Aux États-Unis, le marché du multimédia est soumis à une rude concurrence

L’interactivité au service des musées américains

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1995

La National Gallery de Washington s’offre à son tour une Micro Gallery, le nouveau MoMA de San Francisco propose déjà trois programmes interactifs à ses visiteurs, le Getty Trust met la dernière touche à un CD-Rom sur l’historique des œuvres d’art et des collectionneurs, et Microsoft, via sa filiale Corbis, continue son entreprise de séduction auprès des musées du monde entier. Outre Atlantique, le marché du multimédia est soumis à une rude concurrence, qui n’empêche pas quelques petites sociétés, comme DCI, de tirer leur épingle du jeu.

WASHINGTON - Suivant l’exemple de la National Gallery of Art de Londres, celle de Washington a ouvert cet automne une Micro Gallery. En effleurant les écrans tactiles de l’un des treize terminaux, les visiteurs peuvent découvrir en détail presque toutes les œuvres exposées, soit environ mille sept cents tableaux, sculptures et objets d’art.

Profitant des dernières améliorations techniques, le matériel est plus performant qu’à Londres : la définition des images est meilleure, et les utilisateurs peuvent agrandir des détails en gros plan. Outre les renseignements classiques sur l’œuvre, l’artiste, son style, son époque, différents "parcours" ont été élaborés pour que les utilisateurs puissent naviguer en fonction de leurs propres centres d’intérêt.

Sur la côte Ouest, dans le nouveau Museum of Modern Art de San Francisco, le public dispose de trois programmes multimédias élaborés à partir des collections : Comprendre l’art moderne, Voix et images de l’art californien et Le guide de l’art de San Francisco.

L’utilisation de l’informatique en histoire de l’art n’a rien de nouveau pour les Californiens puisque, depuis plus de dix ans, l’Art History Information Program du Getty Trust étudie la standardisation des banques de données d’images et des programmes de gestion des collections.

Cette institution a déjà publié, sur papier et sur disquette, un annuaire des artistes (Union List of Artist Names, ou ULAN) ainsi qu’un répertoire des périodiques d’architecture sur CD-Rom (Avery Index to Architectural Periodicals). Actuellement en préparation, un CD-Rom d’information sur la provenance des œuvres d’art, remontant parfois jusqu’à des collections du XVIe siècle, devrait paraître en 1996. Intitulé Documents for the History of Collecting, il sera mis à jour chaque année.

Bill Gates révise ses prétentions à la baisse
Si ces derniers CD-Rom concernent surtout les spécialistes, ils sont toutefois susceptibles de toucher un public plus vaste. Avec dix-sept millions d’Américains équipés d’ordinateurs multimédias, l’art pourrait s’avérer très lucratif.

Depuis six ans, Corbis (ex-Continuum), filiale de Microsoft, négocie avec différents musées et institutions du monde entier les droits de reproduction multimédia attachés aux œuvres en leur possession. Mais les musées se montrent réticents, et Bill Gates n’occupe pas encore une position dominante sur ce terrain. Après avoir tenté d’acquérir l’exclusivité de ces droits, Corbis a finalement révisé ses prétentions à la baisse et signé des contrats de non-exclusivité, comme avec le Musée de Philadelphie, par exemple.

D’autant que Digital Collections Inc. (DCI), une petite entreprise installée à deux pas de la Silicon Valley, lui oppose une rude concurrence. Elle fabrique et distribue des CD-Rom en collaboration avec des musées à qui elle achète les droits de reproduction pour une seule utilisation : "Les responsables des musées avaient peur de perdre le contrôle de la situation et de se retrouver avec leurs œuvres sur un T-shirt ou une canette de bière", explique Katherine Pfaff, vice-présidente du marketing de DCI.

La société a déjà produit des CD-Rom sur L’art de l’Égypte ancienne au Brooklyn Museum et sur Les grands tableaux de la Frick Col­lection. Elle vient également de publier l’œuvre du photographe Robert Mapplethorpe en trois CD-Rom, accompagné du catalogue raisonné, ainsi que Mille ans d’art russe, réalisé avec le Musée russe de Saint-Pétersbourg.

DCI travaille également à l’élaboration d’une banque d’images, en association avec le Harvard University Art Museum, la Frick Collection et le Stanford University Museum of Art. Baptisé EmbARK, ce programme offrira mille deux cents critères d’information pour une œuvre d’art donnée, ainsi qu’une présentation vidéo et en 3D.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°20 du 1 décembre 1995, avec le titre suivant : Aux États-Unis, le marché du multimédia est soumis à une rude concurrence

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