Berlin : Schuster remet tout en question

Le Journal des Arts

Le 21 janvier 2000

Six mois après son arrivée à la tête des Musées de Berlin, Peter-Klaus Schuster remet en cause la répartition des collections nationales prévue par son prédécesseur pour offrir, sur l’Île des Musées, un panorama chronologique de l’art européen. Inaugurée en 1998, la Gemäldegalerie pourrait être vidée de ses tableaux anciens pour être consacrée à l’art du XXe siècle.

BERLIN (de notre correspondante) - De manière inattendue, Peter-Klaus Schuster a proposé une nouvelle cartographie des musées berlinois (lire le JdA n° 87, 27 août 1999). Le projet initial de réaménagement de l’Île des Musées – dans l’ancien secteur Est –, qui doit être achevé dans dix ans, prévoyait une “promenade archéologique”. Très discutée, la décision de Wolf-Dieter Dube, alors directeur des Musées de Berlin et archéologue, nécessitait une rénovation complète des cinq musées, conçus avant tout pour les peintures. Parallèlement, les peintures du Bode Museum et de celui de Dahlem ont été rassemblées à la Gemäldegalerie, dont l’architecture grandiose a été inaugurée en juin 1998 dans le Kulturforum, au sud-ouest de la ville (lire le JdA n° 64, 8 juillet 1998). Quant au Bode Museum, il s’était finalement vu attribuer les sculptures, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, ainsi que les collections de l’Antiquité tardive et d’art byzantin. La priorité principale de Schuster demeure la restauration de l’Île des Musées, mais il souhaite redonner au lieu l’esprit universaliste qui avait inspiré sa création et y offrir un panorama complet de l’art européen, des origines au XIXe siècle. Le parcours idéal débuterait avec l’art grec, à l’entresol de l’Altes Museum, puis se poursuivrait au premier étage avec une “vitrine”, sorte de panorama de toutes les richesses berlinoises. Celle-ci remplacerait les œuvres étrusques et romaines qui devaient y être installées. Il a décrit au journal Die Zeit “un lieu où l’Extrême-Orient et l’Afrique, l’Europe et l’Inde se rencontrent par l’intermédiaire des objets, des images et des livres”. L’archéologie serait cantonnée au Neues Museum et au Pergamonmuseum. Au Bode Museum, pour recréer “l’atmosphère de l’époque”, l’Antiquité tardive, l’art byzantin et médiéval seraient exposés au rez-de-chaussée, alors que les sculptures et peintures de la Renaissance occuperaient à nouveau le premier étage. La fresque se poursuivrait avec les collections des XVIIe et XVIIIe siècles, installées dans un nouvel édifice construit à proximité du Bode Museum. Le parcours s’achèverait à l’Alte Nationalgalerie, qui accueille déjà les œuvres du XIXe siècle. Mais pour réaliser ce grand dessein, les peintures devront quitter la Gemäldegalerie pour rejoindre les différents musées. Qu’adviendra-t-il alors de ce lieu construit à grands frais ? Selon le directeur, le complexe qu’il forme avec la Neue Nationalgalerie de Mies van der Rohe et la Postdamer Platz de Renzo Piano serait entièrement consacré à “une présentation interdisciplinaire” de l’art du XXe siècle. Dix-huit mois après son ouverture, l’institution devrait alors subir une transformation radicale, car, créée sur le modèle de l’Alte Pinakothek à Munich, elle a été exclusivement conçue pour des peintures du XIVe au XVIIIe siècle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°97 du 21 janvier 2000, avec le titre suivant : Berlin : Schuster remet tout en question

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