Politique

Avec Roselyne Bachelot, le ministère de la Culture trouve (enfin) une incarnation

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 7 juillet 2020 - 642 mots

PARIS

L’ancienne ministre de droite retourne en politique après une longue parenthèse de chroniqueuse à la télé et à la radio.

C’est avec l’avocat Eric Dupond-Moretti, la surprise du nouveau gouvernement Castex annoncé hier soir. Une surprise d’autant plus retentissante que Roselyne Bachelot est très connue du grand public et même populaire, à l’inverse de ses deux prédécesseurs Rue de Valois.

Retirée de la vie publique, - elle était chroniqueuse à la télévision – elle a même bénéficié récemment d’un regain de popularité, voire d’une forme de réhabilitation, en raison de sa gestion de la crise du virus H1N1. Longtemps critiquée pour ses achats massifs de vaccins et de masques non utilisés en 2009-2010, elle fait aujourd’hui figure de modèle de bonne gestionnaire.

Même si son intérêt pour la culture, notamment pour l’art lyrique est surtout connu du milieu parisien, elle apparaît immédiatement très à l’aise dans son nouveau rôle. On en a eu un aperçu hier soir. Lors de la passation de pouvoir qui est intervenue très rapidement, Franck Riester semblait réciter son discours, alors que la nouvelle ministre lisait son texte en sachant capter l’attention. Elle occupe l’écran et c’est exactement ce dont le grand public attend du titulaire de ce ministère. On en avait eu la confirmation avec Frédéric Mitterrand.

Mais à l’inverse de l’ancien animateur de télévision, Roselyne Bachelot (73 ans) a une longue expérience politique. Fille du député gaulliste Jean Narquin, docteur en pharmacie, elle a longtemps été députée du Maine-et-Loire et plusieurs fois ministres :  ministre de l’écologie et du développement durable sous Jacques Chirac entre 2002 et 2004, ministre de la santé et des sports puis ministre des solidarités et des cohésions sociales sous Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012.

Depuis 2012, on l’a beaucoup vue sur les plateaux de radio et de télévision en tant que chroniqueuse ou animatrice : sur C8, sur Europe 1 avec Cyril Hanouna, sur RTL avec Laurent Ruquier, sur RMC, sur France Musique, et dernièrement sur LCI. Cette expérience, qui a beaucoup manqué à Françoise Nyssen, lui sera fort utile pour « vendre » son action au ministère.

Informée depuis vendredi soir qu’elle était pressentie pour la Rue de Valois, elle a eu le temps de préparer son discours de passation et d’énoncer ses priorités. Sans surprise il s’agit de « mettre la culture au cœur du plan de reconstruction de notre pays, laminé par une crise sociale, sanitaire, économique et morale … ». C’est une « urgence absolue » a-telle ajouté, n’hésitant pas à dramatiser : « c’est quasiment une question de vie ou de mort pour tant de personnes ».

Elle a voulu montrer son pragmatisme et annoncer la tenue dans les prochains jours d’états-généraux des festivals pour préparer la saison prochaine. Roselyne Bachelot veut ensuite assurer le redémarrage des salles de théâtre, des opéras, à la rentrée : « nous avons des marges de manœuvre ».

Au-delà de la relance de la Culture qui occupera une bonne partie de son temps, elle a esquissé ses autres priorités : l’approfondissement du plan bibliothèque, le Pass culture dont on comprend qu’il va être généralisé, la réforme de l’audiovisuel, la préservation du droit d’auteur.

Elle a également expliqué sa méthode, fondée sur la collaboration avec les autres ministères, l’approfondissement des liens avec les élus locaux et les acteurs économiques, et le décloisonnement public / privé.

« Je serai la ministre des artistes et la ministre des territoires » a-t-elle affirmé, s’inscrivant dans les pas de son prédécesseur (les artistes) et des nouvelles orientations du Président (les territoires).

Roselyne Bachelot bénéficie pour sa nomination d’un capital de sympathie très élevé. C’est l’occasion pour la nouvelle ministre de faire oublier son ancienne image de gaffeuse et de fausse naïve désinvolte qui faisait jadis les délices des Guignols de l’info. Mais avec son franc-parler et sa liberté revendiquée, on peut s’attendre à tout. 
 

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