de la Fondation Pinault à sa juste valeur. » Pour combler le vide laissé par le retrait de Pinault, quelques hypothèses comme le Centre national d’art dramatique (CNAC) ou un auditorium sont aujourd’hui évoquées en pointillé.

À quoi ressemble la collection de François Pinault ?

Valorisée à bon compte par cette affaire, la collection de François Pinault est réputée importante sur le plan quantitatif et qualitatif. Mouvante aussi, au gré de ses achats et ventes, notamment par l’intermédiaire de sa maison de ventes Christie’s. Il a ainsi peu à peu dispersé le nœud historique, comme le relief éponge de Klein, le Mondrian, Big Electric Chair de Warhol ou récemment les « Flowers » de l’artiste pop. De bonne source, son Rébus de Rauschenberg aurait été proposé en vente privée pour 30 millions de dollars. On lui connaît un tropisme marqué pour les Anglo-Saxons, de Jeff Koons, dont il avait acheté le Split-Rocker exposé dans le cadre de l’exposition « La Beauté » en Avignon en 2000, à Paul McCarthy et Mike Kelley, avec l’installation Sod and Sodie Sock présentée en 2003 à la Biennale de Lyon. Il avait aussi acheté pour 1,2 million de livres sterling une Armoire à pharmacie de Damian Hirst dans la vente « Pharmacy » du 18 octobre. Côté français, la pêche semble maigre, malgré un goût avéré pour Martial Raysse et Paul Rebeyrolle et quelques incursions, semble-t-il, du côté de Philippe Perrot, Claude Lévêque et Pierre Huyghe. Le Monde avait aussi révélé en novembre dernier qu’il serait le propriétaire d’une autre version de la Nona Ora de Maurizio Cattelan. Le noyau d’Arte povera semble solide. Il avait notamment réservé sur la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) en octobre une peinture de fumée de Claudio Parmiggiani (220 000 euros). De même, à la Foire de Bâle, en juin dernier, il aurait acheté une pièce de Giuseppe Penone composée d’épines d’acacias (330 000 dollars). Certains lui prêtent enfin le record de 792 000 livres sterling pour un Igloo de Mario Merz en février chez Christie’s. Son achat le plus récent ? Une œuvre de Yayoi Kusama de 1962, adjugée pour 1,2 million de dollars (955 800 euros) chez Christie’s le 11 mai.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°216 du 27 mai 2005, avec le titre suivant : Boulogne se défend

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