Dimanche 25 février 2018

Bestiaire, jardin et drapeaux

Les pavillons français, suisse et belge

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 11 juillet 2008

À côté d’Ann Hamilton (États-Unis), de Gary Hume (Grande-Bretagne), de Rosemarie Trockel (Allemagne) ou de Peter Bonde et Jason Rhoades (Danemark), Huang Yong Ping et Jean-Pierre Bertrand représentent cette année la France à Venise, Roman Signer la Suisse, Ann Veronica Janssens et Michel François la Belgique. Visite en avant-première de ces trois pavillons.

Le pavillon français de la Biennale accueille cette année Jean-Pierre Bertrand, et, suivant en cela le souhait des organisateurs, ouvre pour la première fois ses espaces à un artiste qui n’est pas de nationalité française. Né en 1954 à Xiamen, en Chine, Huang Yong Ping vit en France depuis 1989, année de sa participation aux “Magiciens de la Terre” au Centre Georges Pompidou et à la Grande Halle de La Villette. Cette exposition, qui devient peu à peu mythique, réunissait déjà les deux artistes du pavillon français. Pour le commissaire Hou Hanru, en mettant l’accent sur la nature toujours changeante du monde et sur la nécessité de dépasser le pouvoir omniprésent de la culture dominante, Huang Yong Ping a bâti une stratégie de négociation de l’ordre du monde. Le projet du Chinois pour Venise consiste en un ensemble de neuf pieux sur lesquels se déploient autant d’animaux tirés d’une légende chinoise. Ces mâts sont disposés à l’extérieur du pavillon, en arc de cercle, puis pénètrent l’intérieur du bâtiment pour venir se confronter aux œuvres de Jean-Pierre Bertrand. Ce dialogue débute à l’extérieur, puisque ce dernier a fait redorer la balustrade du pavillon et a installé un jardin de cédratiers au-dessus de l’entrée. À l’intérieur, il décline  ses créations dans un jaune dominant et y déploie 54 – son chiffre fétiche – petits cadres, des monochromes jaunes reprenant le format d’autant de livres, ou une phrase en néon composée de 54 lettres : “Fifty four yellow letters hanging from above like yellow citrus”. L’artiste fait ici référence à son livre de prédilection, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, et au passage dans lequel le héros découvre citronniers et cédratiers au cœur de l’île, un paysage qui, selon Defoe, “looks like a planted garden”. Au fond du pavillon, Jean-Pierre Bertrand a fait dorer le sol avant de faire éclater la dalle, en référence “à cette fin de siècle, mais aussi à cette guerre qui est si proche, à quelque chose qui est cassé”. Plus loin, il voit d’ailleurs les cédrats, cette espèce de gros citrons jaunes, “comme des têtes, comme des bombes”.

Le pavillon suisse risque d’être tout aussi explosif avec l’exposition de Roman Signer, qui a déjà abondamment présenté en France ses performances aussi drôles que spectaculaires, d’Angoulême à Thiers et Paris. À l’entrée du bâtiment, l’artiste de Saint-Gall a installé un triporteur transformé en fontaine, pièce déjà présentée au Skulptur Projekte de Munster en 1997. Le visiteur découvre ensuite, à l’intérieur, quatre autres installations, des vestiges de performances réalisées sur place par le Suisse, à l’exemple de celle mettant en scène une brouette bleue.

Pour la Belgique, Ann Veronica Janssens, née en 1956 à Folkestone, en Angleterre, a modelé l’espace intérieur du pavillon en y construisant une autre structure qui vient s’intégrer dans l’architecture existante. Cette œuvre in situ brouille ainsi les frontières entre sa propre présence et la matérialité du pavillon, tout en s’y soustrayant pour, selon les mots de Laurent Jacob, commissaire de l’exposition, “laisser place à une véritable perception de l’espace architectonique”. Dans le même temps, Michel François, né en 1956 à Saint-Trond, en Belgique, entreprend un affichage dans les rues de Venise, comme il l’a déjà fait à Maastricht, à Istanbul, à Dunkerque ou à Albi. Cinquante photographies de personnes en taille réelle (1,2 x 1,8 m) sont ainsi collées sur les murs des différents quartiers de la Sérénissime. L’artiste installe également des drapeaux imprimés à l’entrée du pavillon belge des Giardini.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°84 du 28 mai 1999, avec le titre suivant : Bestiaire, jardin et drapeaux

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