Mercredi 21 février 2018

RGPP

Beaubourg mobilisé, le ministre inflexible

Une grève qui se voit

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 8 décembre 2009

Fin novembre, le Centre Pompidou s’est lancé dans un vaste mouvement de grève – suivi par des musées comme le Louvre ou Orsay – afin de protester contre la deuxième phase de la révision générale des politiques publiques qui menace de supprimer 20 % de ses effectifs sur dix ans. Le ministre de la Culture a affirmé sa volonté d’appliquer, à la lettre, les consignes du gouvernement.

PARIS - À l’heure où nous mettons sous presse, le Centre Pompidou, à Paris, entamait son quinzième jour de grève, suivi, de manière ponctuelle, par de grands établissements comme le Louvre, Orsay et Versailles. Le mouvement a été lancé le 23 novembre par l’intersyndicale CGT, FO, UNSA, CFDT et CFTC pour protester contre la suppression de postes et le désengagement de l’État dans le cadre de la deuxième phase de la révision générale des politiques publiques (RGPP) initiée par le gouvernement. Après l’administration centrale du ministère de la Culture, la réforme vise, aujourd’hui, les établissements sous sa tutelle selon le principe du non-remplacement d’un départ sur deux à la retraite. Une mesure catastrophique pour le Centre Pompidou où 44 % du personnel est âgé de plus de 50 ans. Sur dix ans, 230 postes pourraient ainsi être supprimés sur un total de 1 100 personnes, soit 20 % des effectifs. Pour 2010, une suppression de 26 emplois est d’ores et déjà prévue, suivie de 23 postes en 2011. Ironie du sort, le Centre Pompidou avait péniblement obtenu il y a tout juste trois ans la création de 65 postes supplémentaires, échelonnée de 2007 à 2009. La mesure de la RGPP paraît donc, ici plus qu’ailleurs, appliquée sans discernement.
C’est la perspective d’un contrat d’objectif et de moyens imposés au Centre Pompidou et, au préalable, un audit commandé par Matignon à Bruno Parent qui a déclenché l’ire des syndicats. Dans un courrier daté du 1er octobre, le Premier ministre demande à l’inspecteur général des finances de trouver les moyens de « faire mieux et moins cher » et d’élaborer ensuite « un contrat triennal entre l’État et le Centre » sur 2010-2012 avec « adéquation des charges et des ressources ». « Si les objectifs ne sont pas atteints, on diminue ensuite nos subventions, mais comment tenir des objectifs grandissants avec moins de moyens ? », s’interroge l’intersyndicale dont le mouvement de grève s’est étendu à Orsay (fermé les 2, 3 et 4 décembre), le Louvre (l’institution, qui compte 2 200 agents, s’est engagée à supprimer 45 postes dans les trois ans à venir, une mesure qui devrait particulièrement toucher la surveillance de nuit), et Versailles (entièrement fermé comme le Louvre les 3 et 4 décembre), ainsi que dans d’autres établissements parisiens, tels les musées Gustave Moreau et Rodin, l’Arc de triomphe ou la Sainte-Chapelle. Un préavis de grève avait été lancé pour le 8 décembre à la Bibliothèque nationale de France, où 64 emplois (sur 2 500) doivent être supprimés en trois ans, tandis qu’une trentaine de postes non pourvus ne sont pas financés pour 2010. La Cité nationale de l’histoire de l’immigration a également déposé un préavis le 2 décembre, reconductible pour le 14 décembre.

Fin de non-recevoir
Au troisième jour de la grève du Centre Pompidou, la Rue de Valois n’avait toujours pas entamé les négociations. Lorsqu’il a reçu les syndicats le 2 décembre pour aborder la RGPP, l’article 52 de la loi de finances 2010 (lire p. 10), la situation de la RMN et la délocalisation de l’Inrap à Reims (lire p. 9), sur tous ces points, comme le précise l’intersyndicale, « le ministre a répondu par une fin de non-recevoir absolue ». C’est seulement le 4 décembre que Frédéric Mitterrand a directement répliqué aux grévistes pour marteler qu’il appliquerait la politique du gouvernement. Même son de cloche du côté de la présidence du Centre Pompidou, où Alain Seban a déclaré qu’il respecterait les décisions du gouvernement et, se faisant le porte-parole du ministère, a proposé de revoir à la baisse la suppression de postes pour 2010, en la faisant passer de 26 à 18. « Il n’est pas inenvisageable de moduler l’application de la mesure en direction d’autres établissements du ministère », explique-t-on Rue de Valois. Le message, qui se résume à déshabiller Pierre pour habiller Paul, ne manque pas de cynisme. Les petits établissements qui n’auraient pas les moyens de se défendre pourraient ainsi faire les frais d’une politique appliquée de manière dogmatique, sans prendre en considération les réalités du terrain. À savoir, pour le Centre Pompidou, l’ouverture, dès l’année prochaine, d’une antenne à Metz, projet pour lequel les équipes de l’établissement parisien travaillent déjà en flux tendu. Sans oublier le projet du Pompidou mobile (lire le JdA n° 313, 13 novembre 2009, p. 3) dont le démarrage dépend maintenant de financements privés. Comment convaincre les mécènes si l’État, de son côté, se désengage ?
Même les conservateurs du Centre Pompidou, profession d’habitude tenue au devoir de réserve, sont montés au créneau, le 1er décembre, dans une lettre ouverte au ministre de la Culture : « Si les emplois ne sont pas sauvegardés et si la subvention n’est pas réévaluée, le Musée national d’art moderne devra réduire le nombre et l’importance de ses expositions, restreindre ses prêts, ralentir considérablement sa participation à la vie culturelle nationale et internationale. » Ils rappellent en outre que la subvention publique au Centre « n’a pas permis de faire face à l’augmentation générale des coûts » et que le budget d’acquisition « s’est effondré depuis 2006, reculant de près de 30 % au moment où les prix de l’art moderne et contemporain flambaient ». Le Centre serait d’ailleurs, selon les organisations syndicales, « au bord de l’asphyxie financière », avec un budget en déficit de 2,3 millions d’euros. Pour beaucoup, le problème est avant tout idéologique : « Il faut que Bercy comprenne que nous sommes des acteurs essentiels du développement culturel, au lieu de nous rétorquer que l’État est le principal actionnaire du Centre. Nous ne sommes pas une entreprise ! » Mais comment faire passer aux Finances ou à Matignon un message quand sa tutelle répond aux abonnés accents ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°315 du 11 décembre 2009, avec le titre suivant : Beaubourg mobilisé, le ministre inflexible

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